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ÉTAT DE LOPIMOX A PARIS

fa Convention leur arrachera le masque du patriotisme. Soyons unis et nous sommes sauvés. Les hommes qui étaient investis de la confiance de Robespierre et de Couthon font plus d’aristocrates en Hn jour que la Révolution n’en a fait en cinq ans. On parle de ce qui s’est passé hier au Palais-Royal : je sais qu’il s’y trouvait deux partis. Les uns criaient : « Vivent les Jacobins! » les autres: « Vive la Con- « vention ! « Hier à l’Opéra, on chantait : « les Jaco- « bins sauront abattre le Marais, les Pitt et les Co- « bourg; » et ce couplet était applaudi et redemandé par une bande de brigands et de scélérats.

« Ne vous endormez pas; il y a des hommes qui disent : « nous triompherons, ce ne sera pas long. » Encore une fois il est temps que la Convention se prononce. »

Alors l’orateur demanda à faire une motion d’ordre. Après un long discours sur les crimes des tyrans et beaucoup d’imprécations contre le règne de la Terreur; après des lieux communs sur la nécessité de tenir d'une main ferme la balance de la justice, il proposa quelques articles.

« Le gouvernement révolutionnaire sera conservé pendant la guerre. Tout agent qui en outre-passera la limite sera puni de mort. Quiconque se soustraira à un mandat d’arrêt régulier sera considéré comme émigré; mais nul ne sera présumé coupable sous le prétexte d'avoir tenté de rompre ses chaînes. »

Un autre article avait un sens plus positif et plus bienfaisant : « La fortune des suspects détenus ne sera plus sous le séquestre et sera gérée par un procureur fondé de leur choix, en fournissant caution pour le eas où ils seraient condamnés. »

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Ce projet ne répondait nullement aux inquiétudes et aux plaintes que Garnier avait exprimées. Un décret proposé par Merlin de Douai au nom des comités de salut public, de sûreté générale et de législation, se rapportait plus directement au soin de prévenir les agitations qui commençaient à se manifester à Paris. Non-seulement elles alarmaient les Jacobins, mais elles préoccupaient le comité de salut public ou même beaucoup des représentants appartenant aux opinions modérées.

La disposition principale du décret ordonnait à tous les citoyens qui ne résidaient à Paris que depuis quatre mois, de s’en éloigner d'au moins dix lieues dans la journée qui suivrait la publication du décret, et d’être rentrés à leur domicile dans un délai de vingt jours.

Les autres articles établissaient les exceptions; elles étaient nécessairement nombreuses. Les mesures de police, qui seraient employées pour reconnaître et retrouver les individus auxquels cette loi s’appliquait, étaient réglées autant que possible do manière à être peu vexatoires.

Puis venait l’indication des catégories à qui le séjour de Paris était interdit : « Les militaires en congé ou munis de permissions qui n’émaneraient point du comité de salut public ou des commissaires de la Convention; les officiers démissionnaires, destitués ou licenciés; les fonctionnaires révoqués depuis le 9 thermidor, ainsi que les agents dont les pouvoirs étaient expirés , les suspects mis en liberté. »

Cette loi était d’une exécution difficile ; beaucoup d’objections s’élevèrent. On demanda d’autres exceptions; quelques amendements furent accueillis. En

donnant au comité de sûreté générale le pouvoir d’accorder des dispenses , on s'en remit au discernement de la police.

Les groupes qui, au Palais-Royal, criaient : «A bas les Jacobins! vive la Convention ! » n’étaient formés ni de Vendéens, ni d’émigrés, ni de contre-révolutionnaires; c’étaient des jeunes gens qui avaient, d'une manière ou d’une autre, réussi à échapper aux réquisitions militaires; ils appartenaient aux classes commerçantes, à l’école de médecine, aux professions lettrées, surtout à la rédaction des journaux, aux bureaux des administrations , aux théâtres. Ils ne songeaient aucunement à la royauté; sans but ni direction, ils se livraient à un mouvement de réaction. Le journal de Fréron les encourageait et même les devançait. Plus tard, ils se recrutèrent en nombre, et leurs réunions, sans être plus royalistes, devinrent plus aristocratiques , du moins par leur composition. On les appela bientôt la jeunesse dorée de Fréron.

La Convention aurait voulu contenir à la fois cette ardeur de réaction et le fanatisme passionné des Jacobins. Us voulaient à tout prix maintenir une république , où ils resteraient les maîtres ; où le passé leur serait un titre d'honneur et non pas un sujet de crainte et d’injure. Quant aux thermidoriens, ils désiraient en toute sincérité que le gouvernement révolutionnaire fût exercé avec modération et justice jusqu’à la paix, puis qu’une république raisonnable et possible , créée et gouvernée par eux , succédât à cet état provisoire. À cet égard, ils étaient comme avaient été les Girondins; comme eux aussi, ils n’avaient aucun remords de leur conduite passée, encore

que le souvenir en fût plus difficile à porter. Les circonstances semblaient frvoriser leurs projets et leurs espérances ; les victoires et les conquêtes des armées républicaines, la possibilité de la paix, le flot de l’opinion qui leur accordait une popularité puissante et les reconnaissait pour chefs et défenseurs du vaste parti de la liberté et de la justice, la majorité acquise à la Convention , les Jacobins plus effrayés que redoutables; telles étaient les bonnes chances qui se présentaient devant eux.

