ABOLITION DU MAXIMUM
il savait combien l’esprit révolutionnaire et même l’orgueil national seraient exigeants sur les conditions; c’était un thème de méfiance dans le parti jacobin, qui sur ce point aurait trouvé des sympathies dans l’opinion publique.
L’administration intérieure réclamait plus impérieusement encore que la politique générale, un retour vers la raison et le bon ordre. La France était menacée d’une famine; le commerce et l’industrie avaient cessé d’exister. Peu après le 9 thermidor, la Convention avait commencé à s’occuper du maximum. En tout temps, en toute circonstance, cette loi aurait anéanti entièrement le négoce et les transactions entre les productenrs et les consommateurs, entre le fabricant et l’ouvrier, entre le propriétaire et le cultivateur.
Il avait fallu la Terreur et l’échafaud pour que le maximum obtînt quelque obéissance , encore étaitelle plus apparente que réelle. Depuis qu’on ne risquait plus la vie et la liberté en vendant les marchandises et les denrées à leur valeur, acheteurs et vendeurs en étaient revenus à commercer librement, l’un n’avait plus le moyen de forcer l’autre à lui vendre autrement qu’à prix débattu. Mais lors même qu’on eût voulu maintenir celte loi dans son absurde principe, il eût fallu changer les tarifs. Depuis qu'elle avait été imposée, les assignats, se multipliant par des émissions indéfinies, perdaient de jour en jour leur valeur comparative qu’ils avaient au moment où le maximum avait été fixé; livrés à leur cours naturel, et n’étant plus soutenus par des lois coercitives et terribles , leur taux nominal avait subi une dépréciation rapide , ainsi qu'il devait arriver à un papier qui
ABOLIT! Oü DO BAMMl'M.
n'avait plus ni gage, ni garantie. La Convention, lors» , qu’elle était encore timide à porter la main sur les lois de la Terreur, avait senti la justice et la nécessité d’élever les tarifs du maximum et de les rapprocher du prix réel. Ce remède était insuffisant et illusoire. Quelques jours après la fixation du nouveau tarif, l’assignat étant de plus en plus avili, on se retrouvait au même point; forcer le vendeur à délivrer sa marchandise au prix réglé par la nouvelle loi était encore une spoliation.
Ainsi l’abolition du maximum, le rétablissement de la liberté du commerce devenaient indispensables. Ce ne fut pas néanmoins sans beaucoup d’hésitation que la Convention s’y décidât. On craignait d’exciter un vif mécontentement parmi les classes ouvrières. Le pain, qui était déjà si rare, allait, craignait-on, s’élever à un prix exorbitant. Au milieu d’une disette qui devenait de jour en jour plus calamiteuse, le libre transport des grains pouvait, comme il arrive souvent en de telles circonstances, rencontrer des obstacles dans les alarmes et l'ignorance populaires.
La question fut discutée gravement et sans esprit de parti. L’approvisionnement des armées, de Paris et de presque toutes les villes , ne pouvait se faire que par voie de réquisition; mais en payant les denrées requises à leur véritable prix, l’obéissance des cultivateurs et des propriétaires au commandement de fournir du blé ou d’en apporter au marché, devait cesser d’être aussi pénible, et on pouvait l’obtenir autrement que par contrainte. D’ailleurs, n’eût-il pas été déraisonnable de laisser subsister une loi qui pesait en entier sur les habitants des campagnes, qui détruisait l’agriculture déjà si découragée et dimi-