CHAPITRE XXII
mi nombre indéterminé. En outre, tous les Poissons, même ceux qui n’ont point de nageoires paires analogues aux extrémités, présentent des nageoires impaires sur la ligne médiane du dos et de la queue jusqu’à l'anus. Ces nageoires existent aussi chez des Reptiles, mais sans dépasser la queue, et sans être soutenues par des os particuliers, qui, au contraire, se trouvent ordinairement dans les nageoires impaires des Poissons. Sans doute, il y a aussi des Reptiles nus et écailleux, complètement dépourvus des membres pairs, mais ils sont toujours en même temps privés de ces appendices impairs, en forme de nageoires, qui disparaissent facilement chez les Poissons sans nageoires paires ou véritables extrémités. Enfin, la position de l’orifice urinaire et sexuel isolé et unique, placé derrière l'anus, est encore un bon caractère extérieur des Poissons , attendu que chez les Reptiles l'anus est toujours situé en arrière des autres orifices, et que tous trois se rendent dans une cavité (cloaque), ayant une seule ouverture extérieure. A cet égard, les Reptiles sont complètement semblables aux Oiseaux. Malgré cela, les Mammifères et les Oiseaux sont au fond plus rapprochés entre eux, à cause de la chaleur de leur sang et de tout le corps, caractère auquel correspond une intensité plus grande de la respiration empêchée chez les Reptiles, même chez les écailleux, par une cloison quoique imparfaitement percée entre les ventricules du cœur. Sur ce point les Reptiles se rapprochent plus des Poissons que des Oiseaux et des Mammifères, bien que par le squelette, ils se rattachent plus aces derniers qu’aux premiers. D’un autre côté, le mode de poule des œufs des Oiseaux est si analogue à celui des Reptiles écailleux, qu a cet égard il y a réellement entre ces deux classes une plus grande affinité qu’entre les Oiseaux et les Mammifères qui enfantent leurs petits vivants. La couvaison, dans laquelle la température élevée du corps de l’Oiseau joue le rôle essentiel, et qui, d’après de nouvelles observations, est nécessaire aussi pour le développement de quelques Reptiles, par exemple le Boa constriclor (Python bivittatus), produirait cependant ici une différence rendue encore plus tranchée par la manière dont les Oiseaux élevent leurs petits en leur donnant la becquée, ce qui n’est pas sans analogie avec l’allaitement des Mammifères. Ces considérations, que l’on pourrait facilement étendre encore, mettent suffisamment en lumière l’affinité intime des Vertébrés ; elles confirment et éclairent ce que nous avons dit antérieurement sur l'extension des di-
vers critériums déterminants des groupes, et font voir une harmonie frappante entre le schéma de développement des Articulés et des Vertébrés; chez les premiers, en elïet, le point central des oppositions extrêmes, déduites de la constance du nombre des anneaux thoraciques, tombait immédiatement dans le groupe des Crustacés et les divisait en deux moitiés, dont l'une se rattachait plus aux Arachnoïdes et aux Insectes et l’autre aux Vers. Chez les Arachnoïdes, que l’on peut mettre en parallèle avec les Mammifères en tant qu’animaux terrestres, les formes hoinonomcs se reproduisent dans le type vermiforme, de même que les Cétacés introduisent le type Poisson au soin des Mammifères ; en outre, la différence profonde dans les métamorphoses chez les Insectes se compare sans difficulté aux deux modes de développement des Oiseaux, les uns éclosant forts et quittant aussitôt le nid, les autres débiles et gardant le nid quelque temps. Ici il n’existe point de limite tranchée entre ces deux modes d’éclosion des petits ; il en est de même entre les métamorphoses complètes et incomplètes. Cependant on doit employer ces deux circonstances comme élément de classification. Nous ne pouvons point ici poursuivre plus loin ces rapports intéressants ; je me réserve de le faire dans un autre lieu, où mon but sera, plus que maintenant, de descendre dans les profondeurs de la science. Puissent ces indications suffire pour donner à mes lecteurs un avantgoût des spéculations, auxquelles on peut s'élever en combinant et rassemblant tous les matériaux positifs de la zoologie pour atteindre à une conception philosophique de cette science. Nous allons procéder brièvement à l’énumération des espèces que renferme chaque classe de Vertébrés.
Les Poissons (Pisces) ont, comme caractère distinctif le plus essentiel de leur structure, une différence profonde dans la dureté de leur squelette qui ne s’ossifie pas toujours, mais conserve, dans plusieurs cas une composition cartilagineuse complète ou partielle. On les distingue donc en Poissons osseux (Osteacanlhi) et Poissons cartilagineux (Chondrachanli). Ici encore, il existe de nombreux degrés intermédiaires avec lesquels on ne peut établir dans les classifications une limite aussi tranchée que semble le permettre l’énonciation pure et simple de cette différence. Ainsi, par exemple, dans le crâne des Poissons osseux, las sutures entre chacun des os de la tête restent toujours apparentes, mais manquent aux Poissons carti-