‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 36 sur 168 · ATTAQUE CONTRE L’ANCIEN COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

ATTAQUE CONTRE L’ANCIEN COMITÉ DE SALUT PUBLIC

scène du même genre. « On veut, disait la députation, remettre la terreur à l’ordre du jour. 11 faut que la Convention se bâte de tranquilliser les habitants de Paris, si elle veut être secondée dans le désir qu’elle a de faire le bien. »

Un représentant du Haut-Rhin, Laporte, demanda qu’une mesure sévère fût prise contre les membres des anciens comités révolutionnaires. — « C’est, disait-il, une clique infernale, une sorte de caste, qui veut ramener la tyrannie par les assassinats. Le foyer de cette cohorte est à Paris. Il faut que le peuple sache que la Convention veut frapper ses ennemis. Je propose que tous les fonctionnaires de Paris soient tenus de prouver ce qu’ils ont fait le 9 thermidor et où ils ont passé cette journée.

— « La proposition de Laporte est inutile, répondit Bourdon de l’Oise; les anciens comités révolutionnaires ont commis deux sortes de crimes : les assassinats judiciaires et les brigandages. Maintenant la justice est confiée à des hommes purs. Ne croyez pas que ceux qu’on appelle modérés ne sachent point faire leur devoir; ils sont à la recherche des délits et des coupables. Le comité de la section du Bonnet Rouge 1 vient d’être envoyé au tribunal révolutionnaire comme voleur et faussaire. Ayez confiance en votre comité de sûreté générale, il punira les conspirateurs et les fripons. »

La recherche des actes punissables commis pendant le règne de la Terreur devenait toujours et nécessairement une question générale. Il n’y avait pas un

1 De la Croix-Rouge.

AlTAQl' E C0STRE l'aXCIEK COMITÉ DE SALUT PUBLIC. 1 f 1

mois que Lecointre avait été traité de fou et de calomniateur pour avoir accusé les membres de l’ancien comité de salut public; la discussion se renouvela et prit aussitôt un autre caractère. La Convention avait depuis lors fait de grands pas sur la route qu’elle n’avait pas voulu suivre.

« Ne pensez pas, dit Legendre, que Robespierre eût des complices seulement parmi les autorités constituées et les états-majors, il en avait encore parmi ses collègues qui travaillaient avec lui. Oui , il existe des complices de Robespierre jusque dans la Convention : ce sont ceux qui la veille même de son supplice lui offraient un encens sacrilège; ce sont ceux qui, le lendemain, sont venus nous dire insolemment: « Nous savions depuis six mois que Robes- « pierre conspirait. » Quoi! vous le saviez et vous ne l’avez pas dénoncé! Vous craigniez, dites-vous, des déchirements. C’est Robespierre qui vous a attaqués. Son discours n’a pas été accueilli par la Convention; il est allé le lire aux Jacobins. Alors vous avez dit : « Il veut le pouvoir à lui tout seul, « quand nous devons le partager avec lui. » Si Robespierre, Couthon, Saint-Just ontété dénoncés, c’est parce que Billaud, Collol et Barère sont devenus jaloux.

« Je déclare à la Convention que je les regarde comme des conspirateurs.

« La France ne se laissera point intimider par les députations qu’on envoie à sa barre. Elles sont composées de fripons et d’intrigants qui restent dans les sections jusqu’à onze heures parce que les pères de famille en sortent à dix.

« Représentants, j’ai fait mon devoir, c’est à vous

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de faire le vôtre; je vous en somme au nom du peuple. »

Rarère répondit le premier. 11 se défendit surtout du reproche d avoir, jusqu’au dernier moment de la domination de Robespierre, offert un encens sacrilège au tyran, et chercha à démontrer qu’il était une des victimes désignées que le 9 thermidor avait sauvées ; puis il présenta comme solidaires tous les membres du comité. — « Toutes les déterminations, tous les actes avaient été unanimes. Les uns comme les autres, nous avions compris la nécessité d’une conduite prudente et d’une muette soumission; il fallait attendre le moment où Robespierre nous forcerait à nous défendre. Nous nous disions : si nous l’attaquons, nous irons à l’échafaud comme de vils scélérats, et le tyran continuera d’opprimer la République. »

