‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 134 sur 295 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Iclim du diluvium. Le bassin de Mayence formait un golfe long et

étroit qui s'ouvrait dans la mer par le sud. et sur le littoral duquel

s’est déposé du sable et des galets, de l’argile et de la marne dans le fond. Les fleuves y apportaient du sable, de l’argile et de la chaux avec des coquilles d’eau douce et des plantes terrestres, il se forma des accumulations* d’eaux saumâtres et marécageuses qui donnèrent naissance aux dépôts de lignite, * 4

Le troisième bassin tertiaire miocène s’étend entre les montagnes de la Bohème et de là Moravie, les Carpathcs et les Alpes du N.-E.

11 est partagé'cn deux moitiés inégales par le Danube. Etudié pour la première fois avec soin dans les environs de la capitale de l’Autriche on lui donne le nom de bassin de Vienne. Au nord de Brünn, il se continue immédiatement avec les trois petits bassins miocènes bohémiens de Tceplit/., de Falkenau et d’Eger. Lui-même n’est qu’un golfe du bassin hongrois beaucoup plus vaste, auquel il se rattache comme la mer de Marmara à la mer Noire. Il communiquait avec lui près d’Œdcnbourg, et entre le Leithagebirge et llaimbourg. Ses couches les plus anciennes sont exclusivement marines, elles commencent par des galets et des conglomérats qui probablement se sont amassés sur le littoral. Ensuite vient le calcaire de Leitha formé près des côtes à la inanièrexles bancs do coraux actuels, et qui se compose en grande partie d'amas de coraux et de coquilles. Audessus se développe un sable quarlzeux micacé et enfin l’argile plastique appelée leijel , déposée en amas puissants dans le fond du bassin et dont les coquilles ressemblent complètement à des espèces vivant aujourd'hui à des profondeurs déterminées. Après le dépôt de ces couches marines, une grande partie de l’Europe se souleva et le phénomène atteignit plus de iOO pieds à Vienne. La mer recula donc loin de. ses côtes, les rivières se multiplièrent et les eaux douces se déversèrent en si grande quantité, que l’eau de mer se transforma en eau saumâtre avec une faible salure. Des sables légèrement colorés et des grès feuilletés se, formèrent sur le littoral de ce bassin amoindri, et au milieu de nouveau de l'argile plastique.

Ces deux formations contiennent les restes d'animaux d ’eau saumâtre et l’argile a de plus des Dauphins, des Phoques, des Tortues et des Poissons. Un nouveau soulèvement diminua encore le bassin, dont les eaux devinrent douces. Au fond se déposa encore une argile bleuâtre et au-dessus du sable et des graviers. Ces couches les

plus récentes lbrment le sol actuel de la ville de Vienne. Leurs fossiles appartiennent à des plantes et à des animaux terrestres, et parmi ces derniers, on retrouve la plupart des mammifères d’Eppelsheim dans le bassin de Mayence; on y rencontre encore des coquilles d’eau douce et d'eau saumâtre.

Simultanément avec le remplissage du bassin de Vienne s’effectuait la grande formation de sel gemme des Carpatlics, qui s’étend sur les deux côtés de ces montagnes, est ouverte et exploitée en Transylvanie, et se prolonge jusque dans la Moldavie et la Yalachie. Sur le versant nord des Carpatlics sont situées les célèbres et inépuisables mines de sel gemme de Wieliczka et de Hoch nia. Cette formation saline colossale, par la nature de ses roches et par l’irrégularité de son système de couches, offre une ressemblance remarquable avee les formations salines beaucoup plus ancicnnesdu trias (p. 259). Ici encore nous retrouvons de l’argile, du gypse, de la marne et du sel gemme accompagnés et enveloppés par des grès, des argiles schisteuses et d’autres roches. Dans le sel gemme lui-même, on rencontre des forain inilères et des coquilles, des cônes de Conifères et des noix, des feuilles et des dents de Squale; dans les couches qui lui sont immédiatement contiguës, des Coraux et des Crustacés. Presque toutes ces plantes cl tous ces animaux sont identiques avec ceux du bassin de Vienne. Les débris d’êtres organisés, recueillis dans une formation très-étendue et puissante, composée de calcaire, de grès rouge, de marne gypsensc et de sel gemme située en Asie Mineure, en Arménie et en Perse, appartiennent à la même époque.'

Tandis que le terrain à lignite du nord de l’Allemagne et la formation de l’argile plastique sur d’autres points du même pays ne déliassaient pas, ni l’un ni l’autre, une épaisseur de quelque centaines de pieds, le bassin maritime situé entre les Alpes et le Jura, d une profondeur beaucoup plus grande, se remplissait des assises de la molasse, dont la puissance atteint plusieurs mille pieds et que nous voyons aujourd’hui former le sommet du Iligi à 55 10 pieds et la pyramide du Speer à 0020 pieds au-dessus du niveau de la mer. Alors, les Alpes se dressaient aussi abruptes que des rochers taillés à pic, sur lesquels les Ilots de la mer miocène venaient se briser avec violence. Les matériaux qu’ils ont arrachés aux rivages, pour eu former les couches de la molasse, se composent en partie de débris informes et de galets, et quelquefois de quartz (moment broyé et

