‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 209 sur 295 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

organique, ses formes se multiplient, et les individus y acquièrent une plus grande force et un plus grand développement. Cette loi se manifeste dans le règne végétal, mais dans une mesure plus faible que dans le règne animal. Les formes imparfaites des Mousses et des Liehens sont bientôt remplacées par des formes arborescentes; d’abord par les arbres à feuilles aciculaires ou Conifères , puis ensuite par les arbres à feuillage et à fleurs en chaton (Amentacées) . Mais la zone tempérée suflit seulement à donner le puissant développement que nous voyons se réaliser ici dans les Chênes, les Hêtres, les Aunes, les Bouleaux, les Peupliers et les Saules. Ce n’est qu’au delà des tropiques ou sur leurs limites qu’apparaissent les géants des végétaux, les Palmiers flexibles ou les Urticèes, les Yitice'es et les Malvuc-ees arborescentes, auxquels se joignent les My rtacées, les Aurantiacées et les Maynoliacées (p. 40‘2, 405), dont les fruits et la fleur sont complets. Le Musa (p. 399), qui réunit en lui seul presque tous les genres de perfection se trouve toujours dans les paysages des tropiques, animés par les Palmiers, l’Arbre à pain et les Orangen. Le règne animal, sous ce rapport, est soumis à des lois toutes différentes, il s’accroît, il est vrai, par le nombre et la diversité des espèces, à mesure qu’on s’éloigne du pôle vers l'équateur, mais la taille des individus ne suit pas la même progression. Les colosses du règne animal, les Haleines, vivent dans la zone glacée: et parmi les animaux terrestres, l’Ours polaire l’emporte par sa taille sur tous les animaux de proie de la Terre, et le Renne sur toutes les espèces de Cerfs, du moins par la dimension relative de sa ramure. Toutefois cette exception vaut, comme règle générale, seulement pour les Mammifères. La zone tropicale, au contraire, renferme les plus grandes espèces d’Oiseaux, de Reptiles et de Poissons; les Mollusques, les Articulés et les Vers obéissent à la même loi. Les Polypes et les Rayonnés, dont le corps est en général assez petit, ne l’emportent pas sous les tropiques par la taille des individus, mais par l’abondance- des innombrables espèces qui y déploient une prodigieuse fécondité. Les organismes, habitants des mers, ne sont donc pus soumis aussi étroitement aux diversités des zones et des climats. La vie s’est dévelop péc partout avec uniformité dans cet élément, et elle s’y est maintenue d’autant plus indépendante des différences relatives de ce milieu, qu’elle a été, à son origine première, plus sous l'influence dominante de l'eau en tant qu’élémcnt vital.

Si maintenant nous suivons dans nos considérations une direction de l’Est à l’Ouest, nous arriverons à des résultats tout différents. A part quelques déviations peu importantes dans la courbure des lignes isothermes, nous rencontrons, en marchant dans ce sens, sur toute la surface terrestre des organismes avec des caractères semblables, et on reconnaît promptement que les changements périodiques amenés par le cours alternant des saisons dans chaque zone, produit des résultats généraux identiques pour les mêmes parallèles. L'Amérique du Nord, comme l’Europe, a ses forêts épaisses composées de Chênes, de Hêtres, de bouleaux et de Conilères; elle a ses prairies richement gazonnées, et sa faune tout à fait correspondante aux nôtres. Cependant avec un peu plus d’attention chaque arbre et chaque animal indigène se distingue des nôtres par quelque différence. Le même fait se répète en Sibérie et sur le plateau central de l’Asie. L’empreinte générale de la nature reste la même, mais l'identité absolue des formes se perd plus nous nous éloignons d’un lieu vers l’Est ou vers l’Ouest. Mais ce ne Sont pas seulement les espèces qui nous apparaissent comme nouvelles dans ce déplacement; nous y découvrons aussi des genres et des familles inconnus, tandis que d’autres disparaissent ; ou bien encore, ils deviennent plus abondants, plus riches en espèces que sur le côté opposé du Globe. L’observateur attentif reconnaît cependant que ces traits particuliers ne modifient guère la physionomie générale, et que les zones froides, tempérées ou chaudes, à altitude égale, donnent une empreinte semblable à leurs produits. Mais les différences, révélées seulement à l’observation minutieuse des formes, sont celles qui excitent au plus haut point l’intérêt du naturaliste. H les étudie avec préférence, pour y trouver l'uniformité des lois au milieu de la diversité des phénomènes, et découvrir leur cause première.

Deux circonstances ont une inllucncc prépondérante sur ces différences, savoir, de vastes étendues de mer et de hautes et longues chaînes de montagnes. Les mers n’ont en fait qu’une importance médiocre ; mais l’influence la plus marquée appartient aux Océans, qui embrassent les parties du monde dans leurs vastes replis et les séparent. Entourée de toutes parts par les eaux, l'Amérique est par ses êtres organisés, non-seulement plus éloignée, des continents orientaux qu’aucun de ceux-ci ne se distingue des autres par scs habitants, mais encore elle nourrit sur sa longue arête un monde

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