‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 33 sur 168 · CARRIER · texte numérisé non relu

CARRIER

Des renforts arrivèrent. Pendant assez longtemps l’autorité se contenta d'être sur la défensive et de prévenir les attaques des insurgés. Enfin les représentants se décidèrent à agir plus énergiquement. Dès lors ils trouvèrent peu de résistance et firent arrêter une quarantaine de factieux. Tout rentra dans l’ordre, les autorités municipales et départementales renouvelées ainsi que le comité révolutionnaire, envoyèrent à la Convention des adresses pour protester de leur dévouement et pour se féliciter d’être délivrés de la tyrannie de quelques hommes souillés de crimes.

C’est ainsi que cette turbulente population de Provence passait par les funestes alternatives de domination et de vengeance réciproquement exercées par des factions qui avaient toujours sous la main pour auxiliaire une plèbe désordonnée et sauvage.

La Convention approuva la création d’uno commission militaire, établie par les représentants, pour juger ceux qui avaient pris part à la rébellion.

Cet esprit d’insurrection, cette volonté de conserver ou de recouvrer la puissance, pour en user anarchiquement, constituaient de plus en plus le parti révolutionnaire en guerre avec le gouvernement conventionnel. Il était ainsi poussé à chercher sa force dans les opinions opposées. Vainement il tentait de maintenir la balance, il fallait nécessairement remonter contre le courant de la Révolution , ne plus ménager des ennemis exaltés et dangereux, et accorder satisfaction à l’opinion qui demandait la punition de leurs forfaits.

Le plus menacé en ce moment était Carrier. Déjà Legendre l'avait ouvertement désigné. Un incident

CARRiF.n.

imprévu amena l’explosion. Un des généraux qui avaient fait la guerre dans la Vendée, et que l’ancien comité de salut public avait sacrifié à Ronsin et à Rossignol, survivait, échappé par hasard aux jugements révolutionnaires, mais destitué et oublié; il était tombé dans la misère; on réclama pour qu’il fût réintégré dans son grade et son emploi.

Un député des Deux-Sèvres, Lofficial, donna un intérêt plus général à la discussion: — « On n’a conservé, dit-il, dans la Vendée, que les généraux les plus scélérats, ceux qui envoyaient des femmes à la mort après en' avoir abusé, ceux qui faisaient fusiller les réclamants quand ils venaient demander justice. 11 est temps de dire la vérité : la guerre de la Vendée a été rallumée par les horreurs qu’on y a commises. « 11 faut que vous sachiez qu'un représentant du peuple, après avoir promis une amnistie aux habitants s’ils déposaient les armes, les a fait fusiller lorsqu’ils ont été désarmés. Cet homme, c’est Çarrier. On lui amena une femme; était-elle coupable? Je n’en sais rien : elle fut fusillée; elle avait deux enfants, l’un de trois ans, l’autre de vingt mois. On examina ce qu’on ferait de ses enfants : Si on les laisse vivre, disait-on , ils se souviendront de la mort de leur mère, ce seront des serpents que la République nourrira dans son sein; qu’ils périssent donc! On m’a traité de contre-révolutionnaire, de protecteur des brigands, parce que je voulais empêcher la continuation de la guerre. Lorsqu’on voyait qu’un général se conduisait de manière à la finir, on le destituait. Examinez ce qu'ont été tous ceux qui ont dirigé cette guerre, vous verrez que la plupart sont coupables. »

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