ATTAQUE CONTRE L ANCIEN COMITÉ DE SALUT PUBLIC
purs de justice et d'humanité, je prends l’engagement de porter ma tête à l'échafaud. Vous êtes trop justes pour accuser légèrement des hommes qui, pendant un an, ont travaillé quinze heures par jour.
« On nous accuse d’avoir partagé la tyrannie de Robespierre ; mais pour nous y opposer, avions-nous plus de puissance que tout autre membre de la Convention? Nous ne pouvions que ce que vous pouviez vous-mêmes. Pourquoi n’avez vous pas fait un jour, ce que vous avez fait un autre? Pourquoi un orateur n’a- 1- il point parlé avant Tallien ? Nous avons craint des déchirements ; Robespierre avait une grande force d’opinion. Carnot disait : « Lprsque les « victoires seront arrivées, nous aurons une force « double.
« Chacun savait, chacun sentait que Robespierre avait des desseins secrets, mais croyez-vous qu’il fût aisé de le deviner; pour cela, il eût fallu être lui-même, il eût fallu avoir une âme aussi atroce et aussi perfide que la sienne. Si , en le dénonçant, nous n’avions pas la certitude de vous démontrer notre accusation , qui de vous eût osé nous soutenir?
« Nous invoquons nos collègues : lorsqu’ils recevaient de Robespierre des humiliations ou des persécutions , ne trouvaient-ils pas des consolations auprès de nous? Carnot vous dira si nous n’avions pas pris la résolution de ne plus signer rien qui concernât la police générale, autrement que sur un rapport formel de Robespierre? N’avons-nous pas accordé des mises en liberté sur les réclamations de plusieurs membres de la Convention?
1 1 6 ATTAQUE CONTRE l’aNCIEN COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
« Pendant les quatre décades de l’absence de Robespierre, Couthon et Saint-Just étaient restés chargés de la police générale , et ils correspondaient directement avec le tribunal révolutionnaire. On assure que nous avons consenti à une exécution de cent cinquante-cinq condamnés, à condition qu’elle serait partagée en trois jours; il n’en est rien : nous avons seulement témoigné notre horreur et notre indignation.
« Il n'y a personne qui, en servant la Révolution, ne se soit fait beaucoup d’ennemis. La Convention doit examiner si ces accusations ne prennent pas leur source dans des passions particulières : non, nous ne sommes pas les complices de Robespierre; il nous avait proscrits.
« Le rapport de Saint-Just nous désignait comme victimes. À la commune, il nous indiquait pour être pendus; il était vorace de nos corps. Examinez notre conduite avec impartialité; nous prouverons, non pas que nous n’avons jamais fait d’actes tyranniques, mais que nous n’avons pas manqué à nos devoirs. Nous n’avons pas fait peut-être ce que nous aurions voulu, nous avons fait du moins tout ce que nous avons pu. »
Cette apologie fut écoutée avec assez de bienveillance. Elle ne répondait pas nettement aux accusations; mais, avec une sorte de vérité, elle établissait une solidarité universelle ; elle reversait sur tout le comité, sur la Convention elle-même, la responsabilité des crimes de la Terreur. Elle renfermait assurément la dénégation de faits évidents et notoires, mais en même temps, elle était une confession sincère de toute la conduite tenue par Collot et ses pareils ; on n’y