CHAPITRE Xl
chez les animaux imparfaits et uniquement dans les organes de locomotion.
Ces considérations sur les différences morphologiques, matérielles et fonctionnelles, qui existent entre le règne végétal et le règne animal, nous ont préparé à saisir avec plus de rigueur la diversité typique qui appartient à l'un et à l’autro; et nous pouvons dès lors rechercher s’il existe un ordre systématique. Hans cette nouvelle étude, nous reconnaîtrons que les organismes possèdent des différences réelles qui les disposent en série, comme nous les voyons dans la nature, tandis que les considérations précédentes nous avaient simplement donné une méthode pour constater la diversité des caractères. Outre cette première cause de différenciation, il a dû en exister une seconde, qui a exercé son action sur les formes réelles des organismes et qui a contribué essentiellement à leur faire prendre à chacun leur forme particulière. Cette cause se trouve dans le mijieu où chaque, corps naturel a été placé au moment de sa première apparition, et elle agit comme un sceau dont l’effet propre serait d'imprimer un caractère particulier aux types idéaux restés généraux jusque-là. Le climat, le sol, le degré d'humidité de l’atmosphère, le genre de vie, les aliments sont les agents dont on peut suivre l’action sur les formes variables des organismes qui, comme l’Homme, sont exposés à toutes leurs influences changeantes. Bien que le type ou l’idée fondamentale restent les mêmes dans chacune des races humaines, il faut cependant reconnaître que les peuples de la Terre, soumis à cette influence, diffèrent beaucoup entre eux, et il est incontestable que les conditions particulières exercent une action puissante sur le plan idéal, qui existe uniforme dans tous les individus. Plus ce plan est général et moins il contient de parties distinctes, plus les agents extérieurs ont de liberté dans leur action modifiante. Aussi le type humain, dont les formes sont si déterminées et si concrètes, ne suhit-il cette influence que dans quelques parties non essentielles, telles que la couleur, la taille et le rapport de parties entre elles, tandis qu'elle déploie scs effets beaucoup plus largement sur des formes moins concrètes. Cette action se manifeste encore sur les formes déjà déterminées par une influence locale, dont le type ainsi développé se trouve exposé à de nouvelles conditions ; mais les elTetssont moindres dans ce cas. Que l'on considère, par exemple, les diverses espèces du genre Chat, comme
les produits de ces influences extérieures sur le type idéal commun, et qu'on fasse dériver toutes les différences spécifiques des actions extérieures variées sous lesquelles' les Chats se sont formés à la surface de la Terre; cependant on ne voit jamais notre Chat domestique devenir un Lion ou un Tigre dans les zones chaudes, parce que au moment de sa naissance les caractères particuliers à son espèce lui ont été imprimés par des influences autres. Il conserve ces caractères qui constituent sa propriété essentielle, au milieu de toutes les circonstances, et il ne se modifie sous de nouvelles influences que dans quelques parties peu importantes. Enfin, c’est encore une règle générale et sans exception, que l’individualité plus marquée montre une plus grande force de résistance. Ainsi, dans le genre Chat, les types spécifiques étant plus tranchés que dans le genre Chien, nous comprenons à l’instant pourquoi le Chien domestique perd plus aisément son tvpe que le Chat domestique. Les peuples aussi confirment ce principe. Les Juifs et les Nègres conservent leur caractère national, malgré le changement d’action des climats, parco que leur type national est plus marqué que celui des peuples indoeuropéens. Ceux-ci ont; en effet, une tendance à varier beaucoup plus grande que les autres familles ethnologiques, parce qu’ils possèdent la forme idéale du type humain dans sa plus grande pureté.
Les propriétés qui proviennent des influences extérieures appartiennent d’ailleurs toujours aux différences les plus insignifiantes et les moins apparentes; elles no doivent occuper qu’une place secondaire dans un tableau général du règne animal et du règne végétal. Mais elles ont une haute importance pour le but que nous poursuivons, parce qu’elles nous font comprendre une grande partie des propriétés de toutes les anciennes créatures vivantes détruites. L’identité typique de ces êtres organisés, avec ceux qui vivent actuellement, prouve la justesse de notre théorie et ne laisse subsister aucun doute sur la concordance du plan d’après lequel les organismes de ces époques ont été créés avec le principe idéal de l’organisation actuelle. En général, la diversité de ces créatures primitives est moins grande, mais les individus sont souvent en nombre plus considérable : circonstances qui ont évidemment pour cause les conditions extérieures de ces époques. En effet, les agents extérieurs, cl notamment les zones, ne présentaient pas encore des différences aussi tranchées qu’aujourd’lmi, et la puissance d’ali-