RAPPORT DE LA COMMISSION DES VINGT ET L'N
d’autres. Mais l’opinion publique considérait les choses selon le sentiment et non selon les règles de la justice; elle ne s’arrêtait point aux formes légales et voyait que les accusés avaient ordonné ou encouragé d’horribles crimes; qu’ils avaient exercé un pouvoir absolu ; que les condamnations politiques commandées par eux et par Hobespierre avaient été, non point la punition, mais l’égorgement des vaincus.
11 y avait même cette différence que leurs victimes n’avaient jamais possédé ni exercé une autorité suprême : conséquemment aucun acte n’avait pu leur être imputé ; tandis que les gouvernants de la Terreur étaient responsables de l’usage qu’ils avaient fait de la victoire et du pouvoir. Leur soûle, non pas justification, mais fin de non-recevoir, c’était le consentement de la Convention et la multiplicité de leurs complices.
Cette considération pouvait avoir du poids dans les balances de la politique; mais c’était précisément la politique qui conseillait à la Convention de ne point résister au cri de douleur et d'indignation élevé de toutes parts ; ne lui fallait-il pas céder à la volonté publique, comme auparavant elle avait cédé aux volontés de ceux que maintenant elle allait punir de son propre aveuglement et de sa faiblesse?
Ce réveil de Siéyès était quelque chose d’imprévu; il avait gémi sans doute sous le règne de la Terreur; il l’avait détesté et encore plus méprisé. On lui demandait, après le 9 thermidor, ce qu’il avait fait pendant ce temps-là. — « J’ai vécu, » répondait-il. — - A cela s’était bornée son ambition, et on le conçoit. Mais son indignation n’avait rien de passionné, li