CHAPITRE XVI
Periode« de création
Les considérations développées dans les chapitres précédents avaient pour but de présenter à nos lecteurs un tableau de-la constitution physique du Globe et des révolutions par lesquelles il est passé dans la série de ses phases de développement. Ce tableau est sans doute bien incomplet, et nos conclusions satisferont peu ceux qui, dominés par l'habitude des traditions régnantes, s’attendaient à trouver une notice succincte sur chacune des périodes successives nettement séparées les unes des autres; mais il ressortira, pour tout le monde, de notre exposition, que l’évolution des phénomènes ne peut point se mesurer avec des siècles , et que l’époque présente avec sa chronologie historique, lors même que nous admettrions les compqts judaïques, ne saurait être considérée que comme une parcelle intime des périodes de temps, dont les transformations évidentes de la surface du Globe nous démontrent la succession. Longtemps avant le commencement de l’état actuel, la Terre a vécu soumise à des conditions analogues.àtcellcs d’aujourd'hui, ainsi que nous le prouvent les créatures qui oiït; disparu ; mais cet immense espace de temps lui-mème, écoulé depuis l'apparition des êtres vivants, ne forme que la partie la plus courte de l’existence totale de la Terre. En tous cas, la naissance des créatures organisées constitue un moment important dans notre histoire, à partir duquel commence une période qui, par rapport au temps actuel et aux temps qui l’ont précédée, peut être considérée comme la puberté de la jeunesse de notre planète, après laquelle est venu, par une succession de nouvelles évolutions, le véritable âge viril. ISous devons
CIIAHTRE XVI.
donc renoncer à préciser les périodes de création en leur appliquant une chronologie de siècles comme pour les divisions de l’histoire humaine; mais peut-être pourrons-nous, à l'aide d’une autre méthode, y établir des subdivisions, et par exemple l’apparition de la vie organisée à la surlace de notre planète deviendra une borne importante .et d’une grande signification, située entre l’époque mythique et l’époque historique des temps primitifs de notre Globe. Tout ce qui est au delà de celle date repose sur des hypothèses, des conjectures et des théories dont la démonstration par des faits réels est à peu près impossible. On peut donc le comparer avec ces périodes de l’histoire dans lesquelles le savant cherche péniblement, et à force de divination, à rendre aux traditions légendaires leur physionomie positive, en enlevant aux mythes leur belle parure de poésie et en les ramenant à la réalité nue et sèche. C’est ainsi qu’il va nous falloir traiter les créations mythiques que l’homme, toujours inquiet sur son origine et sur son avenir, a imaginées de tout temps on leur imprimant un cachet particulier, suivant les diversités mentales de chaque peuple. La première période de l’histoire de la Terre embrasse tout lu temps depuis sa naissance au sein du mélange chaotique de l’univers jusqu’à l’apparition de la vie organique à sa surface. Elle s’étend, par conséquent, sur un espace de temps qui, à lui seul, doit être incomparablement plus grand que la dernière cl plus jeune période, depuis la naissance de l’homme jusqu’à nos jours, à laquelle les légendes mythologiques ont coutume de restreindre l’existence de la Terre.
(Jticlque intéressant qu'il serait pour nous de pouvoir partager celte première grande période en subdivisions secondaires, d’après les phases de son développement, nous devons cependant y renoncer pour toujours, puisque nous manquons absolument de points de re|>airc. Nous pouvons bien admettre, comme étant le plus vraisemblable, que l'évolution en question s’est effectuée par un refroidisse ment lent; mais tout nous manque pour dire dans quel ordre précis les couches se formèrent les unes au-dessus des autres, à quel moment il faut placer la naissance des matières cristallines que nous reconnaissons comme ayant formé la plus ancienne écorce solide et quels longs espaces de temps durent nécessairement s’écouler depuis ce moment jusqu’à la condensation de l’eau sous forme liquide. Nous avons vu plus haut (p. 1(35) qu’il n’était point néccs*
sairc pour cela d’un refroidissement jusqu’à -h 80" Réauinur, et(|ue la pression de toutes les vapeurs contenues dans l'enveloppe gazeuse périphérique pouvait très-bien liquéfier les couches inférieures, pendant que l’écorce terrestre se trouvait encore à une température de plusdebO". L’eau qui se formait ainsi prenait un très-haut degré de chaleur et se retransformait brusquement en vapeur, dès que la pression des gaz venait à diminuer un peu ; cas qui dut se présenter avec la condensation croissante des conciles inférieures. Ces deux forces étaient donc en lutte perpétuelle et produisaient dans l'atmosphère une telle accumulation de vapeur d'eau, qu’elle dépassait cil densité nos nuages les plus compactes et ne laissait point encore passer les rayons lumineux du Soleil. Les Ilots incandescents des abimes intérieurs ne pouvant plus donner de lumière, de profondes ténèbres enveloppaient alors la surface de notre planète et, avec la chaleur qui flottait encore sur les limites des points de liquéfaction de la matière, empêchaient la naissance des êtres organisés. Cette voie nous ramène donc toujours à la même conclusion, que la vie organique apparut seulement lorsque la Terre se fut approchée de son état actuel et qu’elle posséda toutes les propriétés essentielles qui la caractérisent aujourd’hui eu tant que corps céleste.
C'est à ce moment que nous plaçons le point de départ de la seconde grande période de création. La constitution physique de la Terre est achevée dans ses traits les plus importants. Son atmosphère éclaircie laisse traverser les rayons vivifiants et créateurs du Soleil. L'Ucéan est peuplé d'organismes, dont les propriétés n’ont rien qui les distingue essentiellement dans leurs caractères fondamentaux de ceux qui vivent aujourd'hui. Des îles se dressent audessus des flots avec des chaînes de montagnes et des vallées, dans lesquelles se développe une végétation semblable à la flore actuelle des tropiques. Mais aucun Vertébré à respiration pulmonaire n’existe encore, aucun Oiseau, aucun Mammifère et à plus forte raison aucun Homme. Cette organisation, non-seulement persiste après toutes les grandes révolutions qui se succèdent, mais encore des formes de plus en plus nobles apparaissent en meme temps que se développe peu à peu cette différence de zones, qui distingue si profondément l’époque actuelle des temps tout à fait primitifs qui l’ont précédée. Ces faits, appuyés sur la comparaison des organismes an-