DISCISSION SCR LA VENDÉE
criminels ou déraisonnables d’un gouvernement dont il avait fait partie. Désavouer tout ce qu’il avait signé, se mettre à part des collègues avec lesquels il avait vécu en bonne intelligence, cela lui eût semblé une lâcheté ; toutefois, il ne voulait pas laisser croire que son opinion avait été conforme à tant de mesures atroces, et même à tant de déterminations préjudiciables à la conduite de la guerre. 11 tenait à constater l’opposition qu’il avait souvent essayée contre des mesures qui maintenant excitaient l’indignation publique; de sorte qu'en justifiant ses bonnes intentions et son discernement, il donnait l’idée d’une étrange faiblesse de caractère.
— » C’est toujours avec douleur, disait-il, que j’ai soutenu vis-à-vis de ceux de mes collègues, qui venaient me parler de la guerre de la Vendée, une opinion réellement contraire à la mienne. Mais c’était celle de la majorité du comité. J’ai plusieurs fois essayé de faire changer ce système, mais inutilement. Le général Huché fut dénoncé pour des cruautés qu'il avait exercées dans la Vendée; nous le fîmes mettre en arrestation. Robespierre prit sa défense, et il fut renvoyé à l’armée avec un grade supérieur; je fus obligé de signer malgré mon opposition.
« Chacun connaît la haine que me portaient Robespierre et Saint-Just. Après leur chute, j’ai fait adopter des mesures moins rigoureuses. C'est moi qui ai tiré de l’armée du Nord dix mille hommes bien disciplinés, qui termineront cette malheureuse guerre. »
Merlin de Tbionville ajouta : — « Tant qu’on a suivi les idées de Carnot, nous avons été victorieux dans la Vendée; quand on a tué et volé, nous avons été battus." »
iOG DISCUSSION SUR LA VENDÉE.
On demanda l'arrestation du général Turreau, que Robespierre avait aussi soutenu.
Rillaud-Varennes voulut s'associer à la défense que . Carnot avait présentée. — «La vérité, dit-il, c’est que le comité de salut public a toujours été contraire aux mesures de rigueur.*) — Ces mots excitèrent de violents murmures. — Billaud continua : — « Pour bien juger la conduite du comité, il faut se rappeler que l’insurrection de la Vendée était d’abord forte de cent mille hommes, et qu'il fallait combattre les rebelles avec vigueur. » — « Mais non pas les égorger , » s’écrièrent plusieurs représentants.
— « Vous ne trouverez jamais pareille mesure or- . donnée par des arrêtés du comité; les représentants
du département de la Vendée, qui ont assisté à plusieurs de nos délibérations, peuvent attester que nous avons toujours repoussé avec horreur ces mesures.
— « Cela est faux ! » s’écria Delaunay d’Angers.
Billaud demanda à Carnot d’attester que si Turreau
avait été maintenu dans le commandement de l’armée de l’Ouest, c’était par la volonté de Robespierre.
Carnot répéta ce qu’il venait de dire , et ajouta :
— « Il en a été de même pour Rossignol, que le comité avait aussi voulu faire arrêter. » Ce n’était pas répondre aux représentants qui disaient: — «11 fallait en instruire la Convention. »
Billaud-Varennes termina sa justification , en disant que la Convention devait maintenant se lever en masse pour prononcer l’arrestation du général Turreau.
Alquier produisit un ordre de Turreau, conçu en ces termes : — « Le général Moulins se portera sur
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Mortagne, il fera désarmer et égorger, sans distinction d’âge ni de sexe, tout ce qui se trouvera sur son passage. »
Des cris d’horreur s’élevèrent dans toute la salle, et l’arrestation fut votée.
Les généraux Huché et Grignon, à qui plusieurs représentants imputèrent de semblables abominations, furent aussi décrétés d’arrestation.
C’est ainsi que la Convention, bon gré mal gré, s'occupait sans cesse du passé, entraînée soit par le sentiment général d’indignation et de justice que suscitait la connaissance de tant d’atrocités , soit par l’audace de la faction révolutionnaire qui prétendait hautement justifier et continuer le régime de la Terreur.
