‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 136 sur 295 · DILUVIUM · texte numérisé non relu

DILUVIUM

Immédiatement au-dessus des couches tertiaires les plus jeunes, on trouve des dépôts d’une consistance encore plus meuble et composés presque exclusivement de lelim, de sable, de graviers et de galets. Ils s’étendent sur toute la Terre ou tout au moins sur la plus grande partie de l’Europe, en conservant toujours le même aspect, et on les rencontre habituellement dans des circonstances telles, qu'on a cru devoir en conclure l’existence de submersions violentes et prolongées de régions qui, auparavant, devaient être asséchées et même avaient une grande altitude. Si cette hypothèse est vraie, elle justifie la légende d’un déluge commune à tant de peuples (Indiens, Juifs, Grecs). C'est pour cela qu’on a donné le nom de terrains diluviens ou diluvium aux sédiments appartenant à cette époque immédiatement antérieure aux temps actuels. Les strates plus anciennes et plus jeunes ont pris des dénominations empruntées aux mêmes idées; et on désigne les premières par le termeiV antédiluviennes et les secondes par celui de postdiluviennes.

Plusieurs circonstances ont fait conjecturer de bonne heure que la catastrophe a dû se produire à la surface de la Terre très-brusquement, et avec une grande violence. D’une part, en effet, le phénomène s'étend sur d’iminenses surfaces, et a laissé ses traces, non-seulement dans tout l’hémisphère nord, mais encore sur beaucoup de points de l'hémisphère sud, comme en Amérique et dans la Nouvelle-Hollande; d’autre part, nous retrouvons, parmi ses pro-

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duits, des squelettes d'animaux entiers avec toutes leurs parties ; et même on a découvert jusqu'aux parties charnues bien conservées dans les glaces du nord de la Sibérie. Ces particularités, jointes à l’existence des nombreux et gros blocs erratiques que l’on rencontre avec des ossements d’Eléphants sur les plaines du nord de l’Europe, ainsi qu’en Asie (p. 58), ont conduit beaucoup de savants à admettre un abaissement subit de température jusqu’au-dessous du point de congélation. Alors, disent-ils, une immense calotte de glace, descendant des montagnes au nord et au sud, recouvrait toute la partie septentrionale du Globe et agissait sur les hauteurs qui la dominaient et sur le sol placé au-dessous d’elle, comme le ferait un glacier. De nombreux quartiers de rochers, tombés sur ces champs de glace, y formaient des moraines, comme sur les glaciers actuels. Après une longue période, ce refroidissement de nos régions cessa ; une température plus douce lui succéda, fondit la glace, et celle-ci laissa derrière elle, sur le sol au-dessus duquel ils se trouvaient, les blocs de rochers et les ossements d’animaux qu’elle portail. Mais, pendant la fusion, la glace descendit des hauteurs dans les vallées à la manière des glaciers; elle ne recula que lentement, comme le prouvent très-elairement les traces des moraines frontales situées dans les vallées et jusque sur les hauteurs voisines du Jura. Dans les moraines, les blocs de rochers et les graviers sont mélangés sans aucune règle, dans l’ordre où ils se sont trouvés rassemblés sur la glace, et les grands blocs, ainsi que les petits cailloux, ne se déposent pas d’après leurs poids ; au contraire, les galets et les masses de transports du diluvium, comme tous les dépôts formés au sein des eaux, obéissent à la loi de la pesanteur et se distribuent en couches nettement marquées d'après leur volume et leur poids. Ces caractères particuliers permettent donc de distinguer ces deux na- «. turcs de formations et de déterminer leur rapport chronologique. Dans la vallée du IUiônc, près du lac de Genève, le diluvium stratilié repose sur d’anciennes moraines de glaciers, et se trouve luimême recouvert par des amas glaciaires non stratifiés. 11 faut donc eu conclure que la Suisse a éprouvé une double période glaciaire : une antérieure au grand diluvium, et une postérieure à ce phénomène. Dans le nord de l’Europe aussi, en Scandinavie et en Angleterre, on a observé de nombreux témoignages de deux époques glaciaires séparées. Après la première, pendant la période intergla-

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