SÉANCES ORAGEUSES
sans prudence; ils reniaient et injuriaient d'anciens amis aussi disposés qu’eux à défendre les principes et les actes de la Révolution, mais qui, placés dans les comités, comprenaient la nécessité de faire quelques concessions à l’opinion, de préserver l’ordre public et de prévenir les tumultes populaires. C’est ainsi que Bentabolle, Reverchon, Goupilleau et quelques autres, sans marcher à la suite de Tallien, étaient amenés à faire cause commune avec les thermidoriens contre les fureurs jacobines.
Déjà un décret avait interdit toute correspondance ou aililiation entre les sociétés populaires. La nouvelle discussion se termina en chargeant les comités de proposer des mesures pour empêcher aucun représentant de prêcher la révolte contre la Convention. Le lendemain, dans l’intérêt même des sociétés populaires dont l’existence était évidemment menacée, Lequinio reproduisit la proposition déjà repoussée d'interdire aux représentants d’en faire partie.
Le débat fut encore animé et tumultueux. Les uns disaient : « Nous savons que les Jacobins sont en discrédit dans une certaine opinion ; mais il n’en est| pas moins vrai que, qui n’est pas jacobin n’est pas l’homme de la liberté ni de la justice. Ceux qui ne sont pas jacobins ne peuvent pas être tout à fait vertueux. »
Clauzel répondait que la Convention était responsable de l’agitation que quatre ou cinq représentants entretenaient parmi les Jacobins, et qu’elle devait prendre des mesures sévères contre ces meneurs. — « Nommez-les, » disait Duhem. — « Toi, » s’écriait-on.
SÉANCES ORAGEl’SES.
Bourdon de l'Oise ajoutait : — « Vous avez des comités de gouvernement. Si vous n’en êtes pas contents, changez-les ; s’ils ont votre confiance, rapportez-vousen à eux du soin de balayer des sociétés populaires les hommes qui prêchent la révolte. »
Les Jacobins, malgré leur exaltation, commencèrent à s’inquiéter et à comprendre qu’ils étaient sur la défensive. On leur avait imputé de servir la cause des contre-révolutionnaires ; c’était l’accusation banale contre quiconque on voulait perdre. On avait même prétendu qu’ils correspondaient avec un comité d’cmigrés établi en Suisse. La société envoya une députation à l’Assemblée pour demander que la dénonciation fût examinée et que justice lui fût rendue. Après quelques imputations réciproques, on passa à l’ordre du jour. ' #
Le rapport sur la mise en accusation de Carrier tardait à être présenté; l’opinion publique le réclamait vivement. Une adresse de la société populaire de Nantes, disait : — « Représentants , achevez votre ouvrage, faites tomber sous la bâche de la loi des hommes indignes de ce nom, qui, pour satisfaire leur cupidité ou par instinct féroce, ont égorgé des femmes enceintes et des enfants à la mamelle. Faites disparaître du sol de la liberté ces cannibales qui voudraient faire d’un peuple, à qui les vertus sociales ont toujours été chères, un peuple d’anthropophages. Frappez au nom de l’humanité: la nature outragée demande vengeance; la terre est impatiente de s’abreuver du sang des tigres qui l’ont si souvent rougie du sang innocent. »
La Convention décréta la mention honorable de celte adresse où l’humanité s’exprimait en style terroriste.