RESTITUTION DES BIENS DES CONDAMNÉS
frappe sans cesse nos oreilles ; leur deuil nous attriste, leurs larmes pénètrent nos cœurs, et nous n’avons pas encore réparé tant d’injustices! Nous prononçons des renvois à nos comités, nous votons des ajournements! » — Il demanda que la Convention décrétât : — « Que les jugements rendus par les tribunaux révolutionnaires depuis la loi du 22 prairial étaient déclarés nuis, ainsi que les confiscations* qu’ils avaient prononcées ; qu’une indemnité serait allouée aux héritiers, pour les biens déjà vendus. » Lesage d’Eure-et-Loire , un des proscrits rappelés, soutint avec énergie la proposition de Boissy, que de vifs applaudissements avaient accueillie.
Albitte lui-même appuya le renvoi aux comités. — «Lorsque nous commençâmes la Révolution, dit-il, nous nous sommes proposé d’abattre la royauté , la noblesse et le clergé;- nos vœux sont remplis, mais nous n’avons point voulu commettre d’injustice. » Duhem et d’autres Montagnards demandaient à grands cris la question préalable.
Bentabolle aurait voulu que la mesure ne fût point générale. — « Si le tribunal révolutionnaire a commis beaucoup d’assassinats , quelquefois il a condamné des conspirateurs. Sans doute il est malheureux pour des enfants de perdre leurs biens, parce que leur père a été un conspirateur; mais n’est-il pas juste que les frais de la guerre soient payés par ceux qui l’ont occasionnée ? »
Legendre, dans son langage hyperbolique, prononça quelques paroles qui furent répétées d'une extrémité de la France à l’autre, et retentirent plus que tout ce qui s’était dit dans cette discussion.
— « Quel est le bon citoyen qui pourrait se résoudre
LOI DE GRANDE POLICE
à acheter la propriété d’une famille innocente, dont le chef aurait été égorgé? Quel est l’honnête homme qui pourrait trouver quelque jouissance à contempler une telle acquisition? En se promenant dans son verger, les gouttes de rosée répandues sur l’herbe lui sembleraient les larmes des infortunés qu’il aurait dépouillés; le fruit qu’il voudrait manger lui paraîtrait plein du sang de leur malheureux père. »
Vernier, au nom du comité des finances, déclara que ni lui ni ses collègues n'avaient jamais compté les biens des condamnés parmi les ressources de la République.