‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 119 sur 295 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

forme; caractérise cette couche dans le 'nord de l’Allemagne et s’y trouve en compagnie de Pholadomyes, de Trigonies, à’Exogyres, de Nermées et de Diceras (mollusques que nous décrirons plus loin), qui en Angleterre caractérisent le portlandien.

Si nous jetons maintenant un regard sur les lieux où cette grande formation existe, nous la voyons recouvrir dans la partie centrale de l’Europe une étendue beaucoup plus grande que les précédentes. Sur le continent européen, son centre le plus complet se trouve dans la chaîne de montagnes située sur la frontière occidentale de la Suisse et qui lui a donné sou nom. Hile s’étend dans une direction parfaitement identique de l’O.-S.-O., à l’E.-N.-E., à travers le Wurtemberg et la Bavière jusqu’à Hegcnsbourg, où sa ligne de direction dévie à angle droit et court parallèlement au BœhiuOrwald jusqu’au Mein et atteint presque la Thuringe. Entre Kaiscrsthul et Hglisau les couches jurassiques sont coupées par le Rhin, qui s'en approche à Schaffhouse et suit leur pied jusqu'à la dernière localité nommée, où il -se trouve dans la partie la plus resserrée de son *

cours. Le terrain jurassique forme ensuite la masse principale des Alpes de la Souahe sur la rive septentrionale du Danube, qui suit exactement sa direction. Sa pente abrupte est au N.-O et la pente à inclinaison douce au S. -H. Sur ce dernier coté il se relève trèslentement, et la couche terminale reposant sur le calcaire corallien est un calcaire tégulaire, sombre et souvent argileux, qui reparaît dans le sud de laFranconie, comme calcaire lithographique. A partir de Regensbourg, en allant vers le nord, il est caractérisé par la présence de puissants massifs dulomiliques, qui, en Souabc, se montrent tout à fait subordonnés au calcaire pur, dans le Jura subissent de grandes modifications et qui, constituant la partie moyenne principale des couches jurassiques jusqu'au Mein, donnent à la zone du Jura allemand un caractère tout particulier. Sa direction parallèle au Budmicrwaldetaii Fichtelgebirge corrobore l’opinion deb.de Buch, qui considère la dolomie comme une roche postérieure d’origine métamorphique. Les strates neptuniennes, en effet, n’ont été transformées sur certains points eu dolomie massive, que dans la partie où elles sont parallèles avec les roches plulonieimes sorties par une crevasse. An terrain jurassique allemand correspond un terrain jurassique français tout a fait analogue. Il se rattache au centre avec le jurassique suisse et »étend depuis les côtes de l’U-

HISTOIRE DE LA CKÉATIOiN.

céan à la Rochelle en décrivant une légère courbe vers Poitiers, Chàtcauroux, Bourges, Chaumont, Verdun, jusqu'aux sources de l’Oise, et vient finir au pied des Ardennes. Ce jurassique a sa pente abrupte au S.-E., et s'incline doucement vçrs le N.-O., l’inverse du jurassique allemand. Tous deux divergent d’un centre dans des directions opposées et circonscrivent, avec le jurassique suisse, un bassin formant un grand demi-cercle, fermé au nord par le llundsrück, le Taunus, le Vogelsberg, le Rhön et le Thuringerwald. Le terrain jurassique français envoie dans le sud une autre bande rpii s’étend de la Rochelle vers .Montpellier et enveloppe le massif granitique sur lequel se dressent les volcans de l’Auvergne et du Vivarais. Elle est en pente abrupte de ce côté et s'incline doucement par dehors. Un troisième bassin jurassique français s'étend au pied de terrains plus anciens à travers la Bretagne, la Normandie et le Maine, partant de la Rochelle et Poitiers et allant par Saumur, Angers, le Mans, vers Caen. Réuni avec les deux autres bandes, il forme en France deux bassins juxtaposés en forme de huit, d'où il résulte que ce pays est divisé en quatre grands systèmes montagneux, deux plus anciens situés entre les jambages au N'.-O. et au S.-E., et deux plus jeunes au S.-O. cl au N.-E., sur les deux côtés de la chaîne jurassique. Aux derniers, ils présentent leur pente douce, aux premiers, leur pente abrupte. L’Angleterre n’a qu’une bande de terrain jurassique, mais elle est très-large et forme un arc qui suit presque le sens longitudinal de l’ile et a sa pente douce au- S.-E. et sa pente abrupte au N'.-O. Elle commence au sud sur les côtes du Dorsetshire et se dirige, en passant par Oxford, N'orthainplon et Lincoln, vers l’embouchure de l’Humber, où elle se termine. Partout les couches inférieures ou couches liasiennes se trouvent sur la lisière N.-O. de celte zone et se relient avec les bandes étroites du kcuper dirigées dans le même sens: Au N.-O, se trouvent les vastes districts liouillers, auxquels l’Angleterre doit une grande partie de sa richesse et de sa prospérité industrielle. Les dépôts houillcrs n’atteignent nulle part ailleurs en Europe, un développement aussi puissant qu’ici, sur uno étendue relativement faible.

