‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 218 sur 295 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

traces des faisceaux vasculaires brisés. Dans les intervalles de ces cicatrices, l’écorce rude et fibreuse est à nu. A la partie supérieure sur la jeune tige (1), ces empreintes sont serrées les unes contre les autres; et des feuilles, munies de forts pédicules, partent de la pous e la plus récente. Dans la partie basse (2) où la tige continue à s'allonger, les empreintes des feuilles s’écartent peu à peu les unes des autres et donnent lieu à la naissance de longues callosités dirigées vers le sol, comme la pulvinule des feuilles. La coupe

Fig. 33. — Fougères de l’époque primaire.

1-2. Cyathea arborra ; 4 el 5. Paaroniut Gulbierii ; 6-9. formes diverse* de feuilles de Fougère».

(3) représente au-dessous de l’écorce un anneau non continu de faisceaux vasculaires. Chacune des interruptions correspond à l’insertion d’une fronde. L’intérieur de la tige est occupé par un tissu ulriculairc peu serré. Nous pouvons observer les mêmes caractères sur une foule de tiges fossiles trouvées dans les houillères qui appartiennent aux genres Caulopteris ou Protopteru, quelques-unes même proviennent d e Sigillaria . Les Marattiacées étaient encore plus abondantes ; elles se trouvent plutôt dans le grès rouge que dans la formation carbonifère. Les pierres étourneau (Psaromus), restées si

ft

m HISTOIRE DE LA CRÉATION.

longtemps ii l’état d’énigme et sur lesquelles on a tint discuté, appartiennent à ce genre. Ce sont des troncs de Fougères silicifiés1, n’ayant point au-dessous de l’écorce un anneau de faisceaux vasculaires, mais dans lesquels ces faisceaux, assez nombreux, occupent toute l'épaisseur du tronc jusqu’à son axe et sont placés en disposition alternante (5). L’écorce était de nature spongieuse. On y reconnaît, dans quelques cas rares, les cicatrices laissées par les feuilles. Mais le plus souvent la tige est entourée de nombreuses radicules silieiliées et qui, empâtées dans la matière calcédonique, forment un tout compacte avec elle. Ce sont elles qui donnent à ces végétaux pétrifiés (ou dendrolithes) l’aspect ponctué blanchâtre qui leur a valu leur nom. Ordinairement le tronc, entouré de nombreuses radicules, est petit, grêle et couvert d’empreintes. Il est rare d’en rencontrer sans radicules. Ce sont probablement des fragments provenant des parties supérieures de la tige. On y distingue les cicatrices de feuilles en quinconce, sur deux séries opposées et disposées au milieu des écailles qui recouvrent le tronc. On ne connaît pas encore les frondes ni les fruits. Les feuilles des Fougères ne se sont point silieiliées; elles ne se sont conservées qu’à l’état d’empreinte dans les schistes argileux ; mais elles n'existent plus dans les grès où gisent les troncs. Elles sont très-abondantes dans les grès, surtout dans ceux qui recouvrent les gisements de bouille. Leur lorme est tout à fait analogue a celle des espèces vivantes. Les feuilles simples sont rares et proviennent uniquement des genres Tæmopteris et Glossoplcris. Les feuilles divisées prédominent comme aujourd’hui. Leur disposition correspond à celle des faisceaux vasculaires. fiiez les Pecopleris (6), genre comprenant le plus grand nombre d’espèces (on en connaît environ 80), la principale nervure occupe le milieu de la feuille. Il en part des ramifications formant le centre des feuilles secondaires ou lobules et qui elles-mêmes sont simples ou divisées et envoient des ramifications sur les deux côtés. La forme générale de la feuille est donc simplement empennée, ou à empennures subdivisées. Les Sphenopteris ont des frondes inultiiobées et divergentes, avec des nervures simples ou ramifiées dans

* I,e numéro ♦ représente une coupe réduite de In tige du Pxaroniu* Gutbieri, provenant du district houiller de Zwickau. Lt partie noire centrale est le tronc, l/espaoe renfermé dans la ligne ponctuée [a] se trouve au-dessous en grandeur naturelle 5). On distingue In tige, avec ses faisceaux vasculaires et autour d'elle les radicules, par leur coupe.

