‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 39 sur 168 · ATTAQUE CONTRE L’ANCIEN COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

ATTAQUE CONTRE L’ANCIEN COMITÉ DE SALUT PUBLIC

pierre, au moment où il les proscrivait, et lorsque sa victoire eût été la mort pour eux?

— ■ « Sans doute, disait Barère dans son irritation, ceux qui m’accusent ne peuvent me pardonner l’influence que j’ai exercée par mon discours, sur la condamnation de Capet. « — Il voulait ainsi intéresser à sa cause tous ceux qui avaient voté la mort du roi, et leur faire prévoir que la réaction s’étendrait jusqu’à eux. Sans nommer Tallien, il prononça quelques paroles manifestement dirigées contre lui. — « J’ai pensé qu’on ne devait pas craindre ces petits entrepreneurs de révolution, ces dictateurs d’un jour, couverts du sang du 2 septembre. »

Merlin deThionville proposa qu’une commission de douze membres fût chargée d’examiner les imputations dirigées contre les trois membres de l’ancien comité, et d’entendre leurs explications.

L’Assemblée était devenue tumultueuse; cette proposition fut mise aux voix parmi le désordre ; le bureau déclara qu’elle était adoptée. De bruyantes réclamations protestèrent contre ce vote, et réclamèrent l’appel nominal.

Carnot demanda la parole , et le càlme se rétablit : u Les accusés ont réclamé mon témoignage, il y aurait lâcheté de ma part à le leur refuser. Tout ce qu’ils ont dit est de la plus exacte vérité; la preuve que j’avais en eux la plus grande confiance, c’est que j’ai plusieurs fois signé ce qu’ils me présentaient sans le lire. S’ils m’ont trompé, je l’ignore; mais ayant toujours délibéré avec eux, je déclare que je ne m’en séparerai point. »

Prieur, de la Côte-d’Or, réclama plus nettement encore sa part de responsabilité. « Je n’ai pas été relégué

dans mon bureau, j’ai concouru à toutes les mesures qui ont été prises; je n’ai jamais reconnu dans mes collègues que de bonnes intentions. Je ne prétends point prouver que des fautes n’ont point été commises; moi-même j’ai pu en faire, mais je veux vous démontrer que, quand nuit et jour on travaille pour la patrie, il ne reste pas de temps pour intriguer ni pour entretenir des passions funestes à la République. »

Bréard, au nom du comité de salut public, promit que bientôt un rapport serait fait sur les actes et la conduite des anciens membres. Ajoutant quelques paroles sur le mauvais effet de semblables discussions, qui faisaient déjà sourir l’aristocratie, il proposa l’ordre du jour. On l'adopta.

Cette fluctuation de l’Assemblée, tantôt entraînée

par l’opinion publique qui demandait justice et vengeance, tantôt essayant de lui résister ; contrainte à sévir contre le parti terroriste qui menaçait l’ordre public, et craignant aussitôt après de favoriser les progrès de l’esprit contre-révolutionnaire ; applaudissant aux vives paroles des thermidoriens, encourageant leurs attaques contre la Montagne, puis leur refusant parfois la majorité ; ce défaut d’union et de volonté la déconsidérait de jour en jour davantage. Un représentant, homme d’esprit et de sens, encore qu’il fût alors très-révolutionnaire, Richard, avait été habituellement en mission ; il fut frappé de cet état de la Convention. — « J’arrive de l’armée, dit-il, je ne connais rien de ce qui se passe ici, et je ne partage pas plus une opinion que l’autre. Votre faiblesse laisse flotter les rênes du gouvernement, la Con-

vention est dupe des meneurs qui se disputent les lambeaux du pouvoir qu’ils lui ont arraché. Je reconnais leur influence, l’action de l’autorité se trouve partout comprimée par la menace ou la crainte. Ils accusent leurs collègues sur des faits déjà jugés, ils vous font perdre du temps à écouter et à mentionner honorablement des adresses écrites dans leur sens.

« Songez que sur l’ordre d’un de vos comités, des milliers de Français vont joyeusement affronter la mort, et que pendant ce temps-là, vous écoutez à votre barre des paroles pour lesquelles les orateurs seraient arrêtés, s'ils les disaient dans un groupe de quatre ou cinq personnes. Quelle est donc votre faiblesse? Cet ordre de choses ne peut durer; vous ne pouvez pas souffrir qu’on vienne dans votre sein attaquer les principes du gouvernement.

