‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 70 sur 168 · M VR\T EXCLU DU PA3THÉ · texte numérisé non relu

M VR\T EXCLU DU PA3THÉ

manqué à cette règle en y admettant Marat; il devait donc en être exclu.

• Ce décret fut voté sans nulle difficulté. Dès le lendemain, avant l’ouverture de la séance, les bustes de Marat et de Lepelletier furent enlevés, ainsi que les tableaux de David qui représentaient ces deux grands hommes des Jacobins. Les députés n’étaient pas encore dans la salle; il y eut quelque tumulte dans les tribunes publiques. Des femmes, habituées des séantes, s’écrièrent contre cette exécution ; leurs clameurs furent étouffées par les applaudissements. On répétait; — « A bas les furies de guillotine! vive la République! »

Bientôt les députations envoyées par les sections de Paris affluèrent pour féliciter et remercier la Convention d’avoir chassé Marat du Panthéon, et laissé un libre cours à l’opinion publique, qui abhorrait la mémoire de ce patron des terroristes.

Les Montagnards n’engagèrent aucune discussion sur cette flétrissure de Marat. La guerre qu’ils avaient à soutenir avait un intérêt plus réel. L’arrestation de Babœuf, les mesures prises pour empêcher les prédications de l’émeute, et prévenir les soulèvements que la disette rendait faciles à exciter, étaient une atteinte plus profonde portée à leurs projets et à leurs espérances.

André Dumont, en proposant l’abolition du culte de Marat, avait parlé beaucoup plus des sectateurs que de l’idole.

— «Ne vous y trompez pas: la malveillance s’agite, de nouveaux complots s'ourdissent, on veut ramener le régime atroce du sang ; montrons donc l’énergique résolution d’abattre tous les buveurs de

sang, anéantissons leur conspiration, ne laissons pas un' seul Français douter de notre volonté. »

On demanda que le comité de sûreté générale dé* signât et poursuivît les coupables. — « Qu’importe, disait-on, que quelques jeunes gens aient troublé les théâtres. Ce ne sont pas eux qui lèvent le poignard sur les représentants du peuple; ils ne promettent point de récompense aux assassins; ils n’offrent pas trente mille livres pour tirer de prison un conspirateur, ainsi qu’il vient d’arriver pour Babœuf. »

Dahem ne répondit pas directement aux accusations intentées contre ses amis; il traita une question générale, qui allait devenir le drapeau de son parti. — <( Le premier provocateur à l’assassinat, c’est celui qui a osé dire que la déclaration des droits est une pancarte barbouillée par Robespierre. C’est une provocation contre les patriotes, elle a entraîné comme toujours une réaction. Le gouvernement aurait dû tenir la balance égale entre les torts des deux partis. » On l’interrompait, il continua: — « Jusqu’à ce que le Palais-Royal m’ait assassiné , je dirai la vérité. On parle de liberté de la presse, et l’on protège le libelliste qui attaque la déclaration des droits, puis on arrête celui qui la défend; on soutient des coupejarrets qu’on a fait sortir des maisons de détention, ou des jeunes gens qui devraient être aux armées. Ils ont demandé hier quatre têtes au café de Chartres. On a fermé deux clubs au faubourg Saint-Antoine, pourquoi n’a-t-on pas fermé ce café? »

Goujon développa le véritable texte du discours de son collègue. — « Je viens aussi vous ouvrir mon cœur; je ne connais qu’un point de ralliement pour les amis

de la liberté et de l'égalité , pour les républicains sincères : la constitution démocratique jurée par le peuple français. Cette constitution et la déclaration des droits de l’homme sont l^s dépôts confiés par le peuple à la Convention. C’est pour la constitution démocratique et pour cette déclaration que le peuple est armé. S’il a consenti à un gouvernement qui ne leur est pas conforme, c’est pour réprimer par des mesures promptes les ennemis de la République, mais cette constitution existe. »

