‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 13 sur 295 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les rochers et tout ce qui offrait un obstacle au courant fut entraîné, une partie de la ville de Martigny détruite et les eaux du lthône lui-même en éprouvèrent une hausse. L’eau parcourut, en cinq heures et demie, la distance de 1 1 milles entre la digue de glace elle lac de Genève. Elle avait d’abord une rapidité de 35 pieds à la seconde, qui alla en diminuant à cause des obstacles et de Ja pente moindre de la plaine, et n’était plus que de (i pieds eu arrivant au lac.

Un autre fait semblable dans les temps historiques, mais avec des effets moins grands, est la coupure que le Simeto ou Gabello, fleuve de Sicile, s’est creusée au pied occidental de l'Etna. En 1605, son cours fut arrêté par une coulée de lave (pii traversa son lit et s’y refroidit. Il s’entassa au-dessus jusqu’à ce qu'il eut trouvé une issue à la partie supérieure de la digue de lave. La puissance érosive de l'eau et des graviers qu'elle charrie avec elle a si bien creusé ce passage, qu’actucllcment la plus grande partie de la coulée est entaillée. La rivière s’est ouvert une gorge en forme de canal, dont la beauté sauvage est encore relevée par deux gradins en terrasse et une cascade bouillonnante. Lyell', à qui nous devons celait, estime la profondeur de l'entaille à 40 ou 50 pieds, et sa largeur de 50 à 100. Cette brèche a pu se faire en deux cents ans. Ajoutons que l’eau se précipitant par-dessus les terrasses de la digue l’affaiblissait incessamment, tandis que son écoulement supérieur l’abaissait, en sorte' qu’elle était entamée de deux côtés à la fois. Les crevasses des laves permirent aussi aux eaux d’entraîner des blocs entiers.

Ce dernier fait est intéressant, en ce qu’il nous montre que les lacs peuvent trouver une issue sans qu’il en résulte de grandes catastrophes et que, par conséquent, la rupture de toutes les parois de vallées que nous rencontrons si souvent dans les hautes montagnes n’a pas été nécessairement accompagnée de grands bouleversements. beaucoup de ces passages même n’ont pas été créés par le fleuve qui y coule. Une grande partie peut très-bien provenir de déchirures et de brèches que le fleuve a rencontrées et qu’il lui a suffi d’élargir. C’est ainsi que lé Rhin ne se fraye une route que difficilement entre le liundsriick et le Taunus, et de mèinc le Mein entre

4 Principrx tir qéofoqir, (nid. on franç. par rnndamo T. Meulion, part. Il, p. 1K.

I’ Odenwald et le Spessart. Il en faut dire autant du rours de l’Elbe à travers l’Enrgebirge. Dans ees trois ras le fleuve a rencontré une brèche qu'il élargit en préparant peu à peu un déversoir aux eaux accumulées au-dessus et en creusant le sol de la valléee au niveau actuel. Le passage du Weser à travers la Porta Wesjihalira est encore le résultat d’une profonde déchirure dans la roche que l'eau a agrandie lentement jusqu'à ses dimensions actuelles. Avant cela les parties basses de l’Alsace et de lîade, le cercle du Mein, la prin • cipaulé de Lippe avec ses environs et la Bohême formaient un vaste bassin d’eau, dont l’étendue diminua graduellement avec, le progrès de la coupure faite par le fleuve, jusqu'à ce que les eaux purent enlin s’écouler entièrement. On peut considérer la plupart des vallées étroites comme produites de cette façon par les courants d’eau. D’abord, elles n'étaient que des dépressions, dans lesquelles les eaux, en s’écoulant de toutes parts, se rassemblèrent; elles suivirent leur cours dans le sens de la pente du sol, jusqu’à ce qu’elles rencontrèrent une issue naturelle ; sur les points où celle-ci leur manquait, elles s’en ouvrirent une. Il est plus diflicile pour un courant d’eau de se frayer un passage à travers une roche, (pie de trouver une ouverture en la contournant, et comme il est très-rare que des hauteors possèdent une élévation égale sur toute leur étendue, il fallait dans la plupart des cas une accumulation d'eau moins considérable pour que la rivière s’élevât jusqu au point le moins élevé de la digue. Elle poursuivait son cours par-dessus, comme leSimeto,cl creusait son déversoir peu à peu jusqu’au niveau actuel, sans causer de dévastations et de bouleversements sur de grandes étendues. La plupart des fleuves, sinon tous, qui coulent à travers des terrains de niveaux divers, nous montrent des passages érodés de ce genre.

La planche ci-contre met sous les yeux une de ces ouvertures. Elle représente un paysage irlandais et le petit fleuve le Burnthollet, au point où il se précipite hors d’une gorge composée de micaschistes et tombe dans le bassin situé au pied de l'obstacle qui a arrêté son cours, [/entaille du rocher avec sa forme est évidemment son œuvre ; c’est une crevasse primitive qu'il a élargie et que traversent les bandes à gauche de la roche stratifiée irrégulièrement, en la divisant actuellement en plusieurs terrasses formant des canaux. Cette ligure peut encore servir à nous faire comprendre les

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