CHAPITRE XVIII
d'après leurs fonctions, dont la diversité a de profondes racines dans les besoins qui constituent le résumé et l’essence de tout organisme. Si nous abordons de plus près cette conception, nous reconnaissons aussitôt qu’il y a lutte eutre l'idée môme et sa réalisation. En effet, tous lesorganismes, comme corps naturels périodiques, sont enfermés dans des limites de temps déterminées, en un mot sont finit ; l'idée, au contraire, comme type de l’être prétend pour clle-méine à une existence infinie. La nature a tranché cette contradiction avec sa toute-puissante autorité ; elle a imposé à chaque organisme, non-seulement le besoin de laconservation pendant la durée de sa période, mais encore elle lui a donné la faculté de pourvoir à la permanence de son espèce par la reproduction d’une postérité semblable et malgré son existence bornée de rendre son type infini . Ile cette opposition interne et fatale se déduit la spécialisation des * organes. Ils se divisent en deux grands groupes, qui forment d’après leur destination le système de la conservation individuelle et le système de la conservation typique. Us prennent les noms', le premier d’organes de nutrition, le second d’organes de reproduction.
Les fonctions de ces deux systèmes d’organes assurent la permanence du type, malgré l’existence limitée de l’individu, et déterminent le caractère général de l’organisation. La nécessité de ce mécanisme est la même pour tous les organismes, et son absence dans un corps organisé quelconque ne peut se concevoir. L’animal et la plante doivent donc l’un comme l’autre être munis des deux systèmes d’organes, et on ne peut les séparer en deux groupes, en se fondant sur l’absence d’un des systèmes chez les seconds, ou sur la présence simultanée des deux systèmes chez les premiers. Leur véritable distinction, connue de tout le monde, se base sur la nature des matières que ces deux groupes naturels emploient pour leur nutrition. Les plantes se nourrissent des matières inorganiques répandues partout, et particulièrement de carbone qu’elles empruntent à l’air et à l’eau sous forme d’acide carbonique. Les animaux, au contraire, usent comme aliments exclusivement de substances organisées, qu’ils ne peuvent trouver que dans certains lieux et souvent à certaines époques seulement. La plante n’a pas besoin de chercher son aliment ; il lui est apporté par l'intermédiaire de l'air atmosphérique et de l’eau, partout où elle se trouve en contact avec ces deux agents. L'animal, au
contraire; cherche sa nourrilurc, se )>orte vers elle, et la choisit au milieu des autres substances analogues. Cette nécessité ne peut pas être satisfaite avec les organes qui ne font qu'absorber les aliments elles élaborent, ou avec ceux qui président à la reproduction ; il lui faut des appareils spéciaux et d'utic organisation particulière. Leur existence constitue la véritable différence qui sépare l'animal de la plante. D’abord la localisation limitée des substances alimentaires exige une disposition, qui permette à l'animal de se transporter d'un lieu dans un autre, en un mot de se mouvoir. Mais toute la diflicullé n’est pas encore résolue, puisque toutes les substances ne lui conviennent point, mais seulement quelques-unes tout à fait déterminées. Il faut donc qu'il puisse les distinguer de celles qui lui sont impropres, par conséquent qu'il soit capable de perceptions sensibles et prenne conscience de ces perceptions, puisque la conservation individuelle et par celle-ci la permanence typique ne sont assurées qu’à eel conditions. Nous avons donc là deux besoins que la plante ignore et (pii la distinguent fonctionnellement et typiquement de l’animal. Le mouvement automatique et la sensation, qui se traduisent dans les tissus animaux par la contractilité, sont les caractères essentiels de l’organisation animale.
L'animal ne se distingue pas de la plante seulement par la composition et la qualité différente des aliments et par le inode suivant lequel il les prend; mais toute la série de ses phénomènes biologiques vient encore ajouter une nouvelle et dernière différence «pii montre que, si ces deux grandes puissances organiques sont eu conllit sur beaucoup de points, elles n’en dépendent pas moins beaucoup l’une de l’autre. Les plantes sont, en effet, les pourvoyeurs des animaux. Avec les matières inorganiques grossières et surtout avec l'acide carbonique, elles préparent les premières substances organiques; elles en accumulent de grandes provisions sous forme d «midon (amylum), de sucre, de gluten, d'acides végétaux et de bases (alcaloïdes), sans se les incorporer et sans les transformer en membranes et en fibres. En élaborant ces matières inorganiques brutes et les transformant en aliments pour le règne animal, elles font plus pour son existence et sa conservation que les animaux ne peuvent faire de leur côté. Les plantes, en tant qu'organismes complets, tirent jicu d’utilité de ces substances qu'elles élaborent incessamment. Elles sont dans un travail sans repos, quoique périodique.