‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 11 sur 295 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qu’ils charrienf s'étendent on se déposant au loin sur les rivages immenses de l' Amérique du Sud, dépôt d’où peut naître une côte plate 8c prolongeant loin dans la mer, mais pas de delta. Ces rivages plats, avec leurs bas-fonds, créent de graves- obstacles à la navigation pour pénétrer dans les estuaires du Maragnon et du Rio de la Plata.

Si nous comparons ces fleuves, les plus grandg du globe, avec ceux de l'Asie, nous voyons que ceux qui se dirigent à l’est venant de la Chine, possèdent de larges embouchures libres produites par les mêmes causes, tandis que ceux «pu coulent au sud et se déversent dans des golfes ont de vastes deltas. Je me contente de citer le Gange, dont le delta est le plus grand et le plus étendu que l’on connaisse; l'Indus, tout aussi connu que le Nil, à cause de son delta si régulier : enfin l’Euphrate et le Tigre, dont l'embouchure, comme celle du Danube, est parsemée d’iles. Tous ces fleuves nous permettent donc de conclure pour eux, comme pour le Pô, qu’ils manquent de lagunes et de nehrung, parce qu’ils se déversent dans des golfes dont le courant est opposé à celui de leur embouchure.

Ces faits nous démontrent suffisamment l'action des fleuves sur la conformation des rivages de la mer. Il nous reste à étudier les phénomènes qu’ils produisent dans la partie supérieure de leur cours. A ce point de vue, il nous suffira de donner une description du Nil. Aucun autre fleuve, en effet, n’a produit des résultats aussi réguliers, -cl aucun ne peut être suivi pendant d’aussi longs espaces de temps.

Aussitôt après que le Nil a traversé le second rétrécissement, à Gcbelevn, la vallée s’élargit en forme de coupe. Au centre gisent les magnifiques ruines qui jadis constituaient les somptueux édifices de l'antique Thèbes. Placées sur les rives du fleuve, suréle- * vées artificiellement au-dessus du niveau des grandes eaux, des colonnes se dressent encore en files régulières sur le sol qui les porte. . Les murs, écroulés depuis longtemps, se sont entassés jusqu’audessus des socles, et les statues précipitées sur le sol sont recouvertes de niasses considérables de terre. Mais ces entassements composés des ruines des édifices ne constituent point les exhaussements. Ces granits, la plus dure de toutes les roches, unis entre eux presque sans mortier, ne se décomposent pas en poussière lorsqu’ils tombent en ruine. Leurs débris ressemblent beaucoup

plus à des entassements de blocs dans les vides desquels le sable pénètre et forme un remplissage, mais ne. donne jamais naissance à des surfoeo« régulières et planes. Un autre mode d’exhaussement du sol dut exister dans les lieux où les édifices encore debout n’ont été endommagés que sur leur couronnement et se sont coap servés presque intégralement, et où les allées de sphinx ne dominent ' plus le sol que de la tète. Il faut attribuer leur enfouissement à une action régulière et longue, aux débordements du Nil, lorsqu’on a vu comment il submerge ces monuments et dépose à leurs pieds son timon fertile. Lorsque les savants français', durant l’expédition d’figypte, au commencement de notre siècle, eurent fait cette observation, ils examinèrent avec soin quelques-unes des ruines plus élevées que les autres et trouvèrent que celles qui étaient enterrées le plus profondément descendaient jusqu’à (i mètres* au-dessous du sol. A cette profondeur, où le sol pavé permettait de reconnaître le niveau primitif sur lequel reposait le monument, on trouvait toujours un soubassement de construction artificielle composé de ga- „ lots et de terres rapportées. Près de la statue colossale de Memnon, image assise, haute de 60 pieds, du roi égyptien Aménophis III (environ 1180 avant J.-C.)3, les Français remarquèrent un exhaussement de près de ‘2 mètres d'épaisseur. Ils conclurent, en outre, d’une inscription placée au pied du colosse et appartenant à la dixième année du règne d’Antonin (148 après J. -Cl.), que le dépôt s’élevait de 1 décimètre par siècle. L’ancien niloinètre, trouvé à File (l’Kléphantine et examiné par Girard, donna un résultat assez semblable. Il prouva que le lit du fleuve s’était exhaussé en mémo temps que la plaine sur laquelle il se répand, et que par conséquent on pouvait déduire, avec quelque certitude, l’àge des monuments voi* sins du fleuve de l’épaisseur des couches déposées à leur pied. Le palais de Louxor, à l’angle sud duquel l’exhaussement atteint ü mètres, aurait presque cinq mille ans. On peut objecter à Ce résulta!

* Drsrrijit. de l'Égypte, 2* éd., vol. XX.

% * Le mètre est égal à 5 1/10 pieds de Prusse.

5 Cette statue est celle qui attirait les touristes de l'antiquité par un son qu'elle émettait. Aussitôt après le lever du soleil, on entendait un son que les Grecs, avec leur riche imagination, considéraient comme la voix d'Kos, mère, de Meinnon, arrivée près do son fils tombé devant les murs de Troie, lui rendant la vie avec les rayons de l’Aurore. I.es observateurs modernes y ont reconnu, un phénomène physique causé par les emirants d’air qui s’échappent des joints de In pierre échaudée par le soleil.

Page 1