‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 16 sur 295 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Action chimique de l'eau dan« le« temps moderne«. — Action de« être« organisé«. — Influence de l'atmo«phère.

L'influence que l’eau, considérée comme agent de dissolution chimique des roches, peut exercer sur la configuration de la surface de la Terre, n’est pas moins considérable que les phénomènes mécaniques décrits précédemment. Les effets sont beaucoup plus variés. En effet, si certaines matières, telles que les métaux, résistent à son action, elle dissout, au contraire, très-facilement la plupart des sels et produit, quoique avec lenteur, des effets analogues sur un grand nombre de roches.

Quand nous parlons de ce pouvoir dissolvant, il ne s’agit point des phénomènes que produit l'eau en s’infiltrant dans les interstices des dépôts à texture poreuse, tels que les couches de lehm, et en les transformant en une vase souvent fluide. Il s'agit, au contraire, de véritables dissolutions, que nous nommons quelquefois fusions , bien que ce terme devrait être appliqué seulement aux corps rendus fluides sous l’influence de la chaleur. Dans une vraie dissolution, le corps dissous perd la forme sous laquelle il nous apparaissait et s'évanouit, pour ainsi dire, dans l’eau. Il ne trahit plus son existence que par telle ou telle propriété qu’il communique à l’eau, soit une coloration, soit un goût particulier, soit un accroissement de volume ou une densité plus élevée. L’eau se trouve modifiée aussi ; modification qui se manifeste comme une propriété nouvelle. Le corps dissous ne se distingue plus de l’eau, comme on peut toujours le faire dans les mélanges par action mécanique, à quelque degré de division que la matière ait été portée. Les deux corps dans les

dissolutions se confondent tellement, que l’un anéantit l'individualité de l’autre et modifie la sienne propre. Dans les mélanges, an contraire, chaque élément conserve son individualité particulière, et il ne s’y produit que des changements dans les positions réciproques, soit des éléments entiers, soit de quelques-unes de leurs parties.

L’eau ne dissout facilement et en grande quantité que quelquesuns des éléments du Globe terrestre. Ce sont avant tout les sels, tels que le sel de cuisine, le sel de Glauber, le sel amer, le salpêtre, l’alun et les sulfates. Ils se mélangent avec l’eau partout où ils se trouvent en contact avec elle. Ils donnent naissance aux diverses sources appelées minérales, et entre autres à ces sources salines dont on extrait le sel à l’état solide en évaporant sur le feu. Ces dissolutions de matières solides, en outre des sources minérales, produisent encore les eaux acidulés chargées de matières volatiles, qui contiennent de l’acide carbonique, et les eaux sulfureuses dans la composition desquelles entre l’hydrogène sulfuré. L’eau, dans le long trajet qu’elle exécute de la surface de la terre dans ses profondeurs, pour reparaître ensuite sous forme de source, rencontre des roches contenant des matières solubles. Elle s’en empare en filtrant à travers la roche, et s’en charge plus ou moins, suivant la quantité existante de ces matières et suivant la rapidité avec laquelle elle traverse le dépôt. Elle reparaît ensuite avec de nouvelles propriétés. Quelques sources seulement sont assez fortement chargées pour permettre d’apprécier le mélange au goût ; l’eau de la plupart est en apparence pure et limpide. Nous en concluons que les roches qui les entourent ne contiennent point de matières solubles, et qu’en général la plupart des éléments du Globe terrestre sont insolubles dans l’eau, puisque les sources minérales et gazeuses sont de beaucoup les moins nombreuses.

Mais le témoignage des yeux ef de la langue ne suffit point à nous donner une connaissance scientifique sur le degré de pureté de l’eau. Il nous faut des indications plus rigoureuses. Qu’on mette, en effet, à l’épreuve les eaux qui en apparence ne. contiennent aucun mélange, pour constater leur pureté absolue ou chimique, et l’on reconnaît bientôt qu’il n’existe peut-être pas une seule source entièrement pure, et qu’on y trouve dans presque toutes des substances minérales en dissolution, sans compter les traces d’acides

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