CHAPITRE XXIV
primitifs, après l’apparition île la vie. Cette concordance nous prouve de nouveau qu’une opinion, ainsi corroborée de toutes parts, doit approcher très-près de la vérité. Souvenons-nous aussi des nécessités auxquelles est soumise l’organisation des plantes et rappelons-nous que toute matière végétale, organisée sous forme de cellules et de membranes, emprunte ses éléments au carbone et à l’eau et que ces corps sont absorbés, en partie par les racines, comme eau chargée d’acide carbonique, en partie par les feuilles sous forme d’acide carbonique. Une végétation abondante et puissante ne dépend donc pas seulement d’une atmosphère humide, mais encore d’un excès d’acide carbonique répandu dans l’air. Les recherches les plus récentes (p. 168) nous permettent d’affirmer que ces conditions existaient réellement pendant cette période. Cette constitution atmosphérique est très-nuisible aux animaux qui ont besoin d'air pour leur respiration, et ils en sont d’autant plus offensés que leurs organes respiratoires sont plus perfectionnés. Ceci nous explique clairement l’absence des Animaux terrestres, d’une organisation élevée, à sang chaud et doués de fonctions respiratoires énergiques. Les Reptiles seuls pouvaient vivre dans cette atmosphère. Aucun Oiseau ni Mammifère n'y respirait. L’action de cette atmosphère était moins nuisible aux Animaux inférieurs et à ceux qui vivaient dans l'eau. Dans leur organisation moins parfaite, la respiration joue un rôle moins considérable; et, d'un autre côté, l’acide carbonique a une action moins intense dans l’eau que lorsqu’il pénètre avec l’air dans les organes de la respiration. On peut encore ajouter que ces créatures ont pu apparaître à la vie seulement après que l’atmosphère eut déjà été purifiée par de grands amas de végétaux. Leur apparition avant ceux-ci est impossible. En effel, les végétaux sont indispensables à la subsistance des animaux, et ceux-ci ne peuvent s’assimiler aucun élément inorganique comme les plantes. Beaucoup d’animaux subsistent en dévorant d’autres animaux; mais ceux-ci empruntent leur nourriture uniquement au règne végétal. L’animal n'ajoute rien à sa substance qui n’ait déjà existé sous une forme quelconque à l'état d’organisme. Aucune vie animale ne peut donc avoir précédé dans les époques primitives de la Création l’apparition des organismes végétaux. Il est seulement- probable qu’ils se suivirent à peu de distance et qu’ils vécurent de très-bonne heure à côté l’un de l’autre.
La vie animale, durant ces périodes primitives, ne conserva point un caractère aussi uniforme que la flore ; elle subit des modifications plus profondes dans la série successive des terrains. Dans les étages inférieurs, appartenant à la formation des grauwaekes, les Éponges, les Polypes, les Rayonnés, les Mollusques prédominent; on y rencontre aussi de nombreuses espèces de Cruslacées et une assez grande quantité de Poissons, les premiers représentants de l’ordre des Vertébrés. Dans l’étage carbonifère, les Crustacés deviennent moins abondants, les Poissons, au contraire, se multiplient et les premiers Articulés terrestres, Scorpions et Insectes, apparaissent. Les Poissons conservent le même caractère dans la formation du zcchstcin, et surtout dans celle des schistes cuivreux ; à côté d'eux, depuis l’étage devonien, vivent des Reptiles vertébrés terrestres. Telle est la marche que la faune suivit dans la première période d’organisation.
