CHAPITRE II
dunes d'anciens rivages qui s’avançaient’ plus loin latéralement à une embouchure primitive. La mer, croit-on, soulevée par de violentes tempêtes, pénétra dans ces embouchures cl en s'accumulant forma un lac derrière les dunes. Les eaux, en se retirant, entrainèrent avec elles les couches supérieures du sol et creusèrent la lagune. Ces invasions de la mer se sont probablement souvent répétées sur ces mêmes points et ont dessiné peu à peu ces grandes criques. Nous aurons, plus loin, occasion de décrire des empiétements semblables de la mer du Nord sur ses côtes depuis les temps historiques, ce qui nous permettra de conclure avec complète certitude sur les faits antébistoriques de la mer Baltique. Avec celte manière de voir, le fleuve pouvait aussi contribuer à la formation de la nebrung, puisqu’il apportait à la mer une partie des masses terreuse^ que celle-ci transformait en dune auprès de l'ancienne bouche. LS vent de la mer, alors comme aujourd’hui, était encore nn auxiliaire.
Ces considérations, et surtout la comparaison de la Vistule avec l’Elbe, avec lequel elle a tant de ressemblance, nous portent à croire que les deltas et lagunes des fleuves doivent leur formation à l’état Je calme et de repos de mers privées de mouvements périodiques ; cependant, en étudiant l’Elbe, nous |>mirrons nous convaincre qu’une iner soumise aux mouvements périodiques des marées peut encore donner lieu à la formation de bas-fonds et de bancs, si l'embouchure se trouve dans l'enfoncement d’une découpure des côtes et non au milieu d’un rivage rectiligne. Dans ce dernier cas, il se forme des iles à contours réguliers, comme devant et entre les embouchures du Rhin. Il est à peine nécessaire de développer ces assertions, leur exactitude étant évidente d’cllc-même. Un sait, malheureusement trop, combien les bas-fonds de l’embouchure de l’Elbe se métamorphosent et deviennent dangereux pour la navigation. L’un autre côté, il n’est pas moins avéré à quelle minime importance se réduisent la totalité des changements subis par les iles du llliin placées entre le Waal, le Leck et le Maas, et auxquelles s’unissent celles de l’Escaut. Nous savons que l'ile d’Yssel n’a été formée que tard, au moyen du canal creusé par Lrusus, qui donna à une partie des eaux du Rhin une direction autre que celle qu'elles suivaient auparavant. Mais cela eut très-peu d’influence sur la forme générale de s°n embouchure. Il faut encore dire que le Rhin coule trop peu de
HISTOIRE DK L V CRÉATION.
temps à travers un pays dont le sol d'une structure sans consistance puisse être facilement entraîné: qu'une grande partie de ses galets se déposent dans le lac de Constance, et qu’il ne pénètre dans la plaine qu’au-dessous de Bonn. Il est donc parfaitement naturel que les petites rivières la Meuse et l’Escaut aient déjiosé plus de matières et formé de plus grandes îles à leur embouchure que le Rhin.
En France et dans la péninsule espagnole, les mouvements puissants de l’océan Atlantique et l'étendue moindre des bassins hydrographiques s'opposent à la formation de deltas et de lagunes1. Le Pô et le Danube nous présentent, au contraire, les mêmes phénomènes ; toutefois l’un et l'autre ne possèdent ni nchrung ni lagunes, parce que le mouvement des eaux dans la mer Noire, de même que dans l’Adriatique, est dirigé des côtes vers la Méditerranée, et que les fleuves en se déversant ne rencontrent point de résistance. Ces conditions n'existent plus pour le Nil et pour les trois fleuves allemands. Le courant de la mer y est, au contraire, directement opposé à l’embouchure et favorise beaucoup la naissance des nehrungs.
Les courants analogues qui existent dans toutes les mers contribuent beaucoup à donner la forme particulière à chacune des embouchures, et ne doivent jamais être négligés dans la recherche de leurs causes créatrices. Pour la mer Baltique, il est bien établi que son courant principal se dirige vers les îles danoises et le Sund, et que ce courant, avant de prendre sa course vers l’ouest, doit marcher vers le sud, ce qui d'ailleurs ressort de la configuration de la mer Baltique elle-même. Dans la Méditerranée, il existe sur les rivages d’Afrique un courant dirigé à l’est qui atteint jusqu'aux côtes de Syrie et se continue derrière Chypre, vers l’ouest, le long de la côte méridionale de l’Asie Mineure. La direction de ce courant est donc directement opposée à l’embouchure du Nil. L’afflux des eaux de la mer Noire maintient le courant au sud à travers la mer Egée. Il longe Candie, et se réunit là avec le courant de la mer Adriatique qui suit une même direction. Dans l’océan Atlantique, le courant Equatorial se dirige vers l'ouest. De l'autre côté Je l’Equateur il se prolonge vers le sud ; de ce côté-ci, vers le nord.
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