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RAPPORT SUR MAIGNET

très-petits propriétaires. Maignet n’avait pas une âme beaucoup moins atroce que son collègue; mais quelle que fût son abominable cruauté, il était peu connu. La tribune des Jacobins ou des Cordeliers n’avait pas retenti de son nom comme du nom do Carrier. Le? comités jugèrent qu’il était en règle : il c’avait rien fait sans les ordres exprès du comité de so!ut public et l’approbation de la Convention.

Mais on venait d’entendre le rapport de Courtois sur les papiers trouvés chez Robespierre; on avait lu les pièces nombreuses dont il était accompagné. Sous cette impression, après avoir eu communication de la correspondance de Maignet avec Couthon et des lettres de Payan, la justification de l’incendiaire de Bédouin ne semblait pas facile. 11 trouva des défenseurs sur la Montagne et même parmi les membres du comité. Quelques-uns des thermidoriens trouvaient plus à propos de reporter toute la responsabilité sur l’ancien comité de salut public. On parla beaucoup du royalisme des pguvres habitants de Bédouin et du crime affreux consommé sur l’arbre de la liberté.

Le débat fut vif et se prolongea. La Montagne criait : — « On veut assassiner les patriotes. » — Il fut statué que les comités prendraient connaissance des pièces trouvées chez Robespierre et feraient un nouveau rapport.

Cette publication du rapport de Courtois eut une grande importance; elle contribua à donner une vivacité nouvelle à l’esprit public contre la. tyrannie révolutionnaire. C’est par la lecture de ce volume qu’on peut encore se faire la plus juste idée de Robespierre et du régime de la Terreur.

214 DISCUS9I0N SUR EES ÉMIGRÉS.

La Convention était en ce moment disposée à manifester sa sincère volonté de maintenir les œuvres de la Révolution j de conserver une France telle que l’avait faite le 10 août; de garder pour elle-même et pour la portion de la société qu’elle représentait, la prééminent, et la domination. Sur ce point, elle était d'acv-jrd avec les Jacobins; seulement ceux-ci étaient plus exclusifs: c’était le fond de la querelle. — a f.cs messieurs, disait un député thermidorien, veulent être une noblesse en patriotisme. » — Mais dès qu’il s’agissait de repousser par la persécution tout ce qui n’était point d’origine révolutionnaire, l’harmonie se rétablissait facilement entre les deux parts de la vaste faction démocratique qui s’était emparée de la France depuis plus de deux ans. Un débat où se trouvait amenée la question de l’émigration en fut la preuve évidente.

Un imprimeur de Strasbourg, Levrault, homme estimé et considérable, avait passé en Suisse pour échapper aux exterminations de Schneider et de Saint- Just. — « Là, comme ici, disait Pons de Verdun, on faisait périr, sans aucune distinction, l’aristocrate et le patriote; comme ici, on ne voulait que répandre le sang. » — Maintenant les autorités administratives, la société populaire de Strasbourg, et même le représentant en mission demandaient que Levrault fût rayé de la liste des émigrés. Le comité de législation proposait cet acte de justice, sans y voir aucune difficulté.

Les Montagnards se soulevèrent à la seule pensée de la radiation d’un émigré quelconque. Gaston disait : — « 11 est temps d’ouvrir les yeux sur des projets qui menacent vos jours et la liberté. Nous

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