— « Vous l’avez violée, vous l’avez couverte d’un voile, » criait-on. — «Je n’ai pas mérité ces interruptions, disait l’orateur. Constamment soumis aux lois de mon pays..., — « et aux volontés de Robespierre, » répondait-on. — « Quand les invectives auront cessé, je continuerai. Je le déclare, rien ne pourra arracher ce qui est au fond de mon cœur ; je pourrai tomber sous les poignards.... Et moi aussi j’appelle la peine sur la tête de tous les coupables; je ne crains pas la lumière, j'ai toujours vécu seul avec ma conscience , loin des intrigues et des intrigants. Ce qui m’alarme, c’est ce qu’on dit et qu’on imprime contre les droits de l’homme et la constitution. Je demande que les comités prennent des mesures contre ceux qui les attaquent. »

Ainsi parla ce jeune fanatique, le plus honnête de son parti. Tallicn lui répondit :

— « Ceux qui répandent avec une affectation de patriotisme que nous voulons violer la constitution sont des ennemis de la liberté; ils veulent exciter le trouble et la guerre civile. Ils se sont pris tout à coup d’un violent amour pour cette constitution qu’ils ont enterrée sops une montagne de cadavres, y substi-

tuant l’infâme gouvernement révolutionnaire. Les principes de la déclaration des droits sont gravés dans nos cœurs. En les confessant hautement, la Convention ôtera aux assassins du peuple le moyen de le tromper; mais que les charlatans et les buveurs de sang apprennent que leur règne est passé. Ensuite je provoquerai la punition de l’homme qui a pu porter atteinte aux principes de la liberté. »

Tallien répondit aussi à ce qu’avait dit Goujon sur la guerre soutenue par le peuple contre la coalition des tyrans pour la défense des principes de la constitution. — « S’ils ne reconnaissent pas les droits de l’homme, ils reconnaissent la puissance de nos baïonnettes. Nous n’avons pas encore posé les armes et nous ne les poserons que lorsque notre indépendance sera reconnue. Ce ne seront pas les tyrans qui nous accorderont la paix; ce sera nous qui imposerons les conditions auxquelles nous consentons à ne plus combattre.

« Bientôt la Convention s’occupera de donner à la France, non pas un gouvernement provisoire, mais un gouvernement stable et vigoureux. Chacun de nous mettra alors la main à l’œuvre et méditera dans le silence du cabinet l’organisation de la machine politique.

« En attendant cette époque, qui ne peut pas être éloignée, maintenons la tranquillité publique; que le coupable porte sa tête sur l’échafaud et que l’homme égaré reçoive de nous des conseils qui le prémunissent contre les insinuations des méchants. »

Tallien avait parlé avec l’autorité d’un homme de gouvernement; ce n’était pas que son influence fût prépondérante et que la direction générale de la politique et des affaires pût lui être attribuée, mais il

était, ce jour-là, l’organe d’une majorité sage dont les intentions étaient réellement patriotiques et aussi peu révolutionnaires que le comportaient sa composition et les circonstances.

Les comités de gouvernement étaient renouvelés par tiers chaque mois, sans que les membres sortants fussent immédiatement rééligibles. Toutefois la même marche était suivie; on s’occupait à faire réussir les mêmes projets. Le succès récompensait de toutes parts cette raisonnable conduite: la Vendée se pacifiait; les chefs traitaient avec le gouvernement. Les armées avaient marché de triomphe en triomphe; en accordant aux généraux une confiance qui succédait à la menace toujours suspendue sur leur tête, en ne les soumettant plus aux ignorantes et présomptueuses volontés des commissaires conventionnels, le comité leur avait permis d’obtenir de prodigieux résultats. La conquête de la Hollande en plein hiver; ses places et même ses vaisseaux tombant au pouvoir d’une armée traversant sur la glace les fleuves, les canaux et les bras de mer, étaient des faits d’arme3 merveilleux. La Prusse entamait des négociations; l’Espagne où les armées républicaines s’avancaient, après avoir passé les Pyrénées, songeait aussi à demander la paix. Un traité conclu à Paris avec le grand-duc de Toscane était ratifié par la Convention, étonnée d’avoir à délibérer sur un pareil acte et d’apposer le sceau de la République à côté de la signature d’un tyran.

