‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 138 sur 295 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

et avec les conditions générales de la surface du Globe. Aujourd’hui l'Islande n'est pas plus chaude que les parties les plus boréales de la Laponie, situées sous le mémo degré do latitude; mais, il y a quelques siècles, elle possédait un climat correspondant à la /.one plus tempérée de la Scandinavie. Tourmentée alors par de nombreuses éruptions volcaniques qui se succédaient presque incessamment, elle a perdu, par la suite, ce caractère d'agitation et en même temps son climat plus hospitalier. L’agriculture, jadis florissante, a disparu de l’île; et la population énergique de cette époque, qui ne le cédait en vigueur à aucun peuple européen, a diminué de nombre, et a perdu, avec sa vitalité puissante et son énergie, son ancien état florissant *.

U. ALLUVlOIib.

En terminant cette étude, jetons un regard sur les terrains postdiluviens ou modernes , appelés aussi par d’autres géologues terrains d'alhivion ; nous n'y trouvons que des amas de sable friable, de graviers, avec lesquels alternent des couches plus ou moins puissantes de lehm et de marne. On y rencontre atissi des ossements fossiles, mais ils appartiennent aux espèces vivantes et quelquefois proviennent de couches plus anciennes remaniées. On y a trouvé mélangés avec eux des ossements humains accompagnés de nombreux objets travaillés. Quelques-unes de ces formations, notamment les tufs et les calcaires ou grès marins, dont il a déjà été question (p. 40, f">), prennent une consistance assez, grande et sont même employés comme pierre à bâtir. Mais, en général, les roches moidernes ont pour caractère principal une structure poreuse, une agrégation sans consistance et une composition terreuse. En tant

• D'après !c témoignage oral d’un observateur habile «pii a vécu longtemps en Islande, cette théorie, soutenue par beaucoup d'écrivains (par Broun, par exemple, Histoire de la nature, I. p. 431), se fonde sur une connaissance imparfaite du passé de l'Islande. Le professeur Steenstrup de (}o|>cnhnguc, sur lequel je m’appuie, m'a affirmé que la température moyenne de l'Islande n'a pas diminué depuis les temps bistorêpies, et que le grand développement de |Mjpulation sur cette île au moyen âge doit être attribué uniquement à l’énergie plus grande des individus de cette époque. L'agriculture n'a jamais été exercée avec un succès durable en Islande, H attribuait, au contraire, aux éruplious volcaniques une action funeste sur la population de l'ile, et mettait sa décroissance principale sur le compte de» grands cataclysmes volcaniques du quatorzième siècle, depuis lequel surtout date la décadence de l'Islande.

Digitizi

que produits de l’érosion et de l'action mécanique des eaux, elles sont des agglomérats dans le sens le plus large du mot et elles ne se distinguent que quantitativement des strates plus anciennes. Deux éléments, cependant, des terrains modernes paraissent leur appartenir exclusivement. Ils manquent, du moins sons leur forme actuelle, dans les formations plus anciennes, bien qu'oir s’explique difficilement leur absence à l’époque où celles-ci formaient la superficie des terres émergées. Ces couches sont l’humus et la tourbe. Nous allons entrer dans quelques détails à leur sujet.

Parmi les formations modernes l'humus, la plus répandue et la plus jeune, doit sa grande extension à l’envahissement des êtres organisés dans la période présente. D’un côté, il constitue le véritable foyer de leur existence et, de l’autre, il se forme aux dépens de leurs débris après leur mort. Il est composé de marne, d’argile, de chaux, de grains de sable, de carapaces de Bacillaires et de tous les produits de décomposition avec lesquels sont mélangés les résidus des organismes animaux et végétaux, qui, après s’être soustraits aux combinaisons organiques, se sont dissous en leurs substances inorganiques élémentaires ou composées. Ce mélange de matières organiques et inorganiques constitue le sol approprié pour les plantes, qui lui empruntent avec l’eau les éléments de leur nutrition. L’humus, considéré comme le produit des décompositions et dissolutions de combinaisons antécédentes, constitue une substance particulière dont l’influence sur la végétation et sur son développement est très-grande. Quelquefois, surtout dans les bas-fonds humides où s’accumulent les débris décomposés et y développent une riche végétation, l'humus prend une grande extension et passe comme élément important dans un autre produit des formations modernes, la tourbe'. Tout le inonde connaît cette substance employée comme combustible dans les pays marécageux du nord de l'Allemagne, de la Hollande ainsi que sur tout le littoral de la mer Baltique et de la mer du Nord. Elle a l’aspect d’une terre brune, grumeleuse à l’état de siccité et mélangée d’une grande quantité de débris de végétaux. Elle est formée en grande partie de matière végétale décomposée et renferme des espèces différentes suivant les lieux de son origine. On distingue donc la tourbe de forêt, qui doit

* A. Griesbach a donné, »tarn les CdWinger Studien de 1845, une description très-intéressante de ta tourbe.

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sa formation à des racines et à des troncs d'arbres entiers pourris, et qui, suivant ses gisements, contient des Trembles, des Sapins, des Chênes et des Hêtres ; la tourbe îles prairies, composée surtout de Itoseaux et de Joncs ; la tourbe de bruyère, que l’on trouve dans les marais de la Frise et de la Hollande et qui s'y forme aux dépens des immenses surfaces couvertes de Bruyères (Erica tetralix et Calltma vulgaris ) ; enfin l’espèce la plus commune, la tourbe île mousse, composée presque exclusivement delà Splwigne des marais (Sphagnum). Partout ces plantes ou leurs débris, devenus terreux et amorphes par décomposition, constituent la masse principale à laquelle s'ajoute beaucoup de parties plus ou moins conservées de Joncs, de liges, de racines, de feuilles et même de graines de plantes marécageuses, mêlées avec des carapaces d’animaux qui ont trouvé leur tombeau dans ces amas. La formation de la tourbe se continue, incessamment et comble les vides, que l’homme y fait pour ses besoins, par de nouvelles couches. Un a vu des dépôts de tourbe épuisés s’accroître de nouveau en 50 ans jusqu’à une épaisseur de 6 pieds et reprendre leur ancienne puissance, mais avec des modifications dans la nature de leurs éléments1.

Produits par des êtres vivants, l'humus et la tourbe témoignent de l’existence de la vie organique partout où on les rencontre. He même que, dans les périodes primitives, nous avons étudié les dépôts de charbon, qui sous beaucoup de rapports ressemblent à la tourbe, ainsi pouvons-nous, en suivant la meme méthode, déduire à l’aide de ces derniers produits l’état de la vie organique à la surface de la Terre pendant la période de leur formation1. Déplus, la puissance de ces dépôts peut encore servir à déterminer l’espace de temps écoulé pendant qu’ils se formaient.

* Les observations de Grisebach tondent à démontrer que le remplissage des ln»es à tourbe épuisées ne se fait «pie par «les Sphaignes, et «pic les autres plantes inan'eageuscs s'y développent seulement lorupie le dépôt a atteint son ancien niveau.

* I j belle «léeouverte feite par Ehrenberg, de carapaces siliceuses de Bacillaires dans le charbon «le terre, jette une grande lumière sur l'histoire «le leur formation et prouve, entre autre* choses, l'existence d'humus sur le sol qui portait h** plantes houillères, puisque aujourd'hui encore on retrouve ccs Bacillaires partout dans l'humus aiusi «pie dans le sol des prairies et des marais.

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