LE RÉVEIL DU PEUPLE
pandu tant de sang. Cet homme, assailli de sifflets et d’injures, se troubla. On voulait qu’il se mît à genoux et fît amende honorable; il ne pouvait lire. Alors le parterre demanda successivement ceux des comédiens qui s’étaient fait remarquer par leur fougue révolutionnaire, entre autres Dugazon, aide de camp d’IIenriot. Tous s’étaient échappés craignant ce qui allait arriver.
Alors on appela Talma. Il n’avait pas le renom de terroriste; ami des Girondins, il n’était pas allé fort au delà. Toutefois, il prit ses précautions : s’adressant au parterre, il se recommanda de la mémoire de ses amis morts sur l’échafaud; on l’applaudit, on l’encouragea, et ce fut lui qui, pour la première fois, fit entendre le Itéveil du Peuple. Fusil, à genoux, tenait un flambeau pour l’éclairer.
Ces strophes furent bientôt après mises en musique par Gaveaux , autre acteur réactionnaire. Un jeune journaliste, nommé Souriguières, en était l’auteur; elles commençaient ainsi :
Peuple français, peuple de frères,
Peux-tu voir, sans frémir d’horreur,
Le crime arborer la bannière Du carnage et de la terreur?
Tu souffres qu'une borde atroce,
Et d'assassins et de brigands,
Souille de son souflle féroce Le territoire des vivants.
La dernière strophe était adressée aux mânes des victimes de la Terreur. Elle se terminait par un serment de vengeance :
Oui, nous jurons sur votre toihbe ,
Par noire pays malheureux ,
De ne faire qu’une hécatombe De ces cannibales affreux.