CHAPITRE II
Sur les côtes de l’Amérique du Nord, il passe au nord-est et produit, sous le nom de Gulf-Stream , le courant célèbre et redouté qui coupe transversalement l'océan Atlantique dans la direction de
I est, et se fait sentir jusque sur les rivages opposés de l’Europo et de l’Afrique. Hans la mer du Nord, le courant, suite probable du Gulf-Streain, coule du sud, arrivant de l’Océan par la Manche. Sur l'Hémisphère austral, où la masse de l’eau est si prépondérante, les courants ne sont sensibles qu’au voisinage des côtes. Sur la côte orientale de l’Afrique, le courant suit la direction du sud-ouest.
II traverse le canal de Mozambique et prend, peut-être par suite de ce mouvement, une direction septentrionale à l’est de Madagascar. Contournant le cap de Bonne-Espérance, il se dirige de l'autre côté vers le nord-ouest et dans le voisinage de l’Équateur directement vers l’ouest. Les courants de l’océan Pacifique sont encore peu connus. Cependant on a déjà observé un courant froid qui, sortant de l’océan Glacial antarctique, remonte le long de la côte du Chili jusque vers le Pérou, et de là se continue, à l’ouest, au travers du Grand océan, ayant auparavant contourné le cap Horn. Sur les côtes opposées de l’Asie, le courant se dirige principalement vers le sud. Il longe les côtes de la Chine, la presqu’île de Malarca, la côte de Malabar, et s’unit avec le courant austral de
• l’est de l’Afrique auquel les deux grands golfes de la péninsule arabique donnent naissance. Mais ici il n’est plus aussi régulier que dans le Grand océan. Il se modifie avec les moussons, qui roulent les Ilots de la mer dos Indes chaque demi-année dans un sens opposé. En résumé, nous voyons que les courants des mers entre les tropiques marchent en sens opposé du mouvement de rotation de la terre, tandis que dans les mers polaires ils se dirigent du Pôle vers l’Equateur, phénomène qui s’explique tout aussi bien par l’évaporation moindre des eaux froides que par leur accroissement périodique à la suite de la fusion des masses de glaces. Le courant Equatorial dirigé à l’ouest tire son origine de la même cause que les vents d’est tout aussi constants des tropiques; c’est-à-dire de la tendance à reprendre leur équilibre, que possèdent les matières lluides diversement échauffées. Enlin, la rotation de la terreautour de son axe peut encore produire des courants dans l’élément si mobile des mers, ou au moins les renforcer.
Les courants, comme nous venons de le voir, exercent une grande
influence sur la forme de l'embouchure des ileuvcs el cil Irai ent les contours en s'emparant des matériaux de transport charriés par le cours d'eau. Nous allons encore décrire, à ce point de vue, quelques grandes rivières, et nous commencerons par l’Amérique du Nord, où existent deux fleuves considérables, le Saint-Laurent et le Mississipi. Le cours du premier est formé presque exclusivement par de grands lacs dans lesquels les galets et les matières terreuses se déposent. Son cours inférieur est donc peu chargé de graviers, et par suite ne donne pas lieu à la naissance d’un delta. Le Mississipi su trouve dans des conditions directement inverses. Il coule à travers des plaines, entraîne avec lui de grandes quantités de terre et les accumule devant sou embouchure, formant dans le golfe du Mexique, un grand promontoire à la pointe duquel se trouve sa bouche. Le grand courant atlantique pénètre dans ce golfe entre les îles sans se laisser arrêter par les obstacles qu’elles lui opposent. Il se précipite avec d’autant plus de force entre les petites Antilles du Sud el produit dans le golfe du Mexique un refoulement des eaux qui ne trouvent d'issue dans l'Océan qu’à l’est, à la pointe de la Floride. Le mouvement des eaux dans la mer intérieure mexicaine fait donc prendre une direction orientale aux bandes de terre créées et traversées par le Mississipi . Il donne naissance à toutes ces lagunes qui se sont formées le long des eûtes du Texas devant toutes les rivières. . A •'3.^ „ ,
Les embouchures des fleuves Itle l’Amérique du Sud jouissent d’un régime particulier. En effet, après un parcours à travers de grandes plaines, il ne se forme point de delta, bien que la direction du courant maritime soit opposée à l'embouchure. La masse énorme d’eau que le fleuve des Amazones, le Tocautius, le Paraguay et le Parana, situés sur les deux rivages du Brésil, versent dans l’Océan, paraît être la cause qui s’oppose à la formation de deltas. Les eaux de ces grandes rivières coupent le courant maritime et ne perdent leur force d’impulsion qu’à une grande distance du rivage. Les régions, si riches en forets, que traversent ces fleuves, se laissent aussi moins entamer qu’un sol nu. Les graviers de ces Jeux bassins hydrographiques sont donc relativement peu considérables. Enfin, comme ces fleuves se déversent dans l’Océan sur une côte ouverte cl non dans des golfes ou une mer intérieure, cette circonstance exerce encore une influence sur la forme de leurs embouchures. Les limons