CHAPITRE XV
encore à cette époque maintint longtemps cet Océan à un liant degré de chaleur et empêcha la naissance des êtres organisés ; si enfin des éruptions vinrent plus tard mêler leurs déjections avec les eaux et anéantir par leur propriétés délétères les créatures vivantes déjà formées : ces soulèvements du fond des mers devinrent en même temps le point d’origine de la première terre ferme qui s’éleva au-dessus du niveau des eaux. La distribution générale de toute la masse aqueuse sur la surface entière de la Terre, dans ces temps anciens, entraîne comme conséquence nécessaire une grande uniformité dans l’Océan primitif et une profondeur moindre (pie dans les mers actuelles. De faibles soulèvements, comme ceux que nous avons cités plus haut, suffisaient donc pour élever quelques points du fond audessus de la surface de l'eau. Peut-être même les soulèvements lie se dressèrent-ils point tout d'abord hors de l’eau et l'émersion des montagnes peu élevées au-dessus du niveau des Ilots n’cut-ollc lien (pic ]>cu à peu à mesure que les abîmes intérieurs vomissaient des masses de plus en plus puissantes et qu’en même temps le sol s'affaissait sur d’autres points, pour remplir les vides laissés parla sortie des matières éruptives à l’état liquide ou gazeux. Les couches ncplunicnnes demeurées en place, qui entourent leur pied, nous indiquent combien de temps dura ce phénomène.
Cette alternative de soulèvements et d’affaissements se poursuivit ainsi simultanément avec un rapport intime entre les deux faits. Les premières îles, d’abord éparses à de grandes distances,- se réunirent peu à peu en bandes de terre profondément découpées ; puis enfin, lorsque les eaux qui occupaient les bas-fonds situés entre ces langues de terre curent trouvé à s’écouler vers de nouvelles dépressions, les continents parcourus en tous sens par les chaînes de montagnes apparurent. Les nouveaux soulèvements, qui se succédèrent de temps en temps dans les montagnes de ces grandes îles, amenèrent graduellement leur agrandissement et, à chaque étape, une portion plus grande du fond de la mer se trouva émergée. Dans cette conception, rien ne nous empêche d’admettre que des profondeurs plus grandes, enfermées entre des lignes de hauteurs, restèrent sous les eaux, lorsque toute la région environnante était déjà émergée. Kilos formèrent à l’intérieur du continent des bassins qui, peuplés de leurs anciens habitants, se conservèrent tant que les eaux ne trouvèrent point d’écofilement. Les eaux douces des montagnes se dé-
versèrent dans ces bassins, entraînèrent avec elles des graviers, comblèrent les dépressions en même temps qu’elles accrurent la masse d’eau par leur accumulation ; enfin, soit qu’il se formât une
coupure, soit qu'elles se fussent élevées jusqu’à une crevasse, qu’elles n'avaient pu atteindre d’abord, elles s'ouvrirent une issue par laquelle les bassins se vidèrent lentement, et le sol ne se trouva plus arrosé que par les eaux vives sans cesse alimentées. C est ainsi que se formèrent des couches locales et des dépôts limités qui, renfermés dans des limites déterminées, ne pouvaient point nécessairement s’étendre au delà du bassin, mais se déposaient simultanément avec d’autres couches, dans d’autres bassins analogues, sans que leurs matériaux et leurs organismes eussent quelque ressemblance. Le mécanisme, qui a présidé à la naissance rie la terre ferme, entraîne, comme conséquence, la [jossibilité de modifications continuelles à sa surface, soit par de nouveaux soulèvements, soit par l’invasion des Ilots de la mer soulevés, soit enfin par l’érosion produite par les eaux chassées hors de leur bassin, ou par les transports et la dégradation causés par les lleuves et les lacs dont l'importance s’accroît avec l’élévation de la terre ferme. Ainsi, par exemple, c’est à de petits lacs d'eau douce, formés dans la partie moyenne de, tant de fleuves, lorsque leur cours traverse un pays accidenté, que la Terre doit une grande partie de son aspect et de sa configuration actuels, beaucoup de ces bassins d’eau douce n’étaient point réunis d’abùrd, mais se composaient de lacs isolés dont les eaux, en s'accumulant peu à peu, s’ouvrirent une issue en entamant leurs digues et s'écoulèrent dans d’autres lacs inférieurs plus profonds. Elles tirent déborder ceux-ci à leur tour, et creusèrent une vallée aux replis tortueux, dans laquelle le fleuve actuel déroule son cours sans obstacle sur un lit rétréci. Le réseau de rivières d'un pays peut donc avoir subi des modifications considérables pendant le cours de ces périodes successives de soulèvement : et même un fleuve puissant peut avoir changé de direction après la dernière période tertiaire, comme k fait a eu lieu bien certainement pour le Weser ip. 'J8). Ce fleuve suivait d’abord la vallée entre les collines du Weser et le Teuloburgerwald, dans laquelle coulent aujourd'hui la Werre et la liasse, cette dernière se dirigeant à l’est vers le Weser, l’autre à l’ouest vers l’Ems. Il suffirait d’élever le niveau de scs eaux de 90 pieds, pour effacer la séparation des deux fleuves
CIIAPITRK XV. 357
et faire couler les eaux du Weser avec la llaase vers l’Ems. Ces conditions semblent s’èlre effectivement réalisées autrefois. Alors la gorge, creusée dans la chaine du Weser et profonde de plusieurs centaines de pieds, que forme la Porta H'estphalica, n'existait pas ; et ce fut seulement apres sa formation que le Weser y prit son cours. Il est sans doute difficile de dire comment ce phénomène se produisit ; mais, en tous cas, on ne peut guère admettre qu'il soit le résultat d’une simple érosion des eaux du lleuve accumulées audessus, puisque la coupure aurait dû commencer à une élévation supérieure de beaucoup à celle que les eaux ont jamais pu atteindre dans la vallée. 11 faut donc qu’une crevasse transversale, formée dans la montagne par quelque nouveau cataclysme, ait été la cause première de celte brèche. Cet exemple seul, sans en citer beaucoup d'autres semblables, suffit pour démontrer la justesse des théories exposées et pour confirmer les paroles suivantes de Ritter 1 : des modifications nombreuses dans le réseau de rivières du continent, d’abord inégalement soulevé par les forces volcaniques, ont contribué essentiellement à lui donner sa configuration actuelle.
* Consulter sa Géographie du globe, t. I, OH et suîv. — Giranl a démontré l'existcncc d’un changement semblable dans le cours de l'Oder cl prtluvé que ce lleuve s'écoulait d’abord par In vallée de la Spréc dans b' Havel, traversait le lluvellaiid, arrivait dans le cours inférieur du Havel cl venait se jeter dans la mer du Nord avec l'Elbe. Peut-être le cours supérieur de l'Elbe se jetait-il afcssi alors par l'Aller dans Io Weser, et en même temps le Weser, par ta Werre et la llaase, dans l'Ems. (Voir le* bulletin mensuel de la So- , cjcti1 de géographie de lier lin, aimée 1814, p. 122,)