L’Europe centrale nous offre encore des couches jurassiques sur deux points. Le premier, de beaucoup le moins étendu, se trouve au nord du Hartz, dans le Brunswick, le Hanovre et dans la chaine du Wesergebirge, où le jurassique moyen se préscutc avec des grès

CHAi'ITRK XIII.

bruns. Lu second bassin jurassique, beaucoup plus vaste, suit la chaine des Alpes sur le versant nord, de Nice à Vienne, et du lac Majeur, sur le versant sud, jusqu’à Laibach en Croatie. Mais au milieu des saillies gigantesques des Alpes, tout le terrain jurassique, dans sa nature minéralogique et dans scs fossiles se présente avec ' des caractères aussi étrangers et aussi particuliers que nous y avons déjà trouvé le trias, de sorte qu’on ne peut établir de concordance absolue entre ces étages et ceux de l’Allemagne, de la France et de l’Angleterre. Le lias, représente dans le nord des Alpes suisses par des calcaires gris sombres jusqu'au noir, se transforme déjà dans le Vorarlberg et les Alpes bavaroises en calcaires rouges marmoréens, sur lesquels reposent des schistes calcaires gris. Ceux-ci perdent vers l’est leur puissance considérable, tandis que les calcaires riches en Ammonites de llallein et llallstadt se prolongent encore au delà dans les Alpes autrichiennes et reparaissent, comme roche caractéristique, dans les Alpes lombardes et les Apennins. Le jurassique moyen et supérieur ne se montre, dans les Alpes suisses, qu’en faibles couches d’argile et de calcaire ; mais dans le Tyrol et en Bavière, il constitue une puissante zone de -schistes bigarrés avec quelques grandes assises calcaires, qui s’étendent jusque dans le voisinage devienne, en subissant quelques modifications. Dans le sud des Alpes, ils n’ont qu’un faible développement. En Moravie, dans les Carpathes et en Hongrie, des calcaires et des assises de marne contiennent les fossiles caractéristiques du jurassique moyen et supérieur. En Russie des couches analogues, formées surtout d’argile et sable, occupent de vastes étendues planes et montagneuses. On peut les suivre dans le nord de La Sibérie jusqu'à la Lena. Elles jouent aussi un grand rôle, dans l’Asie méridionale, dans les Indes, dans l’ilimalaya et dans le Tibet. En Afrique, on a reconnu leur existence sur les bords de la rivière d’Orangc, à Port-Natal et au Sénégal. L’Amérique, au contraire, a été considérée longtemps comme émergée durant la période jurassique. Ce n’est que dans ces derniers temps qu’on a attribué à la formation jurassique, sans cependant en donner une démonstration complète, plusieurs assises degrés et de houille situées dans les Etats-Unis ; depuis lors, Marron prétend les avoir reconnues, sur une grande étendue, le long des deux versants des Montagnes-Rocheuses. Mais le lias et les couches jurassiques moyennes ont été constatés avec une évidence complète dans l’Amé-

riquc du Sud, mir le littoral Chilien, à Coquimbo et, plus haut, dans la vallée de Copiapo *.

L. de Ilueli a projiosé une hy|M)thèse très-ingénieuse sur l’origine des bandes jurassiques disposées en forme d’are autour de chaînes de montagnes ou de régions plus élevées. Il les compare aux récifs de coraux qui entourent dans l'Océan austral toutes lesgrandes étendues terrestres et notamment la Nouvelle-Hollande. En fait, les niasses énormes de coraux qui constituent les couches supérieures jurassiques, semblent bien prouver ce mode de formation et expliquer pourquoi le calcaire corallien, si abondant dans les montagnes européennes, manque entièrement en d’autres contrées. Les longues vallées ramifiées qui séparent les terrasses du Jura suisse sont encore un témoignage d’utie grande valeur pour démontrer l’origine de ce terrain par la formation de récifs de coraux sous-marins. Les petites vallées transversales répondraient aux intervalles libres, qui existent toujours dans ces enceintes sur les points ou se trouvent des courants, ou devant l'embouchure des Meuves. Maintenant qu’il est assez bien démontré que les polypes actuels bâtissent leurs récifs seulement sur le sommet des rochers sous-marins, la grande quantité de coraux fossiles que nous Irouvous dans le jurassique supérieur prouverait qu’il existait alors de» masses rocheuses sur lesquelles ces animaux purent fonder leurs constructions.

Ü. TKKKAI.N CRÉTACÉ.

L’étage de la craie, la dernière subdivision des terrains sédimentaires de Werner, se rattache très-intimement à la formation jurassique et est formé comme elle surtout de calcaire et de grès, dont les deux couches les plus connues en Allemagne sont celles de la craie et du quadersandstein. Au-dessus du jurassique, on trouve des grè» et îles marnes, et la partie supérieure se compose d'assises calcaires et marneuses. Tel est, en effet, l’aspect du système crétacé en France et eu Allemagne, où il est développé sur une vaste échelle.

1 Consulter notre Mémoire : l^s fossiles de Junta s dans la vallée du Rio de C.opuipo, avec deux jdanclies, Halle, lKtll, in-l’ ; et Co<|iiaiid, Rulletin de la société géologique, 2* série, vu, 23*2. — G.

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