CHAPITRE XIV
nent à ouvrir une issue à la masse liquide comprimée par toute l’eau qui presse des points plus élevés. C’est sur ce principe que reposent les eaux jaillissantes naturelles et les puits artésiens creusés artificiellement. — Les cailloux, qui quelquefois constituent des amas étendus et très-puissants, sont surtout des galets de quartz avec quelques schistes siliceux et diverses autres roches ; mais jamais les silex, si abondants dans les graviers du diluvium, n'y sont mélangés. Ils se caractérisent aussi par leur surface très-pure, lisse et brillante.
Entre les bancs d’argile et de sable on rencontre aussi des lignites, qui souvent alternent plusieurs fois avec eux comme les lits de houille. Ils sont composés de couches de matière végétale, non entièrement carbonisée, et transformée plus ou moins complètement en charbon. Elle a donné naissance à certains produits de décomposition, entre autres à du bitume et à de l’huile minérale. Déjà plusieurs fois j’ai parlé de cette substance comme d’un de« éléments des matériaux des couches, mais sans m’occuper de sa nature par ticulicrc; je profite donc de cette circonstance favorable pour entrer dans quelques détails à son sujet.
L’huile minérale ou huile de pierre (petroleum) est un liquide ordinairement brunâtre, visqueux, caractérisé par une odeur particulière, plus léger que l'eau, onctueux au toucher, très-inflammable et à son état de grande pureté jaune clair et même ayant la limpidité cl la diaphanéité de l'eau. Sous cette forme, on le nomme naphte. Avec le temps, il prend une coloration foncée, devient brun et plus tard noir, épais, consistant et glulincux et alors |>ortc les noms de i/oudion ou poix (asphalte) suivant sa cohérence. 11 jaillit de la terre à l’état liquide dans divers pays, particulièrement dans les régions arénacées et couvre le sol, ou’se mêle aux eaux courantes à la surface desquelles il est entraîné. Dans d’autres lieux, il forme des couches de poix et même des dépôts qui prennent la forme de rochers. On le rencontre sous cet aspect sur les rives de certains lacs, de la mer Morte par exemple, sur laquelle surnagent des masses d’asphalte qui recouvrent ses côtes à la place de galets. Dans ces dernières années le lac asphaltique de la Trinité, dont les rives sont bordées de véritables rochers de poix, est devenu très-célèbre. L’industrie moderne s’est emparée de cette matière et l’a utilisée en la mélangeant avec du sable pour en faire des pavés d’asphalte et pour
d’autres usages analogues. Les huiles minérales inflammables ont attire l’attention des populations d’une manière toute particulière. Non-seulement elles ont causé de l’étonnement dans les esprits, mais de plus on leur a voué un culte, tel que celui du feu sacré de Bakou, dont la vénération s’étend au loin en Orient et dont le nom aujourd'hui encore n’est prononcé •qu’avec respect par les adorateurs du feu en Perse et dans l’Inde.
On rencontre encore du bitume dans le calcaire et le grès au voisinage des dépôts de charbon, et beaucoup de couches en sont imprégnées sur une grande étendue. Cette contiguïté et la ressemblance de l’huile minérale avec plusieurs résines végétales, a fait admettre que les végétaux du monde primitif et peut être aussi des organismes animaux ont pris part à sa formation, et qu’on doit considérer toutes les substances bitumineuses comme des produits de décomposition, ou mieux comme des matières extraites de corps organisés. Beaucoup de gisements particuliers d’Imile minérale donnent sujet à objection contre cette théorie et semblent tout au moins en repousser l'adoption exclusive ; mais il est certain que l’origine du bitume doit principalement être attribuée aux matières organiques. Toutes les substances, que nous nommons bitumineuses, peuvent bien n’êtrc pas de nature identique. Beaucoup de couches bitumineuses paraissent s’ètfe formées plus aux dépens de matières animales que de matières végétales et cette dernière origine n’a un degré de baute vraisemblance que dans les couches à charbon. Pour le lignite, cela ne fait plus question, cl tout le monde admet la naissance du bitume au moyen d’une transformation des substances végétales non organisées qui, ayant pénétré dans les membranes végétales organisées, les changèrent en bois bitumineux. Suivant le degré de cette transformation et la diversité des éléments végétaux le phénomène produisit des résultats différents. Tantôt la texture du bois disparut complètement dans le lignite terreux, tantôt elle demeura apparente dans le bois bitumineux. L’un et l'autre proviennent do troncs et de rameaux d’arbres, tandis que la houille papyracee a certainement été formée par de grands amas de feuilles1. Suivant que les couches en se formant se sont imprégnées d’une quantité plus
* La houille papyracée contient très-peu de véritable charbon, beaucoup plus de bitume, d’argile et de silice. Celle dernière, d'après les recherches d'Ehrenberg, provient surtout de carapaces de bacillaires et Phylolitharies. G.