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IUPPEL DES REPRÉSENTANTS DÉTENUS

avait été repoussé. C’était Robespierre et Couthon qui, par leur correspondance, lui dictaient les affreuses mesures qu'il ordonnait. Eu même temps, Legendre demanda des secours pour les malheureux pétitionnaires qui n’avaient pas de quoi acheter du pain.

Bréard proposa qu’il leur fût alloué une indemnité pour rebâtir leurs maisons.

Alors les représentants de la Provence et de l’Alsace demandèrent qu’on cessât de regarder comme émigrés les malheureux habitauts qui avaient cherché sur la terre étrangère un refuge contre les supplices où voulaient les envoyer les représentants en mission dans le midi, ainsi que Saint-Just pendant qu'il était à Strasbourg.

Toutes ces propositions étaient favorablement accueillies et renvoyées aux comités.

Legendre venait de reproduire l’ancienne accusation de Lecointre contre les membres du comité de salut public. — « J’ai recueilli des pièces, dit alors le premier accusateur, je les ai fait imprimer, vous ne direz plus maintenant que je manque de preuves. »

La Convention ordonna que les pièces seraient distribuées, et que les comités les examineraient pour en faire rapport.

Elle décréta aussi que les comités lui feraient sous trois jours un rapport sur les déclarations de Goupilleau.

Un autre résultat de la victoire remportée sur le parti terroriste , contribua surtout à lui ôter tout espoir de reconquérir la majorité à la Convention et de recouvrer la puissance par des voies légales. Déjà

depuis deux mois les réclamations des soixantetreize députés, détenus pour avoir signé la protestation contre le 31 mai, avaient été présentées à l'Assemblée. Elles avaient*' té renvoyées aux comités.

Souvent des adresses, des pétitions et même les instances de quelques représentants, avaient témoigné de l'étonnement de tant de retard et d'hésitation, lorsqu'il s'agissait d'une détermination si juste et si importante.

Mais ce n’était pas seulement aux Jacobins qu'elle paraissait grave. Elle n’allait pas à moins qu’à désavouer le 31 mai, à réhabiliter les Girondins, à créer une majorité appartenant en propre au côté droit; c'était une concession que les thermidoriens et tous les conventionnels qui voulaient seulement substituer un régime plus doux au règne de la Terreur, sans retour sur le passé , ne pouvaient faire qu’à contrecœur. Enfin, le 7 décembre, un décret voté sans discussion ordonna que les comités feraient leur rapport dans les trois jours.

11 fut présenté dès le lendemain. Merlin de Douai, sans entrer dans aucun développement, sans donner de motifs pour une proposition si évidemment juste, lut un projet de décret : « La Convention rappelle dans son sein les soixante-treize députés détenus. »

Pas une objection ne fut élevée. Le décret fut voté parmi les applaudissements et les cris de : « Vive la République ! »

Dans la disposition où était l'Assemblée, il fut même possible d’ajouter et de comprendre dans la liste, des représentants qui n’étaient pas détenus, mais qui avaient cessé de siéger.

’ Couppé des Côtes-du-Nord n’assistait plus aux

séances de la Convention, et avait même quitté Paris. 11 avait été déclaré démissionnaire.

Dulaure et Devérité avaient été compris dans l’acte d'accusation des Girondins. Aucun prétexte n’avait même été allégué ; nulle pièce n’existait contre eux, le comité de sûreté générale n’avait point proposé de les accuser; ils avaient été mis sur la liste par des amendements produits pendant la discussion, et sans motifs. Le fait seul de s’être dérobés à la poursuite, ainsi dirigée contre eux, les avait placés hors la loi : la Convention les rappela.

Thibaudeau proposa aussi la réintégration de Thomas Payne, qui avait été exclu comme étranger.

Les détenus qu’on appelait les soixante-treize avaient été augmentés en nombre par trois arrestations postérieures.

Ils étaient soixante-seize; on venait d’ajouter quatre noms à la liste. C’étaient donc quatre-vingts votants qui rentraient à la Convention. Parmi eux on comptait quelques représentants connus et qui devaient apporter à l’Assemblée non-seulement un vote, mais l’influence de leur talent, de leur capacité ou de leur caractère : Daunou , Saladin , Bailleul , Dussaulx , étaient les plus remarqués.

Mais déjà cette réparation n’était plus suffisante; une autre était demandée, et semblait beaucoup plus difficile à accorder.

Vingt-trois membres de la Convention étaient encore hors la loi; ils étaient, en droit révolutionnaire, condamnés à mort, non point comme des contumaces dont le procès doit être instruit de nouveau lorsqu’ils tombent sous la main de la justice, mais il suffisait

de reconnaître l’identité pour les exécuter. Telle était la situation où se trouvaient encore les hommes les plus estimés et les plus considérables de la représentation nationale : Lanjuinais, Defermon, Pontécoulant, Bresson, Kervelegan, Henry Larivière ; peut-être s’il n’y avait eu parmi les proscrits que de tels amis de la justice et de la liberté, étrangers à l’esprit de parti, leur rentrée n’aurait-elle rencontré que peu d’opposition; mais on comptait avec eux les derniers restes de la Gironde.