« Il n’y a de patriotes que ceux qui respectent la Convention, et qui veulent le maintien du gouvernement. Soyez unis, faites comme à l’armée ; lorsque la générale est battue, les querelles particulières sont oubliées , tous sont réunis dans le sentiment de l’amour de la patrie ; on n’a qu’un esprit, que le désir de faire triompher la liberté; qu’une passion, la haine des tyrans. Voilà pourquoi les ennemis quf se sont coalisés contre nous ont été vaincus par nos braves volontaires. 11 n’y a rien de si touchant que l’aspectde nos bataillons : ces hommes-là se connaissentà peine entre eux , et ils se confondent dans une même pensée, la défense de la patrie, ils meurent sans que leur nom soit répété. Où trouvent-ils la récompense de leur dévouement? Comment seront-ils encouragés dans leur patience à supporter les fatigues, à endurer les privations? N’est-ce point vers vous que se portent leurs

pensées? N’est-ce point par vos soins et votre prévoyance que leurs blessures doivent être soignées? S’ils expirent sur le champ de bataille , leur dernier regard ne se porte-t-il pas vers vous , pour vous recommander la patrie, plus encore que leur famille?

«Ah! combien seraient coupables ceux qui nous empêcheraient de recueillir le fruit de si nobles sacrifices! Je ne puis voir sans indignation les hommes qui veulent exciter des troubles, pour ravir un bien si chèrement acquis.

« On parle de gouvernement révolutionnaire, je n’en vois que le nom ; on prétend qu’il existe, parce que quelques hommes d’un parti ou d’un autre veulent s'en emparer. Faites cesser cet abus, gouvernez tout et gouvernez bien, en vous confiant à ceux d’entre vous dont les talents sont connus. Si un collègue dénonce son collègue , vous avez des comités pour examiner l’accusation et vous en rendre compte. Ne perdez plus votre temps dans des discussions d’où rien de bon ne peut sortir. Je vous propose de charger les comités de prendre des mesures pour prévenir la dissolution du corps social. »

Ce genre d’homélies , lorsque l’orateur est un homme sincère et vraiment ému, ne manque jamais son effet sur une assemblée, mais ne change rien à la situation ; le lendemain, on se retrouve au même point.

Néanmoins, chacun chercha ce jour-là ce qui pouvait mettre d’accord les véritables amis de la patrie. On avait parlé d’une adresse au peuple français pour proclamer que la Convention était unie dans un même sentiment, et ne serait jamais divisée lorsqu’il s’a-

girait de gouverner avec justice et fermeté. Ou disait que ce serait un moyen de fixer l’opinion publique.

Bourdon de l’Oise pensa que la situation de Paris exigeait autre chose que des exhortations. — « La commune fume encore de conspiration. 11 n’y a pas un mois qu’une bande d'assassins y délibérait sur les moyens de vous égorger, et de mettre le comble aux forfaits et aux brigandages qu’elle exerçait depuis quatre ans. » — Puis l’orateur déplorait le modérantisme et le dégoût que la population parisienne ressentait maintenant pour la république de 1793.

11 fut décrété qu’une loi réglerait l’administration et la police de Paris.

Il était manifeste aussi que les clubs et la société des Jacobins étaient un foyer de discorde et de trouble. Les supprimer par une mesure générale était déjà dans la pensée de tous les hommes raisonnables, mais il fallait attendre que cette mesure fût absolument commandée par les circonstances. La majorité ne pouvait y être déterminée avant une démonstration de nécessité. En attendant, Pelet de la Lozère, un des représentants les plus considérés de la Plaine, proposa à la Convention d'interdire à tout représentant du peuple de faire partie d’une société populaire. Il disait que la confiance et l’harmonie ne pouvaient jamais s'établir dans l’assemblée, tant que l’esprit de parti serait incessamment inspiré et échauffé par les séances et les discussions des Jacobins.

Cette proposition fut combattue. On respectait l’existence des sociétés populaires comme un principe fondamental de la république et de la liberté. — « Les sociétés populaires sont un instrument démocratique

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