CHAPITRE XXIII
de créatures plus uniforme que celui de noire partie du inonde. Ne présentant aucun autre accident que la chaîne de montagnes qui le traverse du Nord au Sud le long de son rivage occidental, ce continent nous offre des formes aussi spécialisées que le permettaient ses conditions climatériques. C'est là que nous trouvons les singulières Cactées, la Sarit/ue carnivore munie de mains aux membres postérieurs, le Cochon d'huk , les Paresseux velus, les Tatous, les Colibris, les Toucans, les Tanotjrdides aux couleurs bigarrées, et des Pénélopides nettement caractérisées. Mais la chaîne des Andes modifie profondément son caractère, surtout dans l'Amérique du Sud, mi elle exerce une action dominante. J.e Lama, l’unique animal domestique d’origine américaine, habile ainsi que le Mays exclusivement sur le versant occidental des Cordillères et sur leurs plateaux élevés. Les peuplades occidentales, avant l'arrivée des Européens, ne. possédaient aucun animal domestique donnant du lait, et aucune graine propre à faire du pain n'y était connue avant que les Céréales d'Europe y eussent été introduites. L'Amérique, en dehors de la Pomme de terre, ne produit aucun végétal nutritif d’une utilité autre que pour satisfaire aux besoins du luxe. Cette partie du monde u’est donc pas seulement la plus jeune, mais encore la plus pauvre, la plus simple et la plus limitée dans son développement organique. Elle doit la place prépondérante, qu’elle est destinée à prendre dans l'histoire du monde, uniquement aux importations que le vieux continent oriental lui a fait parvenir, et dont il l’a enrichie moins par alfeetion et bonté que, pour satisfaire son avidité et son égoïsme.
Nous trouvons des conditions tout autres sur le continent oriental : sur l’Asie, ce berceau de la civilisation, sinon de l’espèce humaine; sur l’Europe, ce foyer de la lumière et du progrès: sur re> deux parties du inonde d’où l’Homme est parti pour produire tout ce qu’il a fait de grand et sur lesquelles la force créatrice de la Nature a fait apparaître à la vie ses créatures les plus belles, les plus nobles et les plus utiles. Ici nous n’avons plus à admirer Eanifurmité des formes; nous sommes, au contraire, surpris par leur variété et leur multiplicité. Cependant l'hémisphère occidental de notre planète n’a aucun système de montagnes qui le divise complètement et le partage en régions distinctes. On dirait que les m lluences telluriques ont eu besoin d’une action moins énergique pour donner cette diversité de formes aux éléments organique« mwlifia-
blés. Nous allons tâcher d’en esquisser exactement les traits généraux.
Sur la surface plus vaste du Vieux monde habite non-seulement un plus grand nombre d’espèces, mais, de plus, la multiplicité des individus y a toujours été plus grande. Le total des organismes du Continent oriental est supérieur en nombre au moins de moitié sur le Continent occidental. Comme il n’est pas également peuplé sur toute sa surface, le type de l’organisme n’y est pas le même partout, circonstance qui lui vaut sa supériorité sur son voisin occidental. Mil peut y distinguer quatre grandes régions qui se subdivisent de nouveau en divisions secondaires. La première région asiatico-enropéenne comprend toute l’Europe, le nord de l’Afrique jusqu’à l’Atlas, le nord de l’Asie jusqu’au plateau de la Tartarie et les contrées des mers Caspienne, Noire et Méditerranée. Elle embrasse donc, à l’exception de l’Inde, tous les pays sur lesquels l'Homme s’est élevé de temps immémorial au plus haut point de culture et où cette civilisation resta limitée, jusqu’à ce que des émigrants partis de ce point, la portèrent au dehors dans les contrées lointaines. Les vastes forêts de Conifères au Nord et d' Amentacées au Sud, les innombrables Ombellifères et Crucifères au Centre, les Lauriers, les Myrtes, les Girolles dans la partie méridionale, donnent à cette région son caractère, particulier connu depuis longtemps. Tous nos arbres fruitiers et toutes nos plantes alimentaires croissent dans son étendue; elle est le berceau de tous les animaux domestiques. Mais on n’y peut trouver aucun type zeologique particulier, aucune forme végétale qui lui appartienne exclusivement. La chaîne des Alpes et ses prolongements sous le même degré de latitude séparent un tiers de celte région dans le Sud et forment un ensemble de pays disposés en ceinture autour de la Méditerranée, doués d’une physionomie propre. Le Daim y est le représentant du genre auquel il appartient, de même que le Cervus elaphus pour la partie moyenne, et le Renne pour le Nord dénué d’arbres à fruits. Ici habite l’Ours polaire; dans la zone moyenne, l’Ours brun; au Sud, le Lion , le plus puissant des carnassiers. Là croit seulement le Bouleau, ici le Châtaignier; entre eux le Hêtre et le Chêne qui leur servent d’anneaux. intermédiaires.
