CHAPITRE XIV
et que, de plus, dans les couches supérieures le nombre des espèces semblables s’accroît encore, ainsi que Deshayes l’a constaté, le géologue anglais Lyell a proposé de donner à ccs trois étages les noms d'éocàne, miocène et pliocène. Les travaux de lleshayes, hoiries surtout sur des Acéphales et des Gastéropodes , fixent pour le terrain éocène le rapport des espèces ressemblantes aux espèces diu érentes de 1 à 50, pour le terrain miocène de 1 à ;> et pour le pliocène de 1 à 5 ou de 1 à '2, et quelquefois même de 8 à 10.
Quelque intéressants que cos résultats puissent être, et avec quelque, précision qu’ils s’appliquent à certaines localités, ils ne peuvent pas devenir d'un emploi général. Mais un fait beaucoup plus fréquent dans les terrains tertiaires que dans les formations antérieures, c’est I extension bornée des couches et la contemporanéité d’assises en apparence différentes. Non-seulement les couches éocènes manquent assez souvent dans des lieux où existent les couches miocènes, mais encore ces dernières se trouvent sur certains points dans les mêmes circonstances ou nous rencontrons ailleurs des assises •
pliocènes. Il est donc souvent très-difficile de décider si on doit les considérer comme postérieures l’une à l’autre, où comme des dépôts contemporains offrant simplement des différences locales, (l'est pour ccs raisons que, dans ces derniers temps, on est revenu de plus en plus de l'idée de vouloir diviser les couches tertiaires eu étages généraux d’après le nombre pour cent d'espèces de coquilles vivantes et mortes, et on a abandonné les dénominations, peu justes en ellesmêmes, fondées sur ce principe.
L’étage le plus ancien et le plus étendu du terrain tertiaire est la puissante formation nummiditiiine qui s'étend en bande presque ininterrompue depuis l'Espagne et le Maroc, par le sud de l'Europe et le nord de l’Afrique jusque dans la Crimée, l'Asie Mineure cl l'Egypte, sc continue;! travers la Perse et les Indes orientales jusqu'aux frontières de la Chine, et forme sur certains points de hautes montagnes. Ses propriétés invariables, dans toute son étendue à travers ccs trois parties du monde, prouvent incontestablement que le dépôt s'est effectué dans une seule mer allongée de l'ouest à l’est. Parmi les loches constituant la formation nummulitique, le calcaire esta grain fin presque compacte, très-dur et de diverses couleurs. Sou-* vent il se compose presque exclusivement de millions de A' ummulites dont la grandeur variu depuis celle d’une lentille jusqu'au diamètre
d’une pièce de 2 francs. Ce sont des coquilles plates, cloisonnées, appartenant à des espèces disparues du genre Foraminilcre que nous avons déjà cité à propos de la formation de la craie Idanclic (p. 27!l) et du terrain laurenticn. Leurs amas prodigieux ont fait prendre leur nom à toute la formation et à ses roches. La dureté du calcaire numraulitique dans certains bancs le rend propre à la construction et on l’a employé à cet usage depuis la plus haute antiquité. Les monuments gigantesques de la vieille Égypte, les pyramides âgées de tant de siècles, en sont bâties en grande partie. Sur certains points il devient marneux et schistoïde et renferme alors, à la place des coquilles calcaires, une richesse aussi surprenante de débris de poissons, comme, par exemple, au Monte Bolca, près Vérone et au Liban. Les grès nummulittques sont en connexion intime avec le calcaire ; tantôt ils se présentent comme des grès quartzeux très-durs, tantôt comme des grès argileux très-poreux et ont une coloration foncée variable. Daus quelques-uns de leurs bancs, ils offrent la même quantité et la même variété de débris organiques. Ces deux roches constituent l’étage inférieur de la formation nuinmulitiquc ou les couches nummulitiques proprement dites, qui, sur certains points, se continuent par leur stralilicaliou sans discontinuité avec la craie, mais sont le plus souvent en discordance avec elle. Mais leur distinction se marque surtout dans les êtres animés de la iner des Nummulites, où manquaient tous ces animaux particuliers et très-caractéristiques de la mer crétacée, tels que les Ammonites, lçs Bélcnmiles et les Itudistes et étaient remplacés par des gênres nombreux, qui reparaissent dans les mers tertiaires postérieures et dans celles de l'époque actuelle. Toutefois, la ressemblance de la faune nummulitique avec les autres faunes tertiaires ne s’étend pas au delà de l’identité des genres. Aucune de ses espèces n’est encore vivante, et très-peu. d’entre elles lui appartiennent en commun avec d'autres assises tertiaires plus récentes.
La partie supérieure du terrain à Nummulitcs est formée par l’étage du flysh. On nomme ainsi dans le Simmenthal (canton de Berne) des schistes marneux, arénilères, faciles à désagréger, avec beaucoup d’empreintes de Fueoïdcs; et comme ces schistes ont une grande puissance et une vaste extension dans les Alpes, on a employé leur nom puur désigner tout le système de couches dont ils l'ont partie. Les schistes marneux passent au grès micacé à grain lin,