La politique intérieure présentait plus de difficultés et d’incertitudes. D’un côté, les Jacobins voulaient reconquérir leur puissance par l’insurrection, et nonseulement se défendre contre la vengeance qui les menaçait, mais contre le règne d’une opinion devant

laquelle ils auraient à rougir de leurs sanguinaires excès; d’autre part, la réaction passait incessamment d’une ardeur frivole à des exigences qui allaient bientôt devenir contraires à la Révolution jusqu’à un point que ne pourraient endurer les républicains du 1 0 août et les votants de la mort du roi, qui formaient la majorité de la Convention.

Cependant le danger était plus pressant du côté des Jacobins; rien ne pouvait ni calmer ni arrêter leurs passions perverses et insensées. D’ailleurs il y avait beaucoup de concessions justes et raisonnables que demandait l’opinion publique. Les prisons renfermaient encore un grand nombre de détenus; la loi des suspects était toujours menaçante. Les réclamations contre les actes de cruauté ou de spoliations des représentants en mission, arrivaient sans cesse à la Convention. Souvent même c’étaient les nouveaux commissaires qui faisaient le récit des atrocités et de la démence révolutionnaire de Javogues dans le département de l’Ain , de Dartigoyte dans le Gers et les Landes, ou de tel autre conventionnel. On apprenait aussi que dans plusieurs provinces, soit un correspondant des Jacobins, soit un protégé du comité de salut public, ou quelque comité révolutionnaire avait, pendant des mois entiers, exercé le pouvoir le plus despotique et le plus sanguinaire.

Les premiers commissaires envoyés après le 9 thermidor n’avaient pas tous fait cesser ces tyrannies locales. Hommes vulgaires et de peu d’esprit, ils étaient partis de Paris encore tout imbus de l’esprit jacobin. La peur dont les avait pénétrés le régime qui venait d’être aboli, n’était pas encore dissipée;

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ils croyaient ne pouvoir n'en décider que par les conseils des comités révolutionnaires ou par délibération de la société populaire; à peine osaient-ils mettre un détenu en liberté : de sorte que plusieurs mois après la chute de Robespierre, il y avait encore des provinces qui imploraient leur délivrance, et que la Convention de\ait envoyer d’autres commissaires. C’était donc très-sincèrement, que l’opinion réactionnaire craignait de retomber sous un joug qui n’était pas encore brisé. Ce fut seulement le 1!) février 1795 qu’un décret supprima cette funeste autorité qu’on appelait les comités révolutionnaires; ils furent même conservés dans les villes de plus de cinquante mille habitants.

Les séances de la Convention manifestaient encore cette incertitude inquiète entre la nécessité de satisfaire à la réaction et la crainte de mettre en péril les principes et les intérêts révolutionnaires. Ces pensées préoccupaient la plupart des Montagnards qu'on avait vus ardents à renverser Robespierre; maintenant ils se ralliaient volontiers au respect de la constitution de 1793 , et se plaignaient du décri où elle tombait.

Thibaudeau répondait à Bentabolle, qui avait parlé en ce sens : — « Je ne doute pas qu il n’y ait en France quelques ennemis de la démocratie; «nais le plus mauvais moyen de la défendre, c’est de supposer qu’on l’attaque. Qu’importe qu’un journaliste dise son opinion sur la manière dont la constitution a été rédigée? Je vais plus loin. S’il y avait dans la constitution un article qui ne me convînt pas, je m’y soumettrais, mais j’aurais le droit d’écrire contre. Si ce droit n’existe pas, il n’y a point eu France plus de

liberté qu’en Russie. Pour moi, je ne vois pas d’ennemi plus dangereux pour la République que celui qui s’oppose au retour de l’ordre et des lois. Et comment voulez-vous que ceux qui pendant dix-huit mois ont vécu de brigandages et de désordre puissent consentir au retour de la justice? Le gouvernement n’inspire pas assez de confiance; il n’a point assez de force. ...Voulez-vous éviter une réaction funeste? Soumettez à un examen la loi des suspects et toutes les lois révolutionnaires qui ne sont que de l’arbitraire; c’est le seul moyen de ramener la paix. »