Cambon prit vivement la défense de Rarère. 11 expliqua ce qui n’était pas connu du public, ni de la Convention. — « On ne sait pas quelle était, à l’époque du 3 1 mai , la situation du premier comité de salut public, lorsque quelques-uns de ses membres étaient convaincus que Robespierre , Danton etPache conspiraient pour proclamer la royauté du fils de Louis XVI ; lorsque les armées étaient vaincues, le territoire envahi par les ennemis, la Vendée formidable. Dans un tel moment, la prudence et les ménagements étaient indispensables; c’est précisément alors que la Convention paraissait accorder à Robespierre une confiance que Rarère, Lindet, Delmas, Rréard, Guy ton et moi, nous étions bien loin d’obtenir. Dès lors nous nous trouvâmes compromis et menacés par la vengeance d’un homme qui ne savait point pardonner.

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« L'époque où nous fûmes éloignés du gouvernement fut signalée par la création de l’armée révolutionnaire, par le commandement donné à Rossignol et à Ronsin, par les quarante sols accordés pour les assemblées de section. Alors vous adoptiez tout et vous décrétiez le système de la Terreur. Ce fut du plus ou moins l’esprit qui domina dans la Convention depuis le 9 thermidor jusqu’au dernier terme de son existénce. «

Un représentant du département de l’Ariége, Clauzel, commençait alors à se faire connaître par un zèle égal contre la tyrannie qui venait d’être abattue et contre la réaction, lorsqu’elle semblait remonter plus haut que les révolutionnaires de la Terreur.

Il répondit à Barère et à Cambon en demandant pourquoi, connaissant les coupables desseins de Robespierre, ils n’en avaient jamais parlé à personne? pourquoi les membres du comité ne s'étaient pas opposés aux décrets qui permettaient de traduire les représentants devant le tribunal révolutionnaire sans les entendre ? pourquoi Barère et Billaud avaient appuyé Robespierre lorsqu’il proposait la loi du 22 prairial ? comment les massacres du tribunal révolutionnaire n'avaient jamais été plus nombreux que pendant les quatre semaines où Robespierre ne paraissait plus au comité, et lorsque les triomphes de nos armées devaient donner plus d’autorité aux membres qui lui étaient opposés ? Après le 9 thermidor, n'était-ce point Billaud qui s’était opposé au renouvellement du comité? n’était-ce point Barère qui avait proposé de continuer Fouquier-Tinville dans les fonctions d’accusateur public? lorsque Legendre avait v. 8

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fermé la salle des Jacobins, Barère, Billot et Collot ne dirent-ils pas d’abord que les Jacobins étaient des scélérats?

Barère s'étonna de la chaleur des accusations de Clauzel. Quelques jours après le 9 thermidor, ne lui avait-il pas dit, lorsqu’on parlait de poursuivre les • agents et les complices de Robespierre : « Lorsque

le vaisseau est à flot, on ne demande point par quelles manœuvres le pilote l’a sauvé ? n Quant aux Jacobins, c’était Legendre lui-même qui les avait rouverts et ils avaient rayé de leur liste Barère, en même temps que Lecointre et Dubois-Crancé.

Legendre expliqua comment il avait rouvert les Jacobins, parce que les membres du comité refusaient la responsabilité de la décision qui aurait continué à les tenir fermés.

Collot d’Herbois insista sur la complète similitude de situation entre tous les membres du comité. Les signatures de Carnot, Prieur et Lindet attestaient l’unanimité des délibérations; mais il ajoutait une explication qui atténuait beaucoup cette excuse.

« Je viens aux fonctions particulières dont chacun de nous était chargé. Il y avait entre nous un certain abandon de confiance qui nous faisait toujours signer aveuglément les opérations les uns des autres. Dans l’immensité du fardeau que nous avions à porter, il fallait bien nous en rapporter à la probité les uns des autres. Qu’on voie l’immensité du travail dont Billaud et moi étions chargés; nous avons envoyé dans les départements au moins trois cent mille pièces et l’on trouverait dix mille minutes de notre main. Si vous n’y lisez point les principes les plus

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