CHAPITRE XIX
couche entière des cellules autonomes ; et vouloir les enlever est en général diflicilc. La plante ne possède aucun organe doué de fonctions particulières et qui seul préside aux fonctions de nutrition, comme cela a lieu chez l'animal. Chaque cellule se pourvoit ellemême et travaille ainsi à la conservation générale. Les cellules des plus à la périphérie, les extrémités des racines, absorbent tout comme les cellules internes, et leur position externe les destine à recevoir les aliments nouveaux, sans que pour cela elles possèdent ni bouche, ni estomac, ni intestin, ni poumons, organes dont l’ensemble dos fonctions contribue à la nutrition de l'animal. — Celle organisation du végétal nous fait comprendre comment des parties détachées, soumises à des soins artificiels, peuvent donner naissance à de nouveaux individus. En effet,, chaque partie d’une plante, qui possède un axe et des rayons périphériques, contient tout ce qui est nécessaire pour l’existence et la conservation d’un indi- * vidu. . *
Les animaux qui se laissent ainsi segmenter sont très-peu nombreux, et les éléments primordiaux de leur organisation diffèrent complètement de la cellule végétale. Tout d’abord ces éléments étaient des cellules, mais le plus grand nombre d’entre eux a dépouillé sa composition cellulaire primitive et perdu ainsi son autonomie d'existence. Cette transformation des cellules en atomes nouveaux et différents constitue le caractère matériel le plus important de l'animalité ; elle entraîne à sa suite la dépendance intime de toutes les parties, comme membres d’un tout indivisible, et produit la division des grands besoins élémentaires en nombreuses fonctions subordonnées, jamais autonomes. Chez les plantes nous retrouvons dans tous les organes des cellules et du tissu cellulaire, chez les animaux, au contraire, pous ne rencontrons que rarement du vrai tissu cellulaire non modifié, et nous voyons bien plus souvent des combinaisons moléculaires nouvelles et particulières, dont l’étal primitif de cellule n’a été que transitoire. Ces formes moléculaires dérivées se distinguent d’après le mode d’activité des organes dans lesquels elles sont contenues. Tout organe indépendant, qui a une fonction propre et appartenant à lui seul, possède aussi une forme particulière de ses molécules ou atomes et se reconnaît aisément à l’aspect constant de son tissu. Arrêtons-nous un peu sur ces différences et jetons le plus rapidement possible un regard dans les pro-
fondeurs de l’organisation animale, en commençant par examiner les divers genres de modilications que peut subir la cellule dans le règne animal.
Dans les organes de toutes les fonctions purement animales, les éléments matériels se résolvent en fibres délicates qui, suivant leur destination, se distinguent aussi matériellement et morphologiquement en fibres de la locomotion (fibres musculaires) et fibres de la sensation (fibres nerveuses). Dans tous les organes dont les fonctions sont communes aux animaux et aux plantes (organes végétatifs), les éléments matériels ne se présentent plus isolés et sous une forme simple, mais en connexités multiples entre eux, et agrégés les uns aux autres d’après des principes déterminés. Les organes de la nutrition et de la reproduction ne sont donc pas des corps solides simples, composés de molécules semblables comme les muscles et les nerfs. Ce sont au contraire des cavités et des tubes situés à l’intérieur de l’animal, circonscrits par divers épanouissements membraneux de tissus superposés les uns aux autres, et qui, en général, sont en communication extérieure au moyen d’un orifice par lequel les matières qu’ils doivent élaborer sont reçues ou éliminées, suivant qu’ils sont destinés à l’absorption ou à l'élimination. Lacouclio interne de ces cavités est composée partout de cellules peu modifiées, profondément enchevêtrées les unes dans les autres ; elle est toujours maintenue dans un état de santé et de fraîcheur par la production incessante de nouvelles cellules et le dépérissement, suivi de la destruction, des anciennes; mais sa vie est purement végétative et elle ne possède aucune sensibilité propre. On lui donne le nom d'épithélium; elle subit diverses modifications locales pour produire tous les tissus cornés, tels que les ongles des doigts et jusqu’à un certain point les cheveux eux-mêmes1. Dans le corps animal, elle constitue l’unique partie où les cellules primitives conservent constamment leur caractère, et ressemble donc beaucoup au tissu végétal ; sur plusieurs points, dans les cheveux, les ongles, elle s’accroît de la même manière que les plantes, c’est-à-dire (pie les parties vivantes (la matrice), situées inférieurement produisent incessamment
1 On m'objectera peut-être que les «lents ne sont pas insensibles, mais causent souvent les douleurs les plus violentes. Ce n'est pas la dent elle-même qui souffre, mais ta nerf qui y pénètre. On peut limer les dents comme on coupe les ongles, sans éprouver d'autre sensation «pie celle qui est transmise aux nerfs voisins.