CHAPITRE XVII
dans la nature inorganique, il existe une certaine forme 1 concrète, particulière à chaque objet, qui sert à définir extérieurement son individualité ou personnalité. Ces formes ne sont point des fantômes conçus arbitrairement, mais elles sont dérivées d’une ou plusieurs formes primitives; elles se figurent par des schémas mathématiques exacts et obéissent à des rapports numériques. Ce caractère est le même pour toutes les individualités indépendantes et isolées que nous nommons corps naturels, mais il est en même temps la seule propriété morphologique qui soit commune à tous ces corps. En poursuivant plus loin sa détermination, nous rencontrons la distinction qui existe entre les formes des corps naturels inorganiques et des corps naturels organiques. Les premiers ou inorganiques soûl des formes mathématiques, non-sculemeul dans leur type ou schéma, mais encore dans toute leur constitution; ils ne sont donc limités que par des quantités mathématiques, par des surfaces des lignes et des points. Les corps naturels organiques, au contraire, tout en possédant un schéma mathématique, ont des contours qui constituent des surfaces indéterminées mathématiquement, vraiment particulières, et par conséquent, organiques. Les lignes et les points mathématiques ne s’y trouvent point comme éléments de configuration. Il existe donc, à cet égard, une opposition marquée entre la ligure des corps naturels inorganiques et celle des corps naturels organiques. Mais elle n’est pas la seule différence placée entre eux, on constate encore deux autres particularités tout aussi décisives, dont la première est matérielle et l’autre fonctionnelle ou idéale.
Les corps naturels inorganiques se distinguent matériellement
1 lui forme est, pour tout cor §»>, In condition essentielle de son existence
en tant qu’il devient une rénlitè virante seulement en prenant une forme déterminée, mai* elle est encore la seule chose jiassayère et périssable qui soit en lui. liorsqu’uu corps naturel cesse d'être, qu’une plante ou uu animal meurt, ils disparaissent seulement eu tant qn iiidividiis. Leur matière, la substance qui avait servi à les constituer retourne à sa forme primitive amorpln*, se dissout dans Tenu ou dans l'air, ou vient se perdre dans le sol comme élément solide, lui matière ne meurt donc pas, elle ne disparaît poiut ; elle est indestructible et étemelle ; elle a toujours existé et ne connaît point de limites dans le temps. Elle ne s'individualise qu’en prenant une forme déterminée, mais elle existait avant celle forme, bien que souvent d'une autre manière et dans d'autres combinaisons. Ainsi, pour résumer, toute destruction apparente n’est qu’un changement de forme dans lequel s'opère simplement un déplacement de matière, mais jamais uni* production nouvelle ou un anéantissement «le substance, ce «pii est absolument impossible. lui Terre ne j»eni jamais rien de sou fond de matière ; celle-ci change seulement la forme sous laquelle elle existait d’abord et devient uu nouvel objet, seulement ù cet uuique point tle vue.
en ce que leurs éléments se réunissent directemenl sous la forme concrèle qui convient au corps particulier qu’ils constituent. Ce phénomène porte le nom de cristallisation et les ligures des corps inorganiques, abstraction faite de leur composition matérielle, celui de cristaux. Les corps naturels organiques, au contraire, n’incorporent jamais dans leur masse les substances dont ils se composent que sous la forme de petites vésicules indépendantes nommées cellules, et transforment toute matière organique en cellules avant qu'elle ne fasse partie intégrante des tissus qui entrent dans leur structure. Los corps organiques, en ce qui touche les différences matérielles, sont donc entièrement composés d 'atomes ou particules isolées et, par conséquent, ont une structure atomique; les corps inorganiques n’ont jamais cette structure et sont toujours homogènes.
La distinction idéale des deux groupes de corps naturels repose sur la manière dont ils se conservent dans la forme qui leur est propre. Tous les corps inorganiques ne peuvent se conserver que par une immobilité complète dans leur forme et leur composition, et doivent nécessairement, pour assurer leur existence, demeurer, avec la fixité la plus complète, dans leur premier état. La condition de leur existence comme corps naturel, leur durée dans le temps, n’est possible que par l’immobilité; elle est détruite par les modifications dans la forme et la composition qui entraînent avec elles la mort de l’individu. Nous pouvons donc les distinguer comme corps naturels fixes. — Les êtres organiques se comportent tout à fait inversement : leur conservation repose sur une dépense continuelle de leurs parties élémentaires et sur une absorption de nouvelle matière pour compenser ce qui a été consommé. Par suite de ce phénomène, ils modifient continuellement leur forme et leur substance dans l’étendue de certaines limites, décroissent et s’accroissent en volume, en poids, en dimensions et en composition, et se meuvent, comme corps libres et indépendants, dans leur sphère d’existence. On peut donc, a cause de ce changement continuel qui, en fait, est un mouvement réel, les définir des corps naturels variables, ou encore les appeler d’une manière plus caractéristique des corps périodiques (d'après Fischer et Link' ) ou cycliques1, parce que leurs changements sont soumis à des phases reparaissant successivement, ou pé-
1 Propylée x dex science» de la nature , l. I, |». 142. Berlin, 1850. M.
1 Yoy. mou Manuel d'hixtone naturelle, 1" partie, |». 15. Berlin, 1850. lu-8.
CIUWTRK XVII.
riodcs. La périodicité constante domine l'existence de tous les corps organiques, et comprend dans sa manifestation tout ce que nous*.' entendons clic* cul' par les termes vie et vitalité. La mort en est le . dernier acte; elle en est la conséquence nécessaire.