En étudiant les espèces appartenant à cette époque, nous reconnaissons aussitôt que le rapport numérique entre les êtres vivants alors et leurs représentants actuels est complètement renversé. Ce principe est moins marqué pour les Spongiaires et les Polypes, dont la simplicité d'organisation ne donne pas lieu a de grandes modifications, que pour les Crinoïdes et les Céphalopodes. Toutes les espèces de ces deux ordres appartiennent à des familles qui manquent entièrement aujourd'hui, ou bien n’ont plus que de rares représentants. Les Crustacés et les Poissons diffèrent encore plus. Les Trilobiles, les plus anciennes de ces créatures, n’ont plus aujourd’hui que des formes plus ou moins rapprochées, et les Poissons osseux à écailles anguleuses (Ganoïdes) manquent complètement aujourd'hui, à l'exception de deux genres, IcPolypterus et le Lepidosteus. Enlin, on connaît encore quelques espèces sans aucun rapport avec les êtres vivants actuellement, et que l’on ne sait où classer.
Les Infusoires et les Poljpcs nus, dépourvus de squelette et de carapace calcaire, n'ont pu laisser aucune trace de leur existence, leur corps étant composé uniquement de parties molles. Ce que nous connaissons de la dernière classe se place dans l’ordre des Lylhophytes, munis d’un squelette calcaire ou dans les Corallines à carapace calcaire, et représente les deux familles de Polypes que nous avons déjà (ait connaître sous les noms de Bryozoaires et d'Antho-
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zoatres( p. il ‘2 ). Les Lithophytes prédominent surtout, sinon par le nomhrcdes espèces, au moins par celui des individus. Ils forment souvent dans le calcaire de transition et le calcaire de montagne des étapes entiers, dont la disposition est très-analogue à ce qui se passe de nos jours. On y retrouve les mêmes espèces qu’aujourd’hui, les Millepora, Astrea , Oculina, Cellepoi a et F Um Ira, accompagnées d’autres formes qui, comme les Amplexus et Petraritt, sont trèsvoisines des espèces vivantes du genre Cyatliiiia. Néanmoins, les l’olypes particuliers à cette période ne manquent pas. On peut citer les genres Ctjalhophtjllum, Favorites, Halijsiies, Calamopora et Syrinyopora. On est longtemps resté indécis pour savoir si les es- » |>èces comprises par les naturalistes sous les noms de Privnutus et Graptolithus (lig. 54. — 1), trouvées uniquement dans les couches moyennes et supérieures de la formation silurienne,- appartiennent aux l’olypcs ou aux Céphalopodes. La lame dentée, mince et étroite qu’ils portent sur un ou sur les deux côtés, et dont les dents étudiées avec soin ont laisse reconnaître des cellules creuses, les classe incontestablement parmi les l’olypcs. Darrande a complètement démontré ce fait et a tixé leur place rationnelle en les comparant minutieusement avec les Viryulariés vivants.
LcsRayoïiués sont représentés, pendant toute la période primitive d’organisation jusqu’au scechstcin, par les Crinoides (p. 410). Pendant tout ce temps, ils se développent avec une variété extrêmement grande, et qui ne se renouvelle à aucune époque postérieure avec une telle richesse. Toutefois, les modifications n’affectent que quelques parties de leur organisme. Jetons rapidement un coup d’œil sur tous les types connus, tant vivants que fossiles, et examinons les différences qui les caractérisent. Le corps cyathiformc des Crinoides est composé, soit de plaques exactement juxtaposées et reliées par leurs hords étroits, plaques auxquelles ou a donné le nom d'ans dit, soit de lames courtes et épaisses ( radialia ), placées les unes sur les autres par de larges surfaces, *et dont les interstices sont remplis par un perisom calcaire moins dur. Les premiers prennent le nom de Crinoides pannelés (Crinoïdca tcsscllata, les derniers de Crinoides articulés (Cr. articulais). La plupart des Crinoides de l’époque primitive de la terre sont pannelés; les Articulés sont assez, rares.