CHAI'ITKE XXIV.

chaque lobe. Chez les Neuropteri» (7), les vaisseaux des feuilles pinnatifidcs se bifurquent plusieurs fois au milieu des feuilles latérales; et chez les Odontopteris, ils ne partent point pour chaque lobule d’une seule nervure centrale, mais naissent sur plusieurs points près de sa base. Dans les espèces où l’on rencontre cette disposition en éventail ayant un seul point de départ, on distingue les divers genres suivant que les folioles sont simples et pétiolées ( Cpclopteris ), simples et non pétiolées ( Hymtnopteris , 8), ou enfin profondément lobées ( Schizopteris ). Ces trois genres, ainsi que les précédents, ont des vaisseaux libres et isolés jusqu’au bord des feuilles. Dans plusieurs autres, tels que les Lonchopteris, Cluthropteris et Phlebopteris (9), les vaisseaux se ramifient en forme de réseau cl s'anastomosent comme les mailles d'un filet. Ces formes sont les plus rares. Pour résumer, on connaît environ trois cents espèces de Fougères dans la formation houillère.

Après cette famille de Végétaux vasculaires acolylédones que nous venons d'étudier, nous n'en retrouvons aucune aussi riche, ni dans cette formation, ni dans celles qui l'ont suivie. Dans les périodes postérieures, la végétation prend un caractère plus complexe et chacun de scs représentants affecte une organisation plus élevée. Nous constatons bien des traces très-claires de l’existence de Graminées et de végétaux analogues aux Palmiers appartenant à ces périodes; on y a retrouvé aussi en grande quantité quelques Conifères (par ex., Araucariæ), dont on a pu reconnaître les troncs (Pinites) et les feuilles (Cupressites) ; mais toutes ces plantes répandues dans les étages devonien, houiilcr et du zechstein n’ont jamais produit une végétation assez puissante pour fournir des matériaux suffisants à la formation de dépôts de houille. Nous ne pouvons donc pas les employer pour caractériser ces périodes. Si, d’un autre côté, nous nous retournons vers les représentants encore vivants des végétaux les plus communs de l'époque houillère, nous retrouvons encore des Lycopodium et des Fougères existant dans nos zones, mais ces plantes n’ont plus que des formes chétives sans aucune proportion avec les géants du monde primitif. Cependant il en existe encore aujourd’hui, sous les tropiques, des représentants ap|>rochant de leurs dimensions. Dans cette zone, ces plantes prennent un développement arborescent, caractère par lequel elles se distinguent de celles de zones tempé-

gitized by CjOOqIc

rées. Mais elles sont isolées et ne forment point d’épaisses forêts. Elles habitent de préférence les côtes de la mer, les rives des (lcuvcs, le long des ruisseaux et les îles. Elles prospèrent surtout sur ces dernières. On peut exprimer par des chiffres la quantité relative des plantes de diverses familles dans une région donnée, et déterminer ainsi le rôle que chacune de ces familles joue dans l’ensemble de la flore de cette contrée. Daus notre région, la proportion des fougères aux plantes à fleurs visibles (Phanérogames) est de t\. Ce rapport s’élève, au sud de l’Asie, sous les tropiques, à ; sur l'Amérique continentale, à ,'0; aux Antilles, : sur les îles de l’Océan austral de J- à J : enfin sur les iles isolées de Sainte-Hélène et Tristan d'Acunlia, aux J. Ce fait, joint à quelques autres particularités observées sur les végétaux acotylédones vivants actuellement, ont conduit les botanistes à conclure que ces plantes, pour se développer, avaient besoin d’une température moyenne élevée 1 et en même temps d’une atmosphère très-humide. Telles devaient être les conditions climatériques de la Terre lorsqu’elle produisait en grande abondance des Equisétacées, des Lycopodes et des Fougères gigantesques qui lui donnaient alors une physionomie particulière. l,a géologie vient encore confirmer cette hypothèse, comme le prouvent les considérations que nous avons développées dans les chapitres précédents. En effet, elle nous représente la Terre pendant cette période sous la forme d’archipels composés de nombreuses iles basses, couvertes de forêts et sur lesquelles régnait partout une température uniforme et élevée. Cette température semble même avoir été supérieure à celle des tropiques de nos jours. Celte conjecture s’appuie sur la taille gigantesque des troncs, qui excitent notre étonnement dans les amas des forêts enfouies. Elle s’appuie encore sur la rapidité avec laquelle les forêts submergées et détruites se reformaient de nouveau; elle s’appuie enfin sur l’abondance prodigieuse des diverses espèces de Fougères pendant une même époque. L’étude des conditions qui présidèrent à la croissance de cette llore, nous ramène, par l’expérience, au même résultat déjà formulé par anticipation (p. 395) sur le caractère de la Terre, pendant les temps

* Ia température moyenne des lieux où croissent encore aujourd'hui les Fougères arl>ot'esi'cntea, et en particulier les Marallmcccx, oseille entre 15*,‘2 Itéaum. (Cap et k2Âw,*2 Béaiim. .Maracaiho;. Pendant la péronle houillère, nos régions possédaient une tempéra^ turc moyenne au iiioiu* égale à celles-ci.

Page 1