Toutefois, les Montagnards devinrent plus prudents ; ne voulant pas accroître le danger qui les menaçait , ils parlèrent avec plus de mesure et de précaution à la tribune de l'Assemblée; là ils étaient sur la défensive. Mais à la société des Jacobins, ils exhalaient toute leur colère et proclamaient leurs alarmes; de telle sorte que le parti terroriste, dont ils étaient les représentants, se trouvait encouragé et provoqué à une exaltation séditieuse. Les adresses envoyées à la Convention par les sociétés affiliées aux Jacobins contribuaient à former une majorité de jour en jour plus animée contre les opinions et les hommes dont elle avait si longtemps porté le joug.
Ainsi une adresse des Jacobins d’Czerche, après avoir dit que la modération était un piège téndu aux patriotes, ajoutait « que chez un grand peuple l'humanité et le patriotisme étaient incompatibles, que la destruction des sociétés populaires serait la des-
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truction de la République, et que la liberté de la presse était favorable seulement à l’aristocratie. »
De telles paroles ne pouvaient être entendues tranquillement; elles irritaient les plus sincères républicains, ceux même qui s'inquiétaient avec le plus de prévoyance des dangers de la réaction.
Thibaudeau demandait que « la Convention se prononçât, qu’elle se montrât ferme et mît un terme à tous les excès où voulaient l’entraîner quelques fripons, qui disputaient leur tête à un châtiment mérité. »
lin autre jour, une députation du club électoral venait réclamer le rétablissement de la commune de Paris. Des sections envoyaient leur adhésion à cette adresse et voulaient que les droits de l’homme fussent enfin mis à l’ordre du jour.
Le lendemain, des pétitionnaires appartenant à l’opinion contraire , disaient à la Convention : — « Des hommes atroces se glissent dans les sections de Paris pour y opprimer les républicains, pour intercepter la voix du peuple, pour lui substituer celle de l’anarchie et du terrorisme, pour préparer des pétitions sanguinaires. »
Alors ils racontaient comment le nommé Chrétien , un septembriseur, juré du tribunal révolutionnaire, arrêté après le 9 thermidor, puis mis en liberté, accompagné de quelques gens de son espèce, avait troublé une assemblée de la section Lepellclier, empêché de voter une adresse de remercîment à la Convention , mis en déroute tous les bons citoyens par des clameurs et des menaces, et obtenu ainsi qu’une députation allât, au nom de la section, féliciter les Jacobins à propos d’un discours incendiaire
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qui y avait été prononcé. L’arrestation de Chrétien fut ordonnée sur la proposition de Dubois-Crancé : c’était lui qui l’avait fait mettre en liberté quelques jours auparavant.
Thuriot ne pensa point que cette mesure fût suffisante. — « Quoi ! disait-il, nos armées font trembler les tyrans de l’Europe et nous balancerions à enchaîner quelques scélérats qui veulent tout bouleverser! La justice nationale reste trop longtemps inactive à l’égard de ces hommes affreux. Ils ont des émissaires partout; ils essayent d’allumer la guerre civile; ils sont combinés avec les agents soudoyés de Pitt et Cobourg; ils fournissent aux puissances coalisées un prétexté plausible pour continuer la guerre.
«Ces hommes sont faciles à reconnaître; ils ne veulent pas qu'on parle raison ; ils veulent persuader que la liberté doit être établie par la tyrannie; ils veulent faire crier « vive la liberté » par ceux qu’ils chargent de fers. Dans une république bien ordonnée il faut que les autorités soient respectées et que ceux qui les insultent soient punis. Ils sont des partisans de Robespierre, les hommes qui insultent le peuple, qui ne veulent pas le règne de la justice et qui demandent du sang. 11 n’y a de patriotes que ceux qui aiment l’ordre et les lois, qui respectent la Convention et la majesté du peuple.
« Je demande que le tribunal révolutionnaire continue à informer contre les nombreux complices et partisans de Robespierre. » Cette proposition fut adoptée.
La section de Guillaume Tell1 vint raconter une
’ Des Peliis-Pfcres. ’