Les Crinoides pannelés à lige ne dépassent pas le Zcchsleiu, et disparaissent entièrement à la surface de la Terre à partir de cette
époque, tandis que les Crinoides, articulés se sont conservés jusqu’à nos jours. Les Crinoides auxquels succèdent les Echinoïdes également pannelés, dont la première apparition remonte jusqu’à l’époque dévonienne, ont pour précurseur une Eucrine ( Pentatremites ), munie d’une tige et de ramilles peu développées avec des ambulacres apparents. Ce genre reporte leur type jusque dans les plus anciennes formations, tandis qu’une autre Encrine (Marsupitcs) pannelée sans tige reparaît dans l’étage crétacé. 11 faut encore remarquer que les Crinoides pannelés se subdivisent, tant que les Echinoïdes manquent à côté d’eux, en deux classes très-naturelles ; les Crinoides sans bras et les Crinoides avec bras. Mais, à partir du moment où les Echinoïdes, toujours privés de bras, apparaissent, les Crinoides sans bras disparaissent, et sont remplacés par les précédents. Ces Crinoides sans bras ont donc été les types précurseurs des Echinoïdes. Nous leur consacrerons une étude spéciale comme aux Rayonnés les plus caractéristiques.
Les Crinoides sans bras peuvent se diviser en deux groupes : les Cijsl idées et les Blastoides. Les Cystidées, dont le nombre est peu considérable, existent seulement dans les grauwaekes d’Europe et de l’Amérique du Nord. Ce sont des Crinoides munis d’une tige sans bras, avec un corps plus ou moins globuliforme, formé d’un grand nombre de plaques polyédriques, au milieu desquelles s'ouvrent trois oriliees. Un d’eux, toujours situé au milieu de la partie supérieure et opposé à la lige, forme la bouche ; le second, l’anus, placé assez, près du premier dans une position excentrique, manque quelquefois ; le troisième, situé près du bord, existe toujours. Il est souvent recouvert par cinq plaquettes soudées entre elles de trois côtés en forme de pyramide percée à son sommet; cet m ilice sert d’ouverture aux organes de la génération. L. de Ruch, dans son beau travail sur les Cystidées ', les a divisés en cinq genres. Le genre Sphæronites présente la forme la plus sphérique, est presque toujours muni de trois ouvertures, et ses plaques sont très-petites. Les genres Canjocijsliles , Hemicosmites et Cryptocriniles ont une forme semblable, mais leurs plaques sont plus grandes. Chez les Caryocystites ces pièces sont coupées obliquement près des
* Mémoires de V Académie royale des sciences de lier lin, année ISi I, classe tics sciences |»livsi<|UC*, — bcpuiit celle é|K>que, le nombre des genres a été doublé ptr les grands travaux de John Müller et de fc. Korbes, ainsi que ceux de Yolborth et Hall.
CIIMMTKK \XIV.
sutures, recouvertes de séries de mamelons eite/, les Ilémit osmites, et lisses chez les Cryplocriuites, mais peut-être polios |iar liotloiiieut. (.'es derniers nous offrant les formes les plus simples ont été figurées (lig. 51. — 2t. Le dessin représente l animal de enté « ), d'en liant (/ti, d’en bas (c) ; on voit l’ouverture latérale à cinq valves des organes génitaux, l’anus à la périphérie et la bouche au milieu entourée à son
Fig. 3-1. — CrinoidcB de 17-poquc primaire.
