‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 24 sur 168 · PROCÈS DES IU2TTAIS · texte numérisé non relu

PROCÈS DES IU2TTAIS

un témoignage de la force croissante de l’opinion publique dont Merlin se faisait l’organe. H était facile de comprendre qu’il ne parlait pas pour la Convention ; la majorité l’écoutait avec faveur , mais n’osait pas encore le suivre. Les nouvelles de Marseille avaient pourtant fait sur elle une vive impression.

Une autre circonstance agissait alors bien plus puissamment sur les esprits, et allumait plus de haine et de désir de vengeance contre les grands criminels du régime de la Terreur.

Le procès, dont Merlin de Thionville avait entretenu l’Assemblée, venait d’être jugé. — C’était pendant la mission de Carrier que les accusés avaient été emmenés de Nantes, par ordre du comité révolutionnaire, pour être traduits au tribunal révolutionnaire. On les avait traînés de prison en prison jusqu’à Paris, en les accablant des plus durs traitements, en excitant contre eux la populace des villes, aOn de les faire massacrer comme brigands de la Vendée. Ils étaient partis au nombre de cent trente-deux , trente-cinq étaient morts en route; depuis six mois ils étaient entassés dans la prison du collège du Plessis. Maintenant, il n’en restait plus que quatre-vingt-quatorze.

Le comité révolutionnaire avait commis de tels excès, était devenu un tel objet d’horreur pour les habitants de Nantes, que les représentants Bô et Bourbotte, venant après le départ de Carrier, avaient destitué et mis en arrestation les membres de ce comité, non point pour tant d’atrocités et de massacres qu’ils avaient commis, mais pour les vols et les pillages dont ils se rendaient coupables. Ils auraient pu même , sous le règne de Robespierre , être compro-

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mis ainsi que Carrier, si on avait intenté une procédure contre les prisonniers qu’ils avaient envoyés à Paris.

C’est ce qui explique pourquoi l’ancien comité de sûreté générale avait voulu priver les Nantais de leurs défenseurs, et ne s’était point hâté de les faire juger. Depuis le 9 thermidor, ils pressaient le tribunal de leur faire justice.

Ils avaient fait imprimer une relation de leur voyage, et des tourments, des misères qu’ils avaient eu à subir; ils y parlaient, mais encore avec une sorte de réserve, des noyades et des abominations dont la ville de Nantes avait été le théâtre. Grâce à la liberté de la presse, ce mémoire avait pu se répandre avec profusion. Le public était avide de ces cruels détails. On ne savait presque rien de ce que les provinces avaient soufTert pendant le règne de la Terreur. Les journaux étaient restés muets , à peine avaient-ils osé reproduire les lettres que les représentants en mission écrivaient alors à la Convention.

Une vive et soudaine douleur se manifestait de toutes parts : c’était comme un triste réveil.

Le procès des Nantais excita donc un intérêt général. Il était jugé d’avance par l’opinion publique; l'issue n’en pouvait être douteuse, nulle inquiétude ne pouvait se porter sur les accusés. Mais les réclamations qu’ils allaient faire; mais les récits de ce qui s’était passé à Nantes ; mais les infâmes brigands du comité révolutionnaire et même Carrier, comparaissant comme témoins, flétris d’avance et nécessairement entraînés dans une accusation vengeresse : voilà ce qui absorbait l’attention du public; ce qui attirait une foule immense aux portes du tribunal; ce (

rnocÈs des nantais.

qui, dans toute la France, faisait attendre impatiemment les journaux, où se lisaient les débats de la procédure.

Le délit imputé aux Nantais était déjà ancien ; il devait dans quelques semaines devenir pour eux un titre d’honneur. En cet instant, ils étaient encore sous le coup d’une accusation de fédéralisme.

Après le 31 mai, ils avaient pendant quelques jours méconnu l’autorité de la Convention, qui leur paraissait violentée et opprimée. On les accusait de manœuvres tendant à égarer les citoyens et à corrompre l’esprit public.

La procédure' occupa sept audiences. Les juges et les jurés montraient non-seulement des égards, mais de la bienveillance pour les accusés; c’était un contraste complet avec la leroce précipitation de Dumas et de Fouquier-Tinville.

Les accusés donnèrent pour excuse l’ignorance de ce qui s’était passé à Paris au 31 mai; ils rappelèrent que trois représentants, Merlin, Gillet et Cavaignac, étaient tombés dans la même erreur; ils ajoutèrent qu’en contribuant avec dévouement à la défense de Nantes contre les Vendéens, ils avaient prouvé leurs sentiments républicains.

Cette justification était devenue superflue, et ils ne la présentaient que pour la forme. Changeant de rôle, ils devinrent les accusateurs des hommes du comité, qui venaient déposer contre eux. Alors la procédure prit un autre caractère : ce fut une enquête contre les témoins. Un ordre ainsi conçu fut produit en original :

— « Au nom du comité révolutionnaire de Nantes. Le commandant de la ville est requis de fournir trois

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