CHAPITRE XVII
vient la matière organique qui a donné naissance aux êtres organisés. A celle-ci s'en rattache une seconde sur le mode deformation do cette matière.
Il n’est pas difficile de répondre d’où est venue la matière organique primordiale, puisque nous savons que la Terre, à l’époque où naquirent les organismes, possédait déjà une atmosphère mélangée d'oxygène et d'azote, était enveloppée de mers dont le refroidissement devait être tombé au moins à 60“ Réaumur, et qui contenait, ainsi que l'atmosphère, de grandes quantités d’acide carbonique.' L'admission de ce dernier point est une condition indispensable pour expliquer le carbone contenu dans les organismes et provenant évidemment de cet acide carbonique. L’observation que nous avons faite d’émanations d'acide carbonique libre (p. 87) dans les régions et les éruptions volcaniques, jette une grande lumière sur l'origine de ce corps, qui très-probablement sortait des abîmes intérieurs pendant et après les éruptions de matières plutoniques. Les conditions nécessaires à la formation de la matière organique existaient donc alors avec une grande richesse; les combinaisons azotées, telle que l'acide nitrique et l'ammoniaque, remplissaient l'atmosphère en grande proportion, puisque les organismes n’avaient pas encore pu les fixer dans leurs tissus1. L’existence d’hydrogène libre à l’époque où les êtres organisés se formèrent, n’est pas admissible, après ce que nous savons (p. 171) sur son affinité pour l'oxygène et de plus n’est pas nécessaire, puisqu’il n'en existe jamais dans toutes les substances végétales plus qu’il n’en faut pour former de l’eau avec l’oxygène. Il suffisait donc de la simple absorption de l’eau pour faire arriver de l’hydrogène dans les plantes et de là dans lesanimaux. Les diverses substances solides qui existent dans les organismes vivants étaient sans doute dissoutes dans celte eau, notamment le calcaire et la silice, dont le premier joue un rôle plus particulier chez les animaux, la seconde dans les plantes.
* Il est très-intéressant do noter que In matière inorganique élémentaire ne pas.se jamais ilans la stibclâhce île l'organisme autrement 1)11*011 se séparant «l'un«' combinaison chimique dans lafpielle elle est engagée, et n’y pénètre jamais directement. L'absorption directe de l'oxygène dans la respiration de» animaux n'est qu'apparente, puisque la même quantité île ce pi/, est rejetée a l'état de combinaison avec du carbone et de l'hydrogène, sous forme d'acide carbonique et d'eau, et par conséquent ne profite en rien à la substance île l'animal. L'n/ote, connue l'hydrogène, ne put donc pas entrer directement dans la première matière organisée ; il fallut pour cela qu'il sc séparât de combinaisons azotées.
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Leur présence dans les eaux les plus primitives est, d'après ce que nous avons dit antérieurement, tout aussi certaine que celle des acides sulfurique et phosphorique, du sel de cuisine et de plusieurs autres corps inorganiques qui entrent dans la composition des matières organiques, ou se trouvent dans les êtres organisés. Lorsque nous réfléchissons qu’avec cette abondance de matériaux, la tem|>érature pouvait encor* atteindre à une élévation de 00° Réaumur au moment où les premiers organismes naquirent (cette chaleur élevée est en effet le maximum auquel les êtres organisés puissent résister), et qu’en mémo temps l’humidité ne manquait nulle part, nous avons là une cause réelle de fécondité pour le sol et un instrument puissant pour nous rendre compte de la formation de la première matière organique à Laide d’éléments si variés. Nous admettons donc que les premiers organismes naquirent vers cette époque du refroidissement.
Le mode de leur formation est du reste une énigme qui restera toujours insoluble et sur lequel nous ne pouvons rien direde précis1. Il est bien évident que, dans ce cas aussi, l’opinion qui a le plus de vraisemblance est celle qui se rattache au jeu des phénomènes actuels et rejette l’intervention de toute puissance mystérieuse. Si nous 'acceptons donc que les premières créatures ne naquirent pas immédiatement avec leurs formes achevées, mais qu'elles apparurent plutôt d'après la manière ordinaire à l’étal d'individus jeunes et imparfaits par une série de phénomènes analogue au mode de développement actuel, nous aurons dit tout ce qui peut se dire de raisonnable sur leur origine, sans pouvoir pénétrer plus avant dans les détails de leur naissance. Avouons-le, nos connaissances positives ne suffisent point pour tracer un tableau de la création organique primitive qui soit seulement admissible, et le peintre qui voudra tenter d’en esquisser les contours, a devant lui un vaste champ libre ouvert aux fantaisies de son imagination. Quelques-uns pourront admirer le produit de ces spéculations, une nation toute entière peut s’attacher à un mythe antique qu’elle inventa elle-même dans sa naïve enfance ou qu'elle reçut du dehors ; mais ces tentatives ne vaudront jamais aux yeux éclairés du savant que pour ce qu’ils sont, c’est-àdire pour les formes nuageuses d’un rêve, toujours vides et sans
1 Voir la note «1»* la pajçt» 17(>.
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consistance, et qui essayent vainement d atteindre une forme réelle en modifiant continuellement leurs contours. Jour antique de la première apparit ion de la vie, quelle qu'ait été la nature, nous n’avons plus aucun œil pour pénétrer jusqu’à toi, aucun sens pour te comprendre et par conséquent aucune plume pour te décrire.