I. GrapMithus priodon : a, coupe transversal«* ; b, Gr. inndutus, individu jeune. — Cnjptucrinilet cerattttàe liuwié; a, vu do «olé; b. d‘e» haut; c, «lYn bas; *, bouriio; jrt orilico de» organov de la génération. — 3! Peu tatremites oralis venant de l’Eifcl. — t. (ùiryocrinu* ornnlu $ de l'Améritiue du Jiord, vu «le tini» oHé*. a, b, c. — 5. Actinocrinu s tria tanltuJtu ti/lu* d'Angleterre ; a. calice et liras avec. |p Ii.mk de h lige; b, |>i«*d «le la lige avec trois ramification»; e, calice «le Y Actinnrrinu* amphorn vu d'en lias avec lap i>i udiro burcal \ — Ö. Poterhrrinus tennis d’ Angleterre. — 7. ilaplovrian* inrspilifia'inis «le ITilel. 8. Meinen nus hirtntjli/phini* ; u. decAlé; b, d’en liant. — 11. Platierinu s depressus ; a, d«* côte ; ct d’en bas. — IU. Ctpilhoceinu * géométrie us. — Il . Cnpressocrintu cramais. — ti. I ne trocliile «le la tige do la ute-iiic e*pêco, m, vue par sa surface; n, par b* bord, avec «!•*> aiiiculjtioiis basales pour quatre raimtls. Quelques pièce» de raniules -oui à côté «loi» tige. II.
orifice de nombreuses et petites plaques, et enfin, opposée 5 celte dernière, la tige ic) fixée aux trois plaques basales. Le nombre tdlal des pièces est de quinze, disposées sur quatre séries se succédant deltas en liant. Le genre Sijcoeijxtites 'S. ecbinu-ncriniisl, dune lorino moins sphérique, ou moins régulièremeiil ovoidc que les Caryocystiles, est plus irrégulièrement tuberculeux. Celte irrégularité
HISTOIRE Dt U CRÉATION.
provient îles plaques convexes et sillonnées en travers de bandes en relief. Ce genre n’a pas d’anus visible à l’extérieur; sa bouche a une forme étoilée. Ce type serait le plus singulier de tous les Crinoïdes, si lesPenlatréinites (lig. 54. — 5), mieux connus sous le nom de Iîlasloides, ne le dépassaient pas encore en singularité. Ils sont composés d’un calice sphérique, en forme de Tulipe porté par une tige creuse à l'intérieur. La base du calice, comme celle des Cryptocrinites, est constituée par trois plaques. Sur cette hase se soude une double série de cinq pièces laissant entre elles autant d’espaces allongés, occupés par les cinq séries d’ambulacres munis de deux ligues de ramules. Celles-ci, fixées sur de petites plaques le long du bord latéral des ambulaeres relevé au-dessus des pores, sont reliées par des sillons transversaux, traversés eux-mêmes et coupés par moitié par un sillon longitudinal. La bouche, en forme d’étoile à cinq rayons, se trouve au point central des ambulaeres et au sommet de l’animal. A côté d'elle sont cinq ouvertures, probablement les pores génitaux, et un anus situé latéralement. On connaît de ce genre remarquable, réunissant en lui les caractères typiques des Crinoïdes et des Échinoides, une espèce dans l’étage silurien, plusieurs dans le devonien, et un grand nombre dans les calcaires carbonifères de l’Europe et de l’Amérique du Nord.
Les Crinoïdes, munis de bras avec un calice pannelé, sont élevés sur une lige longue, habituellement rotule, quelquefois pentagonale et assez grosse. Ce calice repose sur la tige, comme chez les précédents, au moyen de trois, quatre ou cinq lames basales (basalia), à l’ensemble desquelles ou a donné le nom de bassin du calice (pelvis). Au-dessus de celles-ci se trouvent ordinairement cinq ou six grandes lames fparabasalia), auxquelles se rattachent le plus souvent une ou plusieurs séries de plaques liadialia), qui supportent les bras. La bouche!*) est placée le plus souvent en face du bassin, au point central de la partie supérieure. Quelquefois (chez les Aclinocrinus par ex., 5 c., et les Mflucrinus, 8) elle est latérale, sans jamais descendre au-dessous des bras. L’anus est placé dans le voisinage de la bouche, lorsqu’il n’est pas compris dans le même orifice et par suite invisible extérieurement. Les porcs génitaux manquent au calice de tous les Crinoïdes armés de bras. Les organes de la génération étaient situés sur les bras et non dans la cavité viscérale. Les bras sont composés, comme la tige, par l’assemblage de pièces les-