Les différences entre les corps naturels organiques et inorganiques, que nous venons de résumer sous trois chefs fondamentaux et essentiels, peuvent cependant être poursuivies encore plus loin et caractérisées avec plus de précision cl de détails. Nous nous arrêterons donc d'abord aux différences matérielles, comme aux premières, et nous examinerons soigneusement leurs caractères. Nous savons d’avance, et nous avons déjà vu à satiété, dans le cours de nos considérations sur les roches massives ou anormales, que les corps nombreux que nous avons appris à connaître sous les noms de quartz, feldspath , mica, talc, calcaire, ytjpse , anhtjdnte, hornblende et autres ne se distinguent pas les uns des autres seulement par la forme, mais encore bien plus par la nature de leurs éléments. Nous avons trouvé pour chacun de ces corps une propriété particulière dans sa constitution matérielle, et jusqu’ici nous l’avons considérée comme le plus important de ses caractères. Aussitôt que cette constitution matérielle du corps inorganique se modifie, sa forme aussi change et celle-ci semble dépendre tout autant de la composition même que des circonstances extérieures sous l’action desquelles le corps composé s’est produit1. Nous en avons donné de nombreuses preuves avec les laves, et nous avons vu que, lorsqu’elles se refroidissent rapidement, elles prennent une forme vitreuse, que les parties élémentaires ne peuvent passer à l’étal cristallin que par un refroidissement lent, et que la structure cristalline est d’autant plus complète et plus franche que
1 Alin «Je ne rien laisser de rôle, nous ne jiouvous jhmiiI passer sou* silence l'exception ri noire règle qui existe en apparence dnu* les phénomènes chimiques de dimorphisme et i\ isomorphisme. Il y a certains corps Je carbone à l'état de graphite et de diamant, le soufre avec set deux systèmes de cristallisation, le carbonate de chaux à I étal de spath calcaire et d'aragonite , «pii, sans éprouver de changements matériels, prennent des Tonnes cristalline* différentes, suivant «pi ils cristallisent à une température plus ou moins élevée. Des corps portent le nom de dimorphe s. D'autre pari, ou trouve d'autres corps «pii |K»ssèdent de* formes cristallines semblables, tout en ayant mie composition dilTéreute ; ceux-ci s'appellent isomorphe s. Ils contiennent toujours des quantités pro|»or lionne lies égiles de leurs divers éléments et se ressemblent non**seulenicot par In forme, mais encore quantitativement. Ordinairement il existe tonie une série de sels isomorphes, parmi lesquels nous ne citerons que les nrséuinles et les phosphates connue première série, et les «éléniatcs, chromâtes et sulfates comme seconde série. Vov. Th. Grahnuij Chimie, t. I, p. *J97. Brunswick, 1840. ln-8.
le refroidissement s’est effectué plus lentement1. Le résultat a été le même pour les précipités aqueux.
Si nous comparons maintenant les rapports dans lesquels la forme et la matière des corps organiques sont entre elles, nous y trouvons une différence essentielle et profonde. Jamais la matière n’y influe sur la forme ; mais, tout au contraire, la forme de l’organisme est le principe essentiel auquel l’élément matériel se subordonne. Aussi, tous les êtres organisés, en ce qui concerne leurs principales substances, se composent des mêmes éléments, d 'oxyijine, d'hydrogène, de carbone et d'azote. Bien qu’en général l’absence d’azote dans les plantes et sa prédominance dans le corps des animaux ait pu être considérée comme une différence materielle des deux organismes, ou a cependant constaté T inexactitude de cette opinion, et on a reconnu que les plantes absorbent aussi de l’azote dans beaucoup de leurs produits, et, inversement, que les animaux ont beaucoup de leurs substances dans lesquelles ce gaz n’entre point. Ces corps, après avoir traversé l’état cellulaire dont nous avons parlé, forment partout lu base de la matière organisée. Celle-ci se transforme en membranes homogènes, qui possèdent la propriété de laisser passer au travers d’elles les liquides et les substances qui y sont dissoutes sans être munies, sur aucune de leurs parties, de véritables ouvertures ou pores. C’est sur cette propriété de toutes les membranes organiques que repose le processus nutritif des corps organiques, processus sans lequel la transformation perpétuelle t)cs »uh-
1 Nous avons vu plus haut (|i. 73) que l'absence trime forme définie amorphisme dans les laves et les silicates ip. lüô, est le résultat d’un refroidissement rapide. I/amorphismc. semble, dans ces cas comme dans tous les autres, être produit partinc quantité de chaleur que le corps, ci» se solililinnt, lixe chimiquement sans qu'elle agisse sur le thermomètre, cê qui l'a fait nommer chaleur talent e. Peut-être est-ce pour cela que les corps amorphes chaulTés peuvent se cristalliser avant d’être arrivés à leur degré de fusion, ('.liez quelquesuns même i'échnulTcmcnl ne semble j«oiut nécessaire : In cristallisation s'effectue lentement à mesure que la chaleur latente s'échappe peu à peu hors du corps ou lui est enlevée par toute autre action extérieure. Ia*s corps amorphes seraient donc des sulislanco contenant une certaine quantité de chaleur latente manquant à la meme matière dans sa forme cristalline. Une autre conséquence de la fixation de chaleur latente semble être que les substances amorphes sont spécifiquement plus légères lenvirotl U, 01, d'après Deville que les mêmes matières à Uétat cristallin ; «mi peut, en effet, admettre que la chaleur fixée exerce une action de dilatation sur la matière. On considère aussi le dimorphisme comme une cristallisation avec on sans chaleur latente. Cette théorie est fortement corroborée Italie fait que les corps dimorphes prennent l'iiiie ou l'autre cristallisation, suivant qu'ils se solidifient à une liante avec chaleur latente ou à une hasst* température sans chaleur lalente). Le soufre et le spath calcaire peuvent revêtir «le cette manière simultanément deux formes cristallines. Mitscherlich, Manuel de Chimie, §§ ôh cl seq. .