L'Assemblée , bien que préoccupée sans cesse des difficultés de la situation , cherchait à établir l’ordre dans toutes les parties du gouvernement. Elle n’était plus le servile instrument d’une tyrannie exécrable, qui n’avait d’autre but qu’elle-mêmo, et qui ne parlait du bonheur public que par hypocrisie. La Convention voulait être une représentation vraiment nationale; donner des soins réels et pratiques au bien-être de la nation; guérir tant de blessures encore saignantes; ramener la prospérité; rendre justice à tant d’intérêts opprimés et profondément atteints. Elle tâchait de trouver du calme et du loistr pour prendre les mesures qui pourraient rétablir le commerce anéanti, rendre à l’agriculture les bras qui lui manquaient et la libre disposition de ses produits. Elle voyait venir la disette et cherchait à la prévenir. Mais les choses étaient à ce point que le témoignage de ces bonnes intentions n’était encore le plus souvent que de longs rapports , des discours et de chimériques utopies.

Il y avait aussi un grand zèle pour désavouer la honteuse barbarie du régime passé. Fourcroy faisait adopter la loi par laquelle fut fondée l’école centrale des travaux publics qui fut quelque temps après

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l’École polytechnique. Les comités mirent en liberté un grand nombre de citoyens appliqués aux sciences, aux arts, à l’agriculture, ainsi que les chefs de fabrique et les commerçants dont la détention était ruineuse pour eux, nuisible à la République.

Les hommes de lettres étaient nombreux aussi dans les prisons. La Harpe, Volney, Ginguené, Bitaubé, d’autres connus alors , oubliés depuis, furent délivrés. Bientôt après, une distribution de secours fut accordée à une foule d’hommes de lettres, de savants et d’artistes. La misère des temps, le peu de valeur qu’avaient à une telle époque les travaux de l’esprit et les œuvres de l’imagination imposaient ce devoir au gouvernement.

Grégoire raconta, dans un long rapport, le vandalisme des révolutionnaires, et comment on avait pu, à grand’peine, préserver de la destruction les bibliothèques , les statues , les tableaux , les monuments et les édifices. G’est alors que fut commencé le Musée. A cette époque remonte aussi la fondation du Conservatoire des arts et métiers , de l’École des langues orientales placée à la Bibliothèque nationale, des Cours institués au Jardin des Plantes, des Écoles de médecine , du Bureau des longitudes.

En attendant un système général d’instruction publique, la Convention, encore fidèle aux lieux communs et à la phrase plutôt qu’au bon sens pratique , ordonna à son comité de rédiger dans le cours de chaque décade, un cahier d’instructions, afin de ranimer l’amour du travail , d’affermir les citoyens dans les principes de la morale; afin de les attacher à leur devoir, de leur rappeler les grands événements de la Révolution et de leur présenter les avantages des

sciences utiles et des arts. Ces cahiersdevaient être lus dans toutes les communes chaque jour de décadi; les pères et les mères seraient convoqués pour se trouver à cette lecture avec leurs enfants. La lecture serait suivie du chant des hymnes à la liberté. On exercerait les enfants à célébrer par leurs chants les vertus civiques et -les actions guerrières des héros de la patrie.

On continuait à croire aux heureuses influences des cérémonies nationales sur les sentiments et les mœurs du peuple ; on avait confiance dans ce mode d’enseignement moral. Récemment la translation des cendres de Marat au Panthéon avait donné lieu à une pompeuse célébration; peu de jours après la Convention ordonna que les restes de Rousseau déposés dans les jardins d’Ermenonville seraient aussi portés au Panthéon. Chénier fut rapporteur du projet. Ce lui fut une occasion de parler de l'oppression exercée sur les lettres par la tyrannie de Robespierre; il critiqua le programme des fêtes de David. — « La seule fête du 10 août 1793 avait coûté douze cent mille livres, et il n’en était resté que des plâtres et des chiffons. Tandis qu'avec une moindre dépense on aurait pu payer des monuments de marbre ou de bronze, qui eussent embelli la ville pendant des siècles. »

Chénier aurait, disait- il, proposé de rétablir ces réunions fraternelles des citoyens de toutes les classes, ces banquets dans la rue, ordonnes d'abord, puis interdits par une tyrannie inquiète. Mais, « comment penser à des banquets, lorsque les subsistances étaient si rares et si coûteuses? »

Les séances où la Convention pouvait, avec quelque loisir, s'occuper de l’administration ou des lois

IKSURRECTIOîf A MARSEILLE.

d’institution , étaient rares. Presque chaque jour elle avait à entendre soit les plaintes des clubs et des comités révolutionnaires contre le système d’indulgence pour les aristocrates et de rigueur envers les patriotes ; soit les révélations des excès. et des cruautés du régime passé; souvent même il s’agissait de faire cesser une tyrannie encore subsistante; de là naissaient de vifs débats entre les Montagnards et les thermidoriens.

Le calme n’était pas encore rétabli à Marseille; les Montagnards représentants de cette ville prenaient la défense de leurs frères de la société populaire. Granet soutint que la Convention n’avait nulle inquiétude à concevoir sur l’état de Marseille; il produisit comme preuve une lettre qu’il avait reçue des représentants en mission. Elle expliquait le véritable motif de fureur de la société populaire ; c’est que les autorités voulaient poursuivre les meneurs , pour vols et dilapidations. La lettre d’Auguis disait : « On a proposé hier dans la société de déclarer traître à la patrie quiconque voudrait accuser un des membres comme fripon ou dilapidateur de la fortune publique. »

Cette pièce ne parut pas justificative; la discussion s’anima; un article du journal de Fréron avait exaspéré Granet et Moïse Bayle.

Un député de lèf Montagne, dit que Fréron et Barras avaient de même, été- aecusés de dilapidations. Eux aussi se défendirent par de vives récriminations. On prenait l’habitude de se jeter mutuellement les plus grossières injures; Legendre monta à la tribune.

— « 11 est temps, dit-il, que la République ouvre les yeux sur les hommes qui voudraient mener la Con-

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