‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 76 sur 168 · G RAPPEL DES REPRÉSENTANTS PROSCRITS · texte numérisé non relu

G RAPPEL DES REPRÉSENTANTS PROSCRITS

qui imposait à l'opinion terroriste. En ce même moment on apprenait que Cliarette posait les armes et reconnaissait l’autorité de la République. Les conditions de cette paix n’étaient pas encore publiées. Les circonstances en étaient imparfaitement connues , mais c'était un grand succès.

Le çomité de salut public demandait de larges pouvoirs afin d’ouvrir et de terminer des négociations de paix, et il en donnait l'espoir prochain. Après une longue discussion où se manifestèrent les méfiances révolutionnaires, il obtint la latitude nécessaire à un gouvernement pour qu’il puisse traiter avec les puissances étrangères.

Les finances et la disette restaient comme un sujet de préoccupation et de danger.

L’élection deThibaudeau à la présidence fut encore un signe de la marche politique adoptée par la Convention. Les Montagnards étaient si déraisonnables que Duhem s'écria, lorsqu’on annonça le résultat du scrutin : — « Pourquoi pas Cliarette? »

Une autre grave question, ajournée depuis longtemps, allait être résolue. La Convention arrivait au point de ne pouvoir plus différer le rappel des députés mis hors la loi, Les pétitions et les adresses se multipliaient; les journaux étaient vifs dans leurs exigences. Les proscrits publiaient des brochures où ils réclamaient leurs droits et ne s’abaissaient point à se justifier. Les récits où Louvet rapportait le détail des dangers qu’il avait courus, les misères de sa fuite, et sa séparation d’avec ses amis de la Gironde qui n’avaient pu comme lui échapper à la mort décrétée parles vainqueurs du 31 mai, étaient lus avec avidité

dans toute la France. Un écrit publié par Isnard sous le titre « Ma proscription, » n’était pas accueilli avec moins d’empressement par le public.

Enfin, le 8 mars, Chénier proposa cette mesure tant réclamée et tant différée. 11 parla d’un si long retard comme d'un ajournement injuste. — «Il fallait, disait-il, opérer enfin la réunion , jusqu’ici plus désirée qu’obtenue, de tous les représentants du peuple, de tous les républicains. C’était un acte nécessaire pour suivre, diriger, affermir la véritable opinion publique. Elle redemande à grands cris, elle s’étonne de ne pas revoir dans cette enceinte ceux de nos collègues que le despotisme de Robespierre a poursuivis avec fureur; qui dans un temps de honte et de délire ont été mis hors la loi pour avoir cru que des représentants du peuple avaient le droit de penser et de manifester leur pensée. »

Chénier répéta ce qui se disait hautement : c’est qu’il était injuste et déraisonnable d’avoir déclaré par un décret que les députés proscrits ne devaient pas être traduits devant les tribunaux et de les priver en même temps de leurs droits politiques.

Il répondit éloquemment aux opposants, qui disaient : — « iis se sont reconnus coupables en fuyant. »

— « Oh ! les scélérats ! qui ont douté de la justice impartiale de Robespierre, de Saint-Just et de Fouquier-Tinville ! Devaient-ils donc s’offrir respectueusement à leurs bourreaux et vanter en expirant la clémence de leurs assassins ! Et l’on ne rougit pas de présenter cette objection absurdement féroce? Oui, ils ont fui; ils se sont cachés; ils ont enseveli leur existence dans les cavernes, comme autrefois les marv. 17

tyrs. Voilà donc leur crime! Eh plût aux destinées de la République que ce crime eut été celui de tous! Pourquoi ne s’est-il pas trouvé de caverne assez profonde pour conserver à la patrie les méditations de Condorcet et l’éloquenco de Vergniaud ? Quand la surface de la terre était soumise au pouvoir arbitraire, pourquoi n’ont-ils pas cherché la liberté dans la profondeur des abîmes ? Pourquoi , aussitôt après le 10 thermidor, une terre hospitalière et libérale n’at-elle pas rendu au jour purifié cette colonie souterraine d’orateurs patriotes, de philosophes républicains dont la sagesse et l’énergie auraient si puissamment servi l’État dans la prochaine et dernière lutte de 1 égalité contre les privilèges, de la liberté contre les rois?»

La dernière partie du discours était surtout employée à développer cette pensée et à montrer les Girondins comme d’indispensables auxiliaires pour le combat qui allait être engagé contre la réaction. C’était, déjà, le plus grave souci de Chénier et de beaucoup d’autres conventionnels.

Les Jacobins, dans leur aveuglement , ne voulaient pas voir que la Convention défendrait bientôt la cause commune des révolutionnaires: c’est que leur république, à eux, datait du 31 mai; et la république de Chénier et de la Gironde datait du 10 août et même du 21 janvier. Chacun défendait son œuvre et la position qu’il s’était faite.

Plusieurs des Montagnards, qui avaient d'abord parlé ou voté avec les thermidoriens, se montraient chaque jour plus hostiles à la réaction. Ils s’indignaient à la seule pensée que le gouvernement révolutionnaire pourrait être blâmé dans se3 maximes et dans ses promoteurs.

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