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de limon argileux et calcaire tendre. Tout le système a pris le nom de formation de la molasse, emprunté au grès finement grenu, qui est employé sous ce nom à la construction des édifices dans toutes les grandes villes de la Suisse. Cette molasse renferme une pâte marneuse avide d’eau qui cimente les grains fins et les fragments de quartz. A l’état frais on la fend à volonté en blocs de toutes les dimensions et elle se prête facilement au travail. Mais une fois qu’elle a été exposée à l’air extérieur, elle se solidifie et acquiert une grande dureté. Dans d’autres gisements, comme aux environs de Zurich, elle possède, même à l’état primitif, une telle dureté qu’on ne peut s’en servir pour les constructions. Aux grains de quartz se joignent des lamelles blanches de mica, des grains de glauconie noirs verdâtres, des noyaux de schiste siliceux, du feldspath et d’autres minéraux qui diminuent la valeur industrielle de la roche. Quelquefois le ciment se divise eu véritables couches de marne bigarrée ; dans les vallées du Jura, il disparait et dans le sable meuble qui reste on trouve rarement des concrétions solides de grès et de chaux siliceuse. Une autre modification intéressante de la molasse est I eyris coquiller, grès solide cooglomératique, rempli de coquilles de Mollusques marins brisées, de dents de Squales et de fragments d’os. On l’exploite pour en faire des poteaux, des pavés et des auges. La molasse conglomérat ique renferme des quartiers de roches anciennes, de granit, de gneiss, de porphyre, de quartzitc ayant des Hiincntions variables, depuis la grosseur d’un œuf jusqu’à celle du poing et entièrement arrondis. Ces pierres roulées forment saillie sur les parois verticales des rochers et s’y détachent en petites sphères et en nodosités semblables à des tètes de clous qui seraient enfoncés les uns à côté des autres. Cet aspect lui a fait donner le nom de nugelfluh, emprunté à un terme de patois suisse (/In/i ou jliili pour [eh rocher), qui est entré dans la composition de quelques autres mots scientifiques*. Les galets ne viennent pas des Alpes, ils rappellent plutôt les roches de la Forêt-Noire. Un distingue du nagellluh ordinaire un nagellluh calcaire, composé surtout de galets de calcaire et de grès. Ces galets ont été enlevés aux montagnes de la Suisse et appartiennent aux calcaires de couleur sombre des Alpes cl à ceux de couleur claire du Jura. Outre les grès et les conglomérats, la

1 Par exemple dons Flu/u'oycl [ Acccntor ), genre de Grive |iarlicttlicr aux régions de

montagnes*

série des couches du terrain de la molasse comprend encore divers calcaires, dont l’un, à texture compacte et solide avec addition de grains de quartz, est parfaitement caractérisé comme formation marine par ses nombreuses coquilles. On le rencontre dans les vallées au nord du Jura. Citons encore le calcaire, bitumineux et résistant de Genève, le calcaire marneux plus friable avec nodules de hornstein près de Locle, et enfin la marne calcaire schisloïdcd'Œuingen, devenue célèbre depuis le siècle dernier à cause du prétendu squelette humain de Scheuchzer, reconnu plus tard pour appartenir à une grande Salamandre. Ce dépôt est devenu dans ces derniers temps, par les travaux savants et infatigables de Heer, un des plus riches gisements de végétaux primitifs et d’animaux. Les lignites, qui existent dans tous les bassins miocènes, se retrouvent aussi dans la molasse. On y a ouvert des mines dans beaucoup d’endroits, mais comme ils n’ont qu’une faible épaisseur à peine d’un pied, l’exploitation ne s’y fait avec avantage que dans quelques endroits, comme à Kœpfnach, sur le lac de Zurich, où le travail est facilité par un gisement situé dans des conditions favorables.

La stratification particulière des couches de molasse, sur le versant septentrional des Alpes depuis la Savoie jusque dans les Alpes liavaroises eu traversant la Suisse, est là comme un témoignage qui nous révèle un de ces phénomènes prodigieux (p. 189), produits par l’expansion violente des forces qui causèrent le dernier soulèvement des Alpes. Loin des Alpes, la molasse est à peu près horizontale, mais dès qu'on approche à un demi-mille ou même jusqu'à la distance d’un mille entier, ses couches sont très-bouleversées et se disposent en forme de selle, et au pied du calcaire elles s’enfoncent sous sa masse, il en faut conclure que dans le dernier soulèvement des Alpes, la pression latérale ne se borna pas simplement à produire un plissement, un refoulement et un renversement, mais encore qu’elle causa un glissement du calcaire alpin. Les mêmes phénomèues se reproduisirent dans le Jura sur une échelle plus petite et ils prouvent que cette chaîne aussi n'a opéré son dernier soulèvement qu’après la formation de la molasse, lie plus, comme la molasse n’existe pas dans les vallées intérieures des Alpes, elles se trouvaient nécessairement déjà élevées au-dessus de la mer dans la période qui a précédé son dépôt.

La disposition des couches et les fossiles qu'elles renferment di-

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