■Deux grands territoires indépendants s’étendent au sud de la région asiatiro-européenne : ce sont l’Afrique, à l’ouest ; l’Inde, la Chine et les îles de la Sonde, à l’est. L’Afrique est la partie du
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monde la plus spécialisée de l’hémisphère occidental. Ses vastes étendues de terre sans eau prouvent qu’il n'y existe que des chaînes de montagnes insignifiantes et que l’intérieur du continent forme un grand plateau uni. La physionomie particulière de son organisation s’étend d’une extrémité à l’autre avec de légères modifications. A l’exception de la Guinée, au nord, isolée sur les côtes de la nier |wr des montagnes, et du Cap placé dans les mêmes conditions, l’Afrique a donné naissance à un seul type organique général répandu à sa surface. Les forêts et les prairies, ces sources d’où découle toute vie organique abondante, lui font défaut. La végétation n’a pu se développer que sur les côtes humides et dans les bassins supérieurs des grandes rivières; les animaux nomades ont trouvé tles voies de communication d’autant plus faciles sur ces vastes contrées. D’innombrables Antilopes, parure délicate de ces plaines sans bornes, paissent sur le sol d'Afrique. Des Chevaux rayés ou Zèbres, servant de trait d'union entre le Cheval domestique et l’Ane, se rattachent à ces deux espèces, tandis que la Girafe, solitaire ou vivant en petits groupes, nous offre, avec son aspect bizarre, une des formes les plus particulières à la faune africaine. Outre la paisible famille des Ruminants, cette partie du monde possède encore V Hyène féroce, le lourd Hippopotame, l’affreux Haboin, la gigantesque Autruche et la gracieuse Pintade.. Il faut aller en Guinée pour trouver une déviation au type général. C’est, en effet, dans cette contrée que l’on rencontre V Adansonia, l’arbre le plus gigantesque; les grands Coléoptères et les splendides Golialides. .Mais le Zèbre, la Girafe et l'Antilope y manquent, sans doute parce que l’étendue resserrée des côtes ne suffit plus à leur genre de vie.
La région asiatique du Sud-Est avec ses vastes plaines, ses larges fleuves, ses puissantes montagnes et ses groupes d'iles contigus, prend un aspect tout autre que l’Afrique. La variété y règne plus que sur aucune autre partie de la Terre. Aussi est-il difficile de résumer en peu de mots les caractères qui la spécialisent. A côté de l’antique civilisation de l’Inde sans souffle aujourd’hui, on se trouve en face de la civilisation chinoise, enchaînée depuis des siècles à un point qu’elle ne peut dépasser. Puis vient la race malaise, dont l’éclat s'est momentanément évanoui. Peut-être verra -t-elle renaître une nouvelle splendeur au contact de l’influence européenne. Tels ces peuples nous apparaissent dans l'histoire, telle est la nature or-
gamque de leurs pays. L'Éléphant, gigantesque et rusé, montre la puissante fécondité de ce sol, tandis que le Tigre, le plus grand et le plus terrible carnassier de la Terre, ainsi que les ouragans de ces contrées, annoncent le déchaînement de la passion, qui, dans son riche épanouissement, ignore la douleur et le besoin. Nous sommes flans la patrie du /Îiî, la plus féconde des Céréales de la Terre; là croissent les plantes les plus nobles, le Cotonnier, le Théier, le Ctnnellia; là vivent les Chevrotains, le Ver à noie, et les espèces utiles de Gallinacés domestiques, les Faisans, le Paon. A l’Est, l'Oiseau fin parailis, à l’Ouest, 17 Initie perlière forment les types extrêmes les plus remarquables de cet ensemble d’organismes.
La Nouvelle-Hollande avec les îles de l’Océan austral forme une quatrième région organique. Elle se décompose en deux divisions naturelles, l'une occidentale et l’autre orientale. La première comprend les archipels australiens ; la seconde, le continent. Cette région a un caractère encore plus original que l'Afrique, mais elle est moins richement peuplée. Tous les quadrupèdes qu’elle possède sont des Marsupiaux avec quelques Hongcurs, et le Chien répandu partout. Ses arbres, aux tons grisâtres et aux feuilles étroites, caractérisent tout autant ses forêts sans ombre et aérées. Ses curieux Ornithorhynques, ses Kanguroos et ses Phoques, munis d’une trompe et répandus sans doute dans' l’Océan Austral jusqu’en Amérique, n’ont de semblables nulle part. La Polynésie est encore plus pauvre en formes qui lui soient propres. Aucun Mammifère n’a pris naissance sur ces îles ; aucune riche famille végétale n’en recouvre le sol. Les Cocotiers et l’Arbre à pain sont, les plantes utiles de ces iles,. le dernier seul y est indigène. Des Eucalyptus gigantesques peuplent les rivages jusqu’au bord de la mer, mais ils ne produisent point de fruits succulents, et aucune parure de Heurs ne vient les orner. L’uniformité de la nature a entraîné à sa suite la simplicité des mœurs et de la vie ; mais elle a développé, au plus haut degré, l'esprit industrieux des habitants et les a préparés à recevoir une culture intellectuelle supérieure. Jamais peuplades sauvages ne marchèrent plus rapidement dans le chemin de la civilisation que celles des îles de l'Océan Austral. Et cependant leur climat tropical, tempéré par le voisinage de la mer et l’humidité, n’exigeait point d’eux de grands efforts et répondait par d'abondants produits au moindre travail.