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LES JACOBINS

Mallarmé parla plus vivement et proposa que la société se transportât tout entière à la Convention pour réclamer la publication d’une liste des détenus délivrés et l’observation énergique du gouvernement révolutionnaire.

L’orateur, qui se présenta à la tête des Jacobins, était un nommé Raisson, démagogue de bas étage. Son langage fut aussi impérieux qu’à l’époque où les Jacobins étaient une puissance formidable. — « La société, régénérée et rendue à son énergie primitive, vient vous dire des vérités indispensables et vous demander des mesures que le salut public commande. » — 11 parlades réactions qui avaient constamment suivi les crises révolutionnaires. — « Jamais aucune réaction ne se fit sentir d’une manière aussi terrible que dans les circonstances présentes. »

Les Jacobins n’avaient plus sur la Convention l’inlluenee de la peur; lorsque l’orateur parla de la liberté imprudemment rendue à des aristocrates et qu’il demanda l’impression de la liste qui, huit jours auparavant, avait été supprimée par un vote, les murmures L'interrompirent. Tallien réclama le silence en annonçant qu'il répondrait.

Merlin de Thionville qui présidait le dispensa de ce soin. Il répondit sévèrement à Raisson. Après avoir rendu hommage aux généreux amis de la liberté qui honoraient encore la société des Jacobins, il disait : — « Ceux-là n’ont point prêté serment à la Commune criminelle pendant que la Convention , abandonnée à elle-même, attaquait, accusait, renversait en un instant le tyran et les hommes pervers qui le défendaient à votre tribune. Vous avez désavoué ces monstres ; vous les avez proscrits ; ils sont

tombés sous le glaive des lois Faites davantage aujourd’hui : prouvez que vous voulez le gouvernement révolutionnaire , qui nous conduira au bonheur et à la paix ; donnez l'exemple de la soumission aux lois , et dirigez votre opposition contre les ennemis du peuple et de la représentation nationale. »

La Convention applaudit beaucoup cette réponse, et passa à l'ordre du jour.

Ainsi commençait dans la Convention une nouvelle guerre civile, où d’une part on allait conspirer contre le gouvernement et l’ordre public, tandis que de l’autre on en viendrait à se défendre par des mesures arbitraires et par l’exercice du pouvoir absolu : c’était encore une phase révolutionnaire , qui ne laissait entrevoir aucun dénoûment final.

Toutefois, la chute de Robespierre avait complètement changé la situation des partis, ou plutôt de nouveaux partis se formaient. Les royalistes et les constitutionnels monarchiques n’étaient pas citoyens de la France révolutionnaire : émigrés , proscrits , détenus, ils ne pouvaient avoir aucune part aux affaires publiques ; leurs opinions étaient muettes et presque oubliées. Les Girondins n’avaient pas reparu ; ils avaient perdu leurs chefs et leurs orateurs ; les survivants étaient fugitifs ou emprin sonnés. La Plaine n’osait pas encore essayer sa force ; courbée pendant longtemps sous le joug, elle n’avait pas repris courage , et servait seulement comme auxiliaire ; il semblait donc que la lutte s’engageait entre les Montagnards et les Thermidoriens. Mais, pour obtenir la majorité à l’Assemblée, bien plus encore pour avoir l'appui de l’opinion publique, réveillée

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