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LES JACOBINS DE

toute la République le réseau de leurs correspondants et de leurs amis, revêtus des pouvoirs publics. Sans bien se rendre compte de ce motif, c’était précisément pour cela qu’ils avaient fini par détester Robespierre, depuis qu’il avait secoué le joug de leur oligarchie et envoyé à l’échafaud les hommes placés par eux dans les emplois publics.

Leur mécontentement était devenu do plus en plus passionné ; ils ne savaient l’exprimer que par des clameurs à la Convention et des excitations à la révolte dans les clubs. Ils contraignirent ainsi le gouvernement des comités à chercher sa force et ses moyens de défense dans une opinion, qui fut d’abord timide et prudente, qui se manifesta ensuite avec frivolité, sans but et sans vue d’avenir. La jeunesse fut enrôlée, excitée, enflammée par les thermidoriens eux-mêmes; ils recrutaient cette armée dont ils avaient besoin. Leurs journaux et leurs discours de tribune l’animèrent à la réaction, aux vengeances, à une aversion menaçante contre les Jacobins et contre les hommes de la Terreur. Il n’était point vrai que ces jeunes hommes fussent royalistes. Plus tard il se glissa parmi eux quelques émigrés, des chouans et des agents d’intrigues vaines et imprudentes. On pouvait seulement dire que ce nouveau parti n’appartenait pas à la révolution républicaine et ne lui portait ni affection ni respect : c’était un symptôme remarquable; de graves conséquences pouvaient en dériver. C’est ce que prévoyaient les thermidoriens , et mieux qu’eux des hommes plus réfléchis, comme Siéyès, Rewbell, Thibaudeau, Cambacérès. La conduite insensée des Jacobins, en faisant courir de grands périls à la tranquillité publique, augmentait encore le péril que devait amener la réaction.

DISCOURS DE ERÉRON.

En attendant, l’opinion hostile aux terroristes était l’auxiliaire indispensable pour soutenir le combat contre les ennemis de l’ordre social, contre ces hommes qui irritaient et effrayaient toutes les classes intéressées à la paix extérieure et intérieure.

Les mesures arbitraires, les expédients de révolution étaient tellement habituels, l’absence de lois était si bien devenue le droit public de la France, que la Convention était assurée de la sympathie et de l’approbation de l’opinion générale, en sévissant contre les Jacobins et les terroristes. Ce n’était pas volontiers qu’elle s’y décidait; tous les pas qu’elle avait faits sur cette route avaient été contre son gré ; lors même, que dans la chaleur des débats ou de l’action , les thermidoriens s’y portaient avec passion, il leur eût mieux convenu, il eût été plus conforme à l’esprit général qui régnait dans l’Assemblée, à l’expérience quelle avait acquise, de jeter un voile sur le passé et d’amnistier, par l’oubli, elle-même et tous les instruments de la tyrannie révolutionnaire. D’ailleurs, malgré les déplorables habitudes de déclamation et d’hyperbole, malgré cette sorte de violence et d’agitation dans le langage, qui fut le caractère indélébile des conventionnels, il y eut après le régime de la Terreur, un sentiment véritable, sinon d’humanité du moins de répugnance pour la peine de mort. Le besoin et le plaisir de tuer son ennemi n’avaient point survécu à Robespierre. Les révolutionnaires de cette époque pouvaient s’y résoudre, mais il leur fallait l’excuse de la circonstance, ou leur haine impitoyable contre les contre-révolutionnaires.

Cette disposition d'esprit paraissait clairement dans un discours que Fréron prononça le lendemain

du décret d’arrestation, en proposant l’abolition de la peine de mort.

— « Nous avons condamne Billaud, Collot, Barère et Vadier à la déportation; par ce seul fait, la peine de mort est abolie pour tous les crimes révolutionnaires. Sur quel coupable pourrait-on appeler le glaive, lorsque les plus grands criminels ont échappé à ses coups? Quel crime plus grand pourra être commis en révolution , qu’opprimer, déchirer, ensanglanter un peuple pendant dix-huit mois ? Pourrons-nous envoyer maintenant à l’échafaud les coupables subalternes , les agents, les valets de ces monstres? N'auraient-ils pas le droit de dire : « Vous avez laissé la vie à ceux qui «nous ont dirigés, commandés; nous exigeons la « même grâce. »

« 11 eût été sans doute plus naturel et plus juste de mettre hors la loi Collot, Billaud et Barère, comme chefs de la rébellion ; mais puisque l’ordre des événements n’a point permis de prendre cette mesure, bénissons-le de nous avoir donné cette occasion de proposer l’abolition de la peine de mort pour les délits révolutionnaires, et de tarir cette source de sang qui n'a déjà que trop coulé.

« Nous consolons l’humanité , nous ôtons à la Révolution ce masque farouche et terrible que les traîtres lui avaient donné; nous honorons la philosophie qui gémissait de voir ses conseils abandonnés.

« 11 est des crimes néanmoins pour lesquels il ne faut rien rabattre de l’ancienne sévérité. L’indulgence est barbarie quand elle compromet la liberté et la patrie. La mort restera toujours en sentinelle sur la frontière, afin d’empêcher de revenir parmi nous les lâehes qui ont déserté leur patrie pour prêter leurs bras aux enne-

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