Cette absolution solennelle donnée au fédéralisme, eut été l’aveu que Vergniaud, Guadet, Barbaroux, Brissot, avaient été assassinés par la Convention et le tribunal révolutionnaire.

Lanjuinais et plusieurs autres proscrits avaient déjà écrit à la Convention des lettres où ils demandaient justice. On les avait lues à la tribune; elles avaient été écoutées avec faveur, et renvoyées aux comités. Il était impossible d’ensevelir dans le silence de telles réclamations.

Un décret venait d’être voté, qùi déclarait provisoirement suspendue l’exécution de tous les décrets de mise hors la loi; mais il ne s'appliquait pas plus aux représentants qu’à tous autres proscrits.

Grégoire demanda qu’un rapport fût incessamment présenté par les comités pour ceux des représentants que la Convention n’avait pas encore rappelés dans son sein. — « Le grand acte de justice accompli envers soixante et seize collègues en promet un autre. » — 11 s’occupa spécialement de Lanjuinais, et lorsque sans examiner ses opinions, il parla de sa droiture et de son caractère honorable, on s’écria de toutes parts : — « Oui ! oui ! »

Un député d'Auvergne, Girod-Pouzol , demanda que le rapport des comités fût présenté avant trois jours. Cette proposition fut votée sans être contredite.

Merlin de Douai fut encore rapporteur; cette fois il n’entra pas dans l’examen de la question. 11 se borna à dire : — • « Vos comités ont apporté dans l’examen de cette affaire le même esprit qui les avait déterminés à vous proposer le rappel des détenus; ils n’ont écouté que la voix de la patrie, ils n’ont vu que le salut du peuple, le triomphe de la liberté, la consolidation de la République ; ces considérations les obligent à vous présenter aujourd’hui le projet suivant : — « Aucun des dénommés dans les dé- « crets des 28 juillet et 3 octobre 1793, à l’exception « des députés rappelés par le décret du 8 décembre « dernier, ne rentrera dans le sein de la Convention, « mais il ne pourra être fait contre eux aucune pour- « suite par les tribunaux. »

C’était une amnistie, et rien de plus. 11 était évident que la séance allait devenir orageuse.

— « Aux voix, » criaient les uns; — « non, non, » répliquaient les autres. On s’étonna de la prétention des comités. Sans donner un seul motif, ils voulaient faire accepter de confiance une détermination qui portait atteinte à la souveraineté nationale et aux droits du peuple. On demanda l’impression et l’ajournement.

Merlin avait espéré le même accueil que pour le décret relatif aux représentants détenus. Entendant des murmures , il se montra surpris. — « Vous proposiez alors, lui dit-on, un acte de justice, il n’en est pas de même aujourd’hui. » — Le rapporteur répliqua: — « Voulez-vous donc donner à l’opinion une direc-

tion subversive de la Révolution? Voulez-vous faire dire à la malveillance que vous avez fermé les portes des Jacobins pour ouvrir les portes du Temple? » Les murmures éclatèrent d’un côté, les applaudissements de l’autre. D’un commun accord, on cria : « Vive la République! »

La discussion pouvait devenir dangereuse; les comités et leurs amis la regardaient comme une calamité publique, et s’efforcèrent de l’empêcher. Legendre disait : — « Voulez-vous déchirer le sein de la patrie? »

Mais beaucoup de voix continuaient à demander justice pour les proscrits. — » S'ils sont criminels, ils méritent la mort, disait-on; s’ils sont innocents , qu’ils rentrent ici. »

L’appel nominal était demandé, toute la salle était en rumeur. Rewbell, qui présidait, s’était couvert.

Le plus bruyant et le plus obstiné des opposants , était un député des Côtes-du-Nord, nommé Guyomard, qui sans prendre un intérêt personnel aux proscrits, parlait au nom des principes de justice. Penières, ami des Girondins , était aussi très-animé. Tallien demanda la parole pour proposer l’ajournement, elle lui fut refusée. Le président, et peut-être la majorité, voulaient qu’on votât.

— « Sommes-nous encore au 8 thermidor , disaiton , c’est ainsi qu’en agissait Robespierre. » — « La Convention a-t-elle peur de la justice? Des mesures sont-elles prises pour qu’on ne puisse parler? » — Telles étaient les apostrophes qu’adressaient au président des représentants délivrés depuis huit jours de leur longue détention , et qui ne s'attendaient pas à trouver l’Assemblée en une telle disposition; leurs

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