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GUERRE D ESPAGNE

otages. Les généraux français n’obéirent pas à cet ordre inhumain ; lorsqu’ils firent des prisonniers sur le champ de bataille ou par capitulation, ils trouvèrent toujours quelque prétexte pour les épargner.

Le comte de La Union n'était pas toutefois dans une disposition haineuse et passionnée contre la France. Cette guerre, que l’Espagne ne pouvait se dispenser d’entreprendre, et qui même avait été déclarée sous la dictée d’une opinion publique fort animée, était funeste au pays ; il ne pouvait en retirer aucun avantage et les, suites en devaient être nécessairement funestes, si la coalition des puissances du nord échouait dans ses projets ou y renonçait.

Le mauvais gouvernement de l’Espagne, son administration inhabile et mal ordonnée depuis la mort du roi Charles 111 , la réduisaient à ne pas avoir les forces de guerre et de finance sur lesquelles elle aurait dû naturellement compter; c’était un royaume en décadence. Ne pouvant espérer aucun secours des puissances étrangères, ni combiner avec leurs armées les opérations militaires, le gouvernement espagnol, dès que ses armées rencontrèrent une énergique résistance et éprouvèrent quelques échecs , avait eu le sentiment de son impuissance. Ainsi, le roi, en confiant le commandement de l’armée au comte de La Union, le chargea de négocier la paix avec la République française. Le commissaire français, pour l’échange des prisonniers, reçut les premières ouvertures et en donna connaissance au comité de salut public; mais à ce moment, quatre mois avant le 9 thermidor, Robespierre aurait désiré la paix qu’il n'eût pas osé en écouter la proposition.

Quelques semaines après sa mort, un trompette espagnol s’était présenté en parlementaire. Les généraux à cette époque étaient encore accoutumés à vivre dans la crainte des dénonciateurs, des conventionnels en mission et du tribunal révolutionnaire. Dugommier admit le trompette devant de nombreux témoins; il était porteur d’une lettre du citoyen Simonin, payeur des prisonniers de guerre français à Madrid. A la marge de ce papier était fixée, par une incision, une petite branche d’olivier et on lisait en note : — « Si vous faites accueil à ce symbole , la personne dont on m’a parlé se montrera à découvert. » .

Le citoyen Simonin avait fait acte de courage en se risquant, même sous forme emblématique, à laisser supposer qu’il avait eu des communications avec un gouvernement étranger. Le 2 vendémiaire an ni ', c’était encore un délit contre-révolutionnaire. Dugommier ne pouvait même recevoir sans inquiétude une telle lettre; il se bâta de la remettre au représentant du peuple Delbrel , qui lui dicta pour réponse qu’on ne pouvait rien écouter, tant que la capitulation de Collioure ne serait pas exécutée.

La lettre fut transmise au comité de salut public et les commissaires lui disaient en même temps leur avis : « Trop d’empressement dans cette affaire pourraitêtre considéré comme une espèce d’avance; or, une grande nation n’en doit pas faire à des esclaves vaincus. »

Le comité était devenu plus sensé que les Montagnards qu’il envoyait en mission; Collot, Billaud et Barère venaient d’en être exclus : c’était maintenant

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Merlin de Douai, Treilhard, Eschasseriaux et des révolutionnaires politiques qui étaient à la tête des affaires; ils répondirent qu'il fallait profiter de la première occasion pour entrer en communication.

Simonin avait écrit une seconde lettre, en témoignant le regret de voir qu’on attachait une telle importance à une question secondaire comme la capitulation de Collioure. La réponse l’autorisa à écouter les propositions préliminaires sur lesquelles on pourrait négocier; il les transmit bientôt après : — « L’Espagne reconnaîtra la forme actuelle du gouvernement français ; la France remettra les enfants de Louis XVI à l’Espagne; les provinces limitrophes de l’Espagne seront cédées au fils de Louis XVI, qui les gouvernera souverainement comme roi. »

Le comité fut indigné d’une telle audace; par un arrêté, il ordonna que toute communication cesserait et que Simonin, qui avait compromis la dignité du peuple français, serait sur-le-champ rappelé. « Entre des républicains et des esclaves, il ne doit y avoir d’autre correspondance que celle du canon et de la baïonnette. » Ainsi s’exprimait le considérant de l’arrêté.

De mois en mois, le comité de salut public renouvelé par fraction se recrutait parmi les conventionnels modérés ou raisonnables; 1 opinion publique s’enhardissait et commençait à exercer son influence sur l’Assemblée; les négociations avec la I’russe devenaient probables. Merlin de Douai, sans rien spécifier, osait avouer à la tribune les projets et les espérances de paix; il repoussait les désastreuses chimères des Montagnards qui ne voulaient pas que la République souffrît pour voisins des gouvernements monarchiques

et qui regardaient comme un devoir sacré d’imposer une constitution démocratique aux vaincus. En même temps, il réfutait les malveillants, qui assuraient que le gouvernement français se montrerait facile dans ses négociations, et qu’ayant besoin de la paix il se prêterait à tous les sacriüces.

— « Nous voulons la paix, disait-il, mais la paix solide et glorieuse. Le peuple français, en traçant de sa main triomphante les limites dans lesquelles il lui convient de se renfermer, ne repoussera aucune offre compatible avec ses intérêts, sa dignité, son repos, sa sûreté. H traitera avec ses ennemis , comme il les a combattus, à la face de l’univers. »

Le rapporteur annonçait en même temps que l’Espagne était une des puissances avec lesquelles on pourrait avoir à traiter.

