CHAPITRE XIX
modification essentielle, elle sc retrouvent dans toute la plante avec une forme assez identique; niais cette homogénéité élémentaire ne suffit plus pour la vie plus complexe des plantes d’un degré supérieur. Nous rencontrons donc, à partir de ce point, à côté du tissu cellulaire primitif, des faisceaux de cellules allongées au milieu desquelles il vient s’en placer d autres d’une nature particulière, et caractérisées par le tissu fibreux qui revêt leur paroi interne (vaisseaux spiraires, scalariformes et ponctués). Ces cellules acquièrent un grand degré de résistance par l’épaississement de leurs membranes. Les faisceaux donneut de la solidité à la substance végétale, et on les appelle faisceaux ligneux, ou faisceaux vasculaires, parce que autrefois on regardait leurs éléments comme des vaisseaux ou tubes, forme qu’ils ne prennent, en réalité, que peu à peu par la disparition des cloisons inlcrccllulaires; leur présence dans le tronc et dans les feuilles sert à caractériser le troisième groupe principal du règne végétal, dans lequel- les deux éléments primordiaux de la plante, 'l'axe et les rayons, existent seuls, mais ne sont pas encore accompagnés de leurs modifications supérieures, les fleurs, les fruits et la graine. Ces végétaux prennent le nom de plantes vasculaires sans graine [PL vasculares acotyledoneæ) ; comme les Mousses, elles ne produisent que des spores renfermées dans des capsules d’une forme particulière. Lorsque ces capsules sont attachées à l’axe, le groupe s’appelle caulocarpæ ; fixées aux rayons, phyllocarpæ. Ces deux familles végétales ont joué un rôle très-important dans le monde primitif, et ont été, pendant de longues périodes, les premiers représentants du règne végétal. Aujourd’hui la seconde seulement possède des espèces arborescentes, mais sous les tropiques seulement. Chez nous, elles n'existent plus que dans les types nains des Prèles (Equisetum) et des Fougères ( Filices ).
Avec la métamorphose des feuilles en fleurs commence un type d’organisation plus élevé, constituant le quatrième groupe principal du règne végétal. Les membres de ce groupe ont pour éléments de leur texture interne du tissu cellulaire et des vaisseaux ligneux ou vasculaires, possèdent un axe et des rayons; et, de plus, des axes secondaires modifiés, ou fleurs. Ils portent des fruits et des graines véritables. La structure de ces dernières présente, trèscaractérisée, une particularité qui sert à établir les distinctions fondamentales entre des types différents. Le germe de la jeune plante
dans la graine, l'embryon , esl protégé ou bien par une seule feuille (valves de la //raine, cotylédons) ou par deux ou meine par plusieurs. Ce caractère a fait distinguer les végétaux supérieurs en monocotylédones et dicotylédones. Les monocotylédones, dont l’ensemble des individus constitue le quatrième degré de l’échelle générale du règne végétal, ont des faisceaux vasculaires disséminés dans la tige cl presque toujours ne possèdent aucun axe latéral simple, ou rameau. Leurs feuilles ne présentent aucune différence apparente entre la face supérieure et la face inférieure, et ne montrent que rarement des nervures ramifiées saillantes ou expansions de leurs faisceaux vasculaires ; elles ne sortent pas subitement et à un point déterminé de l'axe, mais elles vont en se rétrécissant lentement de la pointe à la base. Dans leurs Heurs, le plus souvent, rien ne distingue le calice de la corolle. Le nombre 5 est le nombre dominant; et la graine, comme nous l’avons dit, n’a qu’un cotylédon. Les Graminées, les Palmiers, les Uliacées cl les Musacées constituent les principaux types de ce grand groupe du règne végétal, représenté actuellement sous la zone tropicale par les plus belles et les plus riches plantes. Elles y atteignent au degré de perfection le plus élevé auquel les monocotylédones puissent prétendre. Chez les Graminées, la fleur est réduite à sa forme la plus élémentaire, sans enveloppe colorée, irrégulière, et ses rayons n’ont rien d’essentiellement différent des feuilles de la tige; les fruits sont simples, la tige est presque toujours creuse. Ces formes imparfaites font un contraste frappant avec le rôle considérable que les Graminées jouent dans l’économie de la nature. Ce sont elles, en effet, qui, avec leurs diverses parties, constituent la base principale de l’alimentation des animaux herbivores. L’Homme lui-même leur doit l’adoucissement de scs mœurs, puisque toute civilisation commence par l’agriculture.
Les Palmiers, caractérisés par leur tige élancée et flexible, par leur magnifique et riche feuillage, se rattachent aux Graminées par leurs fleurs incolores et leurs fruits comestibles fdattes, noix de coco), ainsi que par la farine (sagou) qu'ils produisent; mais la régularité de leurs fleurs et la structure de l’axe et des rayons les placent à un degré d’organisation supérieure. Ils habitent les tropiques, remplissent d'admiration et d’étonnement celui qui les voit pour la première fois; mais ils le cèdent de beaucoup aux Grami-