Ce discours d’un homme qui s’était toujours tenu à part des clubs et des coteries, exprimait la pensée des conventionnels raisonnables. Ils prévoyaient le moment prochain où ils auraient à se défendre contre la réaction ; en attendant il était impossible que la Convention s’avouât solidaire et complice de tous les crimes de la Terreur, et qu’elle refusât quelques démonstrations de justice à la France irritée. D’ailleurs elle n’avait réellement pas à choisir, elle cédait à une nécessité politique.

Mais la plupart des thermidoriens avaient contracté dans leur vie révolutionnaire des habitudes d’exagération, des formes oratoires et passionnées. Leur caractère était devenu déclamatoire; dans leur bouche la raison et la justice semblaient retentir à la tribune des Jacobins ou des Cordeliers.

Ainsi André Dumont s’indignait des inquiétudes que la Montagne témoignait pour la constitution et faisait renouveler par l’Assemblée 4e serment de n’y rien changer; mais en même temps il demandait que la Convention frappât les grands coupables; qu’elle se prononçât sans retour; qu’elle ne laissât aux per-

fuies conspirateurs nul espoir de ramener le règne du sang et des rapines.

Legendre était plus violent encore.- — « Dès qu’il est question de prononcer sur les grands scélérats, nous entendons vociférer leurs lieutenants. Non, vous ne refroidirez pas l’indignation de nos cœurs, et si elle perdait son énergie, nous irions sur le3 tombeaux de vos nombreuses victimes, pour réchauffer nos sentiments. Non, nous ne voulons plus qu'on égorge: nous poursuivrons les hommes de sang; la terreur a changé de main. Allez prendre des bains de sang chez les cannibales; la Convention, qui marche toujours avec le peuple, fera rentrer dans le néant tons les hommes qui devraient pleurer sur leurs victimes. »

Lorsque de tels discours étaient prononcés au sein de la représentation nationale, on ne pouvait pas s’étonner de voir si fréquemment les séances devenir bruyantes et scandaleuses. On devait s’attendre aussi à une exaltation toujours croissante de la jeunesse du Palais-Royal, à un mouvement d’opinion de plus en plus prononcé dans les assemblées des seclions; elles apportaient sans cesse des adresses pour demander répression, justice, vengeance des hommes de sang; elles réclamaient le rapport de la commission des vingt et un.

La Montagne se plaignait des mentions honorables et des encouragements que l’Assemblée prodiguait aux pétitionnaires. La section des Tuileries avait exclu de ses réunions les anciens membres des comités révolutionnaires; Duhem remarqua cet abus de pouvoir, celte violation de la loi.

Bourdon de l’Oise répliqua : — « Souffrirons-nous

que, six mois après le retour de la justice, des scélérats venus de tous les départements, des membres de comités révolutionnaires, des jurés de l'infâme tribunal maltraitent les patriotes et renversent le bureau, comme ils ont fait hier dans plusieurs sections? La liberté serait perdue s’il n’était pas permis au peuple de venir dénoncer à ses représentants les hommes qui veulent encore ressaisir des pouvoirs dont ils ont abusé pendant dix-huit mois. »

L’ordre public était si profondément troublé; le gouvernement conventionnel était tellement dénué de moyens de répression; les autorités locales se sentaient si mal soutenues; elles recevaient une direction si incertaine que, de part et d’autre, les violences et les voies de fait étaient excusées; chaque opinion rejetait l’agression première sur l’opinion opposée.

