LE RÉVEIL DU PEUPLE
les acteurs avaient été détenus comme suspects. Les querelles qui résultaient des haines, des rancunes ou des rivalités de théâtre, tenaient une grande place dans les opinions et les mouvements de la jeunesse réacliounaire. Plusieurs comédiens n’étaient pas les moins zélés dans les réunions du café de Chartres. Quelquefois les assemblées de section les choisissaient pour orateurs et ils venaient à la tête des députations porta la parole à la barre de la Convention.
M"' Candeille, actrice du théâtre de la République, était belle, spirituelle, et avait eu beaucoup de succès. Une comédie1, dont elle était l’auteur, avait été très-applaudie. Mais M"' Candeille, par réquisition plus que par zèle, avait figuré dans les fêtes de Chaumette comme déesse de la raison ou de la nature; on l’avait vue sur les brancards des sans-culottes, portée processionnellement dans les rues.
Ce souvenir récent n’était pas effacé , lorsqu’elle donna au théâtre de la République un nouveau drame, « la Bayadère. » Il paraît que la pièce était mauvaise ; elle eût été meilleure que l’actrice n’aurait pas obtenu plus de bienveillance. La Bayadère tomba ; M"c Candeille fut siiïlée, la représentation fut tumultueuse. Au moment où le rideau était relevé pour jouer la seconde pièce, un papier fut jeté sur l’avantscène; le parterre demanda la lecture. Le coup était monté : c’étaient des vers intitulés : « Le Réveil du Peuple. » Le public exigea qu’ils fussent lus par un nommé Fusil, comédien subalterne, qui avait suivi Ronsin et l’armée révolutionnaire à Lyon; il y avait siégé dans la commission dont les arrêts avaient ré-
1 La lielle Ftrmiort.