‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 152 sur 295 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Les mêmes circonstances ont eu lieu en l'an 0250 avant notre ère, et cette époque est celle où, d’après quelques géologues, un immense matiteau de glace recouvrait tout l’hémisphère boréal jusqu’au delà du 60° de latitude.

Ces considérations, développées par Adhémar, lui servent à expliquer de la manière la plus naturelle un des problèmes géologiques les plus intéressants, l’origine dés grands amas de glace avant le commencement de l’époque actuelle et donnent une solution définitive. Mais, en poursuivant ses déductions, il est encore arrivé à des résultats plus éloignés qui méritent que nous leur accordions une place ici. Des masses de glaces aussi étendues que nous venons de le voir ont naturellement une épaisseur correspondant et doivent atteindre le fond de la mer, lors même qu’elles auraient d’abord nagé sur les eaux *. Pour peû que ce phénomène ait eu lieu et que l'accumulation se soit continuée, l’inégalité considérable des amas de glace aux deux pôles a dû détruire leur équilibre réciproque et le centre de la Terre s’est rapproché vers la masse la plus-grande. Mais toutes les parties mobiles de la surface, et surtout les eaux des mers ont pris part à ce déplacement excentrique du centre de gravité, afin de rétablir l’équilibre. Ces eaux se sont portées du côté où se trouvait la masse de glace la plus faible, vers le côté des grands amas; elles ont laissé à sec les terres voisines du premier et submergé celles du second. Actuellement que les plus grands amas de glace se trouvent au pôle austral, le pôle boréal est entouré presque de toutes parts de terres émergées et les contours des grandes masses continentales vont en se terminant en pointe vers le pôle Sud, parce que la profondeur augmente toujours dans ce sens et que, par conséquent, les étendues de terre émergées doivent naturellement devenir de moins en moins grandes. Mais cet état de choses ne durera qu’un temps, après lequel les masses de glace s’accumuleront au pôle boréal, tandis que celles du pôle austral commenceront à se ramollir et à se fondre. Lorsque cette fusion aura atteint son dernier degré, la masse se rompra, les glaces flottantes seront entraînées et le centre de gravité passera brusquement du côté de l’autre pôle, précipitant les eaux du pôle austral sur le

1 Une montnpnc de place flottante a nu moins tin huitième do son élévation au-dessus du niveau des eaux, et les sept autres huitièmes au-dessous. Il faut donc des profondeurs considérables aux prnndes nmnlnpncs de place pour qu’elles puissent flotter.

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pôle Nord dont les régions voisines se trouveront submergées. Une inondation générale envahira brusquement les plaines de l'hémisphère boréal, entraînera vers le pôle les êtres vivants, fixés jusqu'à ce moment au sol où ils passent leur existence et les enveloppera dans les grands amas de glace qui recouvriront ces contrées.

Jusqu'ici nous avons communiqué à nos lecteurs la théorie d’Adhémar, sans en interrompre l’exposition par des objections ; nous allons les reprendre maintenant. Si cette théorie était juste, notre époque actuelle marcherait vers une destruction inévitable qui se produirait vers l'an 6500, et cette date verrait, sinon la lin monde, du moins la lin de l’humanité présente. Déjà, dans les premières éditions, j’avais avoué combien cet avenir désespérant blessait tous mes sentiments ; j'exprimais l’espérance que les physiciens découvriraient bientôt quelque erreur dans l'enchaînement des déductions, et je réservais mon opinion. Cette révision a eu lieu en effet*. On s’est convaincu que l’inégalité des amas de glace est trop faible pour produircun phénomène aussi important; on a démontré en outre, que le point des froids les plus rigoureux ne tombe pas exactement au pôle même, mais seulement dans son voisinage, et que les plus grandes masses de glace ne se trouvant point par conséquent au pôle, mais vers la région des plus grands froids, le centre de gravité ne devrait se déplacer que dans la direction de ce point des froids extrêmes; mais, dans ce cas, il faudrait que le phénomène fût accompagné d'un déplacement de l'axe de rotation du Olobe terrestre, ce qui ne s’accorde plus avec toutes nos autres connaissances positives. J’ajouterai encore que, lors même que ccs deux objections n'auraient pas déjà démontré l’inadmissibilité de l’hypothèse d’Adhémar, celle-ci ne pourrait expliquer le phénomène contestable d’un transport violent des eaux d'un pôle à l’autre, qu’en admettant une destruction brusque des amas de glace ramollis. Cette action subite seule pourrait produire un transport brusque des eaux. La fusion lente et la diminution graduelle de la glace, qui me paraissent être les seuls procédés possibles, ne peuvent causer aucun cataclysme violent et, par conséquent, aucun transport de glace comme s’exprime Adhémar. Enfin on a encore objecté à ce savant

1 Celle théorie a élé développée et examinée clans un mémoire, lu par M. de* Rruchhnusen dans la ‘2ô* réunion des naturalistes allemands à Rréfno. Vid. Un p port officiel, etc... p-

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