— « A Boulogne, disait André Dumont, les bons citoyens ont été obligés de recourir à la force pour se délivrer de l’oppression où les tenaient des Jacobins qui osaient dire que la Convention allait ramener la justice révolutionnaire abolie au 9 thermidor; ils juraient d’exterminer tous ceux qui ne sont pas de leur parti : et vous empêcheriez les citoyens de se délivrer d’un joug odieux et de faire respecter vous et vos décrets ! »

Bientôt la majorité sembla décidée à donner satisfaction à l’opinion publique , à reconnaître la justice de la plupart de ses demandes, à réprimer sévèrement les efforts du parti jacobin. On pouvait néanmoins reconnaître dans ce plan de conduite la détermination de s’arrêter sur la pente et de résister au parti réactionnaire, lorsqu’il en viendrait à attaquer non plus la Terreur, mais la révolution républicaine.

RAPPORT i)E LA COMMISSION DES VINGT ET UN. 249 •

Fréron, apres un discours du ton le pluç modéré, où il donnait l'espérance d’une paix prochaine, proposa un décret :

— « Le comité de législation fera incessamment un rapport sur toutes les lois où se sont glissées des dispositions tyranniques. — La loi des suspects est rapportée. — Tous ceux qui, d'après cette loi, sont en état d’arrestation, seront mis sur-le-champ en liberté, et le séquestre mis sur leurs biens sera levé. — Une commission sera chargée de préparer les moyens d’exécution de la constitution démocratique de 1793 pour le moment où, sous les auspices d’une paix glorieuse, elle pourra être mise en activité. — Le gouvernement actuel ne pourra être remplacé que par un gouvernement déünitif établi sur les bases de la constitution.— Immédiatement après le jugement des prévenus, aucun représentant du peuple ne pourra être traduit devant le tribunal révolutionnaire, mais il sera jugé par la Convention elle-même. »

Ces prévenus étaient les membres de l’ancien comité. Le rapport de la commission des vingt et un devait être présenté le lendemain 3 mars 1795. Elle avait été formée le 27 décembre. L’intervalle assez long qu’on avait mis entre le commencement et le terme de son travail pouvait être expliqué par le soin et le scrupule convenables dans l’instruction d’une si grande cause. Les pièces avaient été communiquées aux inculpés ; ils avaient été entendus dans tous leurs moyens de défense. 11 était évident aussi que la commission avait participé à l’indécision de l’Assemblée et des comités de gouvernement où plusieurs membres étaient très-opposés à cette accu-

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sation ; ils la regardaient comme le préliminaire d’une persécution contre les représentants qui avaient eu une part de pouvoir ou d’influence dans le gouvernement révolutionnaire.

Les représentants, récemment délivrés de leur longue détention que le sort avait placés parmi les vingt et un, n’avaient nulle hésitation; mais ils n’étaient pas en majorité. Pendant quelque temps on put croire que la commission conclurait contre la mise en accusation. Siéyès avait d’abord refusé d’en faire partie, ce que l’Assemblée n’avait pas permis. Sortant enfin du silence et de l’inaction où il s’était réfugié depuis le 31 mai, il prit aussitôt une part considérable dans les travaux de la commission : il fit décider qu’avant de prononcer sur l’accusation personnelle de chacun des inculpés, on ferait d’abord une instruction collective sur l’ensemble des faits, d’où pouvait résulter contre eux une charge commune. 11 en serait déduit, disait-il un chef d’accusation qu'il rédigeait ainsi : « Avoir opprimé le peuple français par la Convention et la Convention par le peuple français. «

C’était ôter à la procédure le caractère judiciaire et la rendre entièrement politique. Il s’agissait, non plus de prouver des faits criminels, mais d’apprécier toute une conduite, de juger des opinions, de prononcer un jugement historique. Peut-être Siéyès avait-il raison. Faire rentrer, dans le cadre légal, des actes de souveraineté, l’abolition des lois, l’arbitraire inhérent à une révolution flagrante n’était sans doute pas possible. Juridiquement parlant, Siéyès employait contre les membres du comité de salut public le même procédé dont les révolutionnaires s’étaient servis, contre les Girondins et contre tant

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