‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 45 sur 168 · DÉFENSE DE CARRIER · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE CARRIER

avait bu à la santé de ceux qu’il avait fait « boire à la grande tasse. »

11 avait fait noyer un détenu dont la soeur avait rejeté ses infâmes propositions.

Un convoi était expédié de Nantes pour l’armée. Le sous-officier chargé de l’escorte démontra à Carrier qu’il n’était pas prudent de la composer de quinze hommes seulement. 11 le menaça de la guillotine, et tira son sabre pour le frapper. Le convoi partit, tomba aux mains des ennemis, et les soldats furent tués.

La lecture des pièces était sans cesse interrompue par des exclamations d’horreur.

La parole fut accordée à Carrier pour présenter sa défense. Il déplora la fatalité attachée à tout gouvernement révolutionnaire. Six mois auparavant, on le couronnait de lauriers ; aujourd’hui , il était accusé : lui qui avait éteint les torches du fanatisme, prévenu la descente d’une armée anglaise , terminé la guerre civile, délivré la France menacée du rétablissement de la royauté.

On l’accusait, disait-il, de mesures de détail, où il n’avait pas eu de part. On lui donnait pour juge un tribunal, dont le président était né dans le pays de la guerre civile, et qui du reste était composé de contrerévolutionnaires, de brigands et de chouans. C'était le procès de Charette contre les vainqueurs de la Vendée. Tous les brigands qu’on avait conduits à Nantes avaient porté les armes, les femmes se battaient, les enfants apportaient des cartouches. Avant son arrivée, on ne faisait déjà plus de prisonniers. La Convention n’avail-elle pas écrit dans un décret : « 11 faut que les

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brigands de la Vendée soient exterminés avant le mois d’octobre ? »

il défiait qu’on pût produire un seul ordre signé de lui pour faire noyer des femmes et des enfants. Ce n’était point lui qui avait nommé le comité révolutionnaire: quelques ordres signés de confiance par lui ne prouvaient rien, puisqu’ils n étaient pas de son écriture.

H dénonçait Philippe Troncjoly comme un fédéraliste, un contre-révolutionnaire, un intrigant. — «Si une fois on admet les dépositions orales contre un représentant, la Convention entière peut être perdue. On produira des témoins contre les commissaires qu’elle a envoyés dans la Vendée, à Lyon, à Marseille, à Toulon. On fera le procès à toute la Révolution, aux vainqueurs de la Bastille, aux héroïnes du 5 octobre, aux héros du 10 août, aux hommes du 2 septembre, aux auteurs du 31 mai. »

11 présenta un horrible tableau des cruautés commises par les rebelles. — « Comment, disait-il, on s’apitoie sur les brigands, et personne n’élève la voix pour les défenseurs de la liberté !

« Oui, la Convention et la patrie sont en danger. S'il le faut, je ferai le sacrifice de ma vie, jamais le sacrifice de mon honneur. »

La Convention avait écouté Carrier dans un profond silence; les témoignages d’indignation, qui se renouvelèrent plus d’une fois, partaient des tribunes publiques. Legendre, qui présidait, rappelait les spectateurs au respect dû à un accusé.

L’arrestation provisoire fut demandée, mais contestée par quelques Montagnards.

Les Jacobins n’avaient pas renoncé encore à dtv-

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