CHAPITRE XXI
Continuation! — Animaux articulés.
Le groupe du règne animal <|ui porte le nom d 'animaux articules Arthrozoa) est le plus varié et le plus vaste de tous, plus riche en espèces ijue tous les autres réunis, plus riche même que le règne végétal. Un corps allongé, divisé en sections plus ou moins marquées, égales ou inégales, constitue le caractère unique et le plus important qui soit commun à toutes les formes, cl les distingue des autres groupes. Ce corps est toujours pourvu d’une bouche à l’extrémité antérieure, mais l’anus peut manquer : lorsqu’il existe, il est placé à l’extrémité postérieure opposée à celle de la bouche. Entre ces deux orifices s’étend, à travers tous les anneaux, un canal digestif en ligne droite. Lorsque l'anus n’existe pas, ce canal forme un intestin divisé en deux branches, qui souvent envoie des ramifications latérales et se termine en cul-de-sac. Dès que le canal intestinal est bien développé, on voit apparaître des vaisseaux sanguins et des nerfs ; les premiers, sous la forme d’un tube longitudinal placé à côté du canal intestinal et envoyant des ramifications à chaque anneau ou à certains points espacés régulièrement; les derniers sous la forme d’un cordon double prolongé sur toute la longueur des viscères abdominaux, avec un nœud (ganglion) à chaque anneau servant de point de départ à des filaments. Un ganglion principal, situé au-dessus de l’œsophage, envoie des filets dans les organes du tact, de l’odorat et de la vue, qui existent toujours à ce degré de l’organisation. On a longtemps cru à l’absence d'organes respiratoires particuliers, parce qu’ils sont remplacés par la peau externe ; mais on les rencontre aussi, soit à l’intérieur, soit à l’oxté-
rieur, disposés par paires sur les côtés du corps. Les organes de reproduction mâles et femelles existent toujours, d’abord sur un même individu, séparés ensuite. Telles sont les conditions essentielles les plus générales de l’organisation des Articulés ; cependant il y a beaucoup de membres de ce vaste groupe non encore en possession complète des organes que nous venons d’énumérer.
Faire dériver d’un ensemble d’éléments aussi peu nombreux une diversité de formes plus grande que celle d’aucune autre catégorie des corps naturels, était un problème à la solution duquel ne pouvait pas suffire le système de modifications ordinaire. Plusieurs genres de ces modifications sont donc employés simultanément et, par l'accumulation déjà décrite des différences, produisent une progression extrêmement lente dans la série des Articulés et rendent difficile la distinction tranchée des groupes, sans que cependant elle devienne impossible. Trois conditions distinctes paraissent présider à la fois à cette progression : d’abord la dérivation de formes héléronomes à nombre constant de types homonomes indéfinis; ensuite l’accommodation d’un type donné aux différences fondamentales des milieux ; enfin le parasitisme. Chacune de ces trois causes produit une modification particulière et, comme ces conditions reparaissent aux divers degrés de développement, elles impriment un mouvement un peu complexe dans l'évolution lente de tout le type jusqu’à son point extrême d’achèvement. Ces trois causes modificatrices, du reste, n’agissent point chez les premiers animaux de notre groupe et ne commencent à montrer leurs effets que chez une partie des Vertébrés : circonstance importante qui a pour conséquences nécessaires la grande unité des formes et les transitions moins douces d'une forme à l’autre que nous observons dans tous les groupes antérieurs et postérieurs. Les idées d’homonomité et d’hétéronomilé ne sont possibles que là où le corps entier est un multiple de parties élémentaires simples : ce qui n’avait lieu ni chez les animaux réguliers, ni chez les animaux symétriques considérés jusqu’ici. Leur corps se présente sous l'aspect d’une forme indivise et non comme un composé de parties semblables ou dissemblables. D’un autre côté, nous verrons le type hétéronome apparaître chez les Vertébrés comme base de leur corps et par conséquent effacer toutes les formes homonomes. Il n’en est pas absolument de même de la cause de différenciation, qui repose sur l’ac-