CHAPITRE XIX
menlation du sol était plus grande pour les individus isolés, parce que les espèces, aux besoins desquelles il avait à pourvoir, étaient moins nombreuses. La quantité de matière organique peut même avoir été proportionnellement plus élevée qu'aujourd’hui, et sa distribution était certainement différente. Quelques espèces végétales, aux formes bizarres, recouvraient alors, avec une multitude prodigieuse d’individus, les premières terres fermes émergées, et par leur uniformité générale produisaient un aspect monotone. Aucun Mammifère n’habitait les forêts, aucun Oiseau ne décrivait ses courbes autour des sommets élevés des arbres, toute la création était silencieuse et plongée dans un assoupissement d’oppression, aucun être doué do voix n’était encore sorti des lianes de la Terre. Les habitants muets des eaux, sans rapidité dans leurs mouvements et se (rainant lentement, ou même lixés au sol, peuplaient les abords de ces lies primitives, qui ne portaient encore aucun arbre à fruit, et sur lesquelles ne s’épanouissait aucune lleur. S’il existait quelque Reptile rampant dans ces fourrés, il était là, aux aguets, pour s’emparer péniblement des animaux marins qui lui servaient de nourriture. Il était le seul être de grande taille qui peuplât les îles couvertes de forêts de ces mers immenses.
Mais n’oublions pas que nous ne pouvons tenter de donner un tableau de la vie dans chacune des périodes de création, avant d’avoir appris à connaître les formes de l’organisation dont nous pourrons alors admirer les représentations. 11 faut donc que nous commencions par donner une description systématique des formes animales et végétales d’après leurs principaux types1.
Le règne végétal, considéré dans un ensemble systématique, se présente avec un aspect très-simple, et on peut en résumer les traits dans un tableau court et succinct. Au degré le plus bas, on trouve d’abord des plantes composées de cclhiles uniformes et chez, lesquelles il n’existe pas encore d’axe et de rayons périphériques distincts. Ces plantes sont placées sur l’échelon le plus bas de 1 organisation. Outre la tige cl les feuilles, elles manquent encore de rameaux, de Ileurs, de fruits et de graines, puisque toutes ces par-
* Nous avons été obligé do renoncer à intercaler dans le texte les figures «le ces types principaux, à cause de la trop grande place qu’il nous eût fallu pour cela. On peut suppléer à cette lacune, pour le chapitre présent, en consultant l 'Alla* de botanique publie en quarante tableaux, chez G. Reimer, à Berlin ^1845, in-4°). Le lecteur y trouvera ligures les organes caractéristiques «le toutes les plantes que nous citons.
tics des plantes supérieures ne sont que de simples modifications de l’axe et des rayons. La distinction entre la tige et les feuilles n’existant point, toutes les autres parties dérivées doivent nécessairement manquer aussi. Les plantes ne se multiplient que par segmentation de cellules détachées de leur tissu. Ces cellules portent le nom de spores. Ces plantes sans feuilles (PL aphyllæ) embrassent trois groupes du règne végétal, les Champignons , les Algues et les Lichens. Chez les Champignons, qui ne croissent qu’à l’air dans les lieux humides, et aiment les endroits obscurs, le type est massif, globuliforme, noueux et en parasol ; chez les Algues et les Lichens, il tend à s’élargir en feuille. Dans les premiers, on ne retrouve que la forme de l’axe; dans les seconds, au contraire, celle des rayons périphériques. Les Algues ne croissent que dans l’eau, les Lichens dans les lieux secs. Les premières forment la population végétale primitive des mers et des lacs ; les seconds s’attachent sur les rocs dénudés et sur le sol dur et desséché. Les Champignons, au contraire, sont dans la dépendance d’autres organismes et se développent de préférence snr les cadavres et les excréments. Les Algues et les Lichens ont laissé les traces les plus anciennes cl les plus primitives du règne végétal ; et aujourd’hui encore, on les trouve comme premières formes organisées, là où aucune autre vie ne peut se développer.
La nature a déployé toute la richesse de scs ressources dans les innombrables espèces de ces trois groupes. Elle s'élève ensuite à des types plus parfaits avec tige et rayons ; mais ces derniers n’existent que sous leur forme la plus élémentaire, comme rayons simples, attachés à la tige, ou feuilles. Les piaules de ce second degré manquent aussi de fleurs, de fruits et de graines; et leur reproduction s’exécute au moyen de spores qui se forment dans des capsules particulières, bien que, comme chez les précédentes, ces spores ne se composent que d’un tissu cellulaire simple et homogène, mais sont douées d’une organisation plus régulière. Ce groupe de plantes comprend les Mousses, caractérisées par l’exiguïté de leur taille, leur tissu peu consistant et la délicatesse de leurs formes. Elles habitent les mêmes lieux que les Lichens et les Algues d’eau douce ou Conférées. Un de leurs membres, la Sphaigne des tourbières, joue un rôle important dans l'économie de la nature.
Jusque-là les cellules de l'organisme végétal ne subissent aucune