La Convention applaudit à ce programme de politique extérieure. Ce fut ce jour-là seulement qu’elle abolit les décrets qui avaient prescrit de ne plus faire de prisonniers anglais, hanovriens et espagnols.

Le comité du mois de décembre regrettait donc que les négociations essayées par l’Espagne, quelques semaines auparavant, eussent été si rudement repoussées par le comité du mois d’octobre. 11 eut la pensée de confier ses intentions pacifiques au comte de Bernstorf, principal ministre du roi de Danemark, qui avait maintenu avec sagesse et fermeté une politique de neutralité et s’était constamment refusé à participer en rien aux coalitions contre la France ; il était à cette époque l’homme d’État le plus considéré de tous les cabinets du continent.

« Nous allons, écrivait-on au ministre de France à Copenhague afin qu’il le répétât au comte de Bern-

slorf, nous efforcer de concentrer toute la guerre continentale sur l’Autriche. Mais pour isoler de même notre ennemie maritime, l’Angleterre, il nous faudrait en détacher l’Espagne. Cette dernière puissance avait paru vouloir traiter; le comité s’étonne de ne plus en entendre parler. Nous attribuons ce silence à l’erreur où est sans doute le cabinet de Madrid sur nos intentions, ou peut-être à une sorte de désespoir qui ne s'attend pas à trouver de la générosité dans une république qu’on a gratuitement outragée. »

Ces instructions étaient envoyées à Copenhague, au moment où l’armée des Pyrénées orientales poursuivant ses succès, venait de forcer Figuières à capituler et pouvait maintenant avancer sans imprudence dans la Catalogne.

Le gouvernement espagnol avait plus encore que ne le pensait le comité , le désir et le besoin de la paix. Don Joseph Urrutia avait succédé au comte de La Union dans le commandement de l'armée espagnole; il écrivit au général Pérignon1. Après des paroles de louanges pour les généraux et les soldats français, et de regrets sur la guerre que se faisaient deux nations destinées à s’estimer et à s’aimer, il disait : « Par de certaines notes que j’ai trouvées dans les papiers de mon prédécesseur, j’ai vu qu’il avait des projets pacifiques. Je n’ai pu découvrir s’il avait eu des communications avec Dugommier. Quoi qu il en soit, et pour ne pas perdre de temps, je vais te faire la proposition suivante :

« Si de généreux ennemis que nous sommes, nous nous changions en conciliateurs de paix, la gloire se-

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rait à nous deux, tandis que la gloire militaire n’illustre que le vainqueur. Nous sommes autorisés, toi et moi seulement, à faire la guerre; faisons-la sans manquer à nos devoirs; mais cherchons en même temps les moyens de faire la paix. Quand nous nous serons réciproquement communiqué nos idées et que nous aurons vu qu’elles sont praticables, faisons-en part à nos gouvernements, »

Les représentants en mission n’étaient pas au courant des progrès de l’opinion, ni des dispositions nouvelles du comité et de la Convention. Ils dictèrent au général Pérignon une réponse hautaine.

« Je connais, comme toi, les lois de l’humanité, mais je connais aussi l'ainour de mon pays, et partout où je trouverai des hommes armés contre sa liberté, mon devoir est de les combattre. Je n’ai pas le droit de m’ériger en conciliateur ; je ne suis ici que pour me battre. Si le gouvernement espagnol a des propositions à faire à la République, c’est à la Convention ou à son comité de salut public qu’il doit s’adresser directement. Les représentants du peuple , en présence desquels j'ai ouvert ta lettre, m'ont chargé de te rappeler, à toi et à ton gouvernement, la violation de la capitulation de Collioure. »

Le tutoiement n’était pas, dans la lettre du général espagnol, une familiarité républicaine, mais au contraire une formule de courtoisie; les grands d'Espagne doivent se tutoyer entre eux.

Les représentants furent avertis de la maladresse qu’ils avaient commise et chargés de renouer avec convenance, s’il était possible, les communications qu’ils avaient repoussées si rudement. En même temps le comité lit venir de la campagne, où il était retiré de-

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puis deux ans, M. Bourgoing, le dernier agent français qui eût été accrédité à Madrid. On lui demanda s’il avait conservé en Espagne des liaisons de confiance et d’amitié avec des hommes influents, à qui il pourrait écrire. Sur la table même du comité, il adressa des lettres à M. d’Ocariz et à M. Yriarte. En même temps, l’ordre fut donné d’envoyer au quartier général de l’armée, M. de Crillon, prisonnier espagnol, qui était à Montpellier. Une lettre de son père, le duc de Crillon-Mahon avait été interceptée; on y avait trouvé l’expression du désir de la paix et des sentiments trèsfrançais. Le représentant Goupilleau, choisi pour être commissaire sur cette frontière , et qui savait comprendre et suivre les intentions du comité, permit à M. de Crillon de retourner auprès de son père en Espagne. Le général Pérignon profita de l’occasion pour écrire au comte de Urrutia, en lui envoyant les discours prononcés à la Convention où le désir de la paix avec l’Espagne avait été hautement déclaré. Dès lors, une correspondance amicale s’établit entre les généraux; bientôt il fut question d’ouvrir une conférence sur la frontière; le comité y envoya M. Bourgoing, qui devait négocier sous la direction des représentants.

Le comité indiqua comme intentions du gouvernement français. — « Point d’armistice — Défense de rien entendre sur l’article des enfants de Louis XVI — Indemnité pour les treize vaisseaux brûlés à Toulon. » Outre ces conditions, on chargeait le négociateur de demander comme conquêtes, la Ccrdagnc, Fontarabie, le port du Passage, le Guipuscoa, la vallée d Aran, la partie espagnole de Saint-Domingue; enfin la Louiv. 35

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