RAPPORT SUR MAIGNET
le calme dans les séances de l’Assemblée; les Jacobins, dés qu’ils reprenaient courage, devenaient insolents et agressifs. Leurs partisans bravaient l’opinion publique. Les sections de Paris apportaient des adresses contre eux à la Convention et lui demandaient de se montrer énergique contre « les monstres qui voulaient rétablir le règne de la Terreur. » Les Montagnards s’irritaient : les thermidoriens et les modérés prenaient parti pour les pétitionnaires; alors commençait un conflit d’apostrophes injurieuses: chacun reprochait à son ennemi sa vie passée : et ce passé n’avait pas un an de date.
Tallien appelait Levasseur assassin de Phélipeaux; Duhem demandait compte à Tallien des trésors de la Cabarus, qu’il employait à payer des calomniateurs. On se reprochait mutuellement d’avoir rempli les tribunes de spectateurs qui prenaient part au tapage. On terminait en rendant un décret qui prononçait la détention à l’Abbaye de tout représentant qui insulterait son collègue.
Une autre séance turbulente fut amenée par la discussion sur Maignet. Ce n’était jamais volontiers que les comités proposaient la mise en cause d’un représentant; il avait été impossible d’en agir autrement avec Carrier. 11 n’y avait pas contre Maignet cet immense soulèvement de l’opinion publique, ni le scandale et l’horreur des deux procédures qui avaient rendu indispensable l'accusation de Carrier. Nantes était une des grandes villes de France; les cris de vengeance que poussait cette nombreuse population retentissaient dans la France entière. Bédouin était un pauvre village habité par des paysans et de