‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 239 sur 295 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

se racourcissent hrusqucrnent et se caractérisent encore par une forme plus haute et un peu comprimée de leur surface d’articulation ; on les rencontre presque toujours écornées, fendillées, ou entièrement brisées. R. Owen, le savant anatomiste anglais qui, par l’étude minutieuse et complète de l’animal énigmatique dont nous nous occupons, a le plus contribué, parmi les savants modernes, à reconstituer son organisation, conclut, avec l’intuition infaillible du génie, à l’aide des particularités que nous venons de décrire, en apparence si peu importantes, que l’ichthyosaurus était pourvu, comme les Cétacés, d’une grande nageoire caudale. La couche tendineuse, sur laquelle cette nageoire prenait son point d’appui, commençait au point où se trouvent les trois à quatre vertèbres comprimées et, comme ces vertèbres ne sont pas plus larges mais plus hautes que les autres, il en résulte que la nageoire caudale était verticale comme chez, les Poissons, et non horizontale comme chez les Baleines. En qualité de partie plus lourde, elle s’enfonça après la mort de l’animal, lorsque le cadavre allégé par les gaz développés dans les cavités du tronc remonta à la surface de l’eau ; puis ensuite elle se détacha, ou au moins fut brisée, lorsque l’abdomen se creva et que toute la masse, venant à s’enfoncer, porta d’abord sur le sol par la nageoire caudale qui se trouvait plus bas que les autres parties du corps. Qui pourrait ne pas s’étonner et ne pas payer un juste tribut d’admiration à la sagacité de ce grand naturaliste, lorsqu’on voit comment, en s’aidant des circonstances les plus insignifiantes, il a su arriver à ce résultat si considérable de prouver l’existence d'une extrémité caudale toujours détruite, organe dont l’importance est si grande pour la restauration d'ensemble d'un animal éteint. Mais nous avons encore plusieurs autres sources d’informations plus singulières pour procéder à cette restauration. Nous avons déjà parlé des excréments fossiles ou Coprolithes (p. 206) , trouvés en couches dans le lias, et qui, à cause de leur aspect bigarré, font employer la roche qui les renferme à des usages peu en rapport avec leur origine. Nous donnons les dessins de quelques-uns de ces excréments fossiles, afin de mieux faire saisir la disposition enroulée en spirale de leur masse, et d’y rattacher des considérations qui s’appuient sur leur structure en couches; la disposition en spirale est apparente sur tous à leur partie supérieure, et encore mieux sur les deux coupes longitudinale (fig. 47. — 4) et transversale (5).

Cette dernière présente plnsieurs points noirs intérieurs et on en voit de semblables à la surface dans les numéros 1 et 2. Ces points proviennent des parties les plus dures des aliments et sont tantôt des fragments d’os, tantôt des écailles de Poissons. Ces os et ces

Fig. 47. — CojirolillK-s.

1-5. (Ntprolilhcs «lu lia' de Lynto Régis; 4. fnti|io verticale d'une cnpiolitbe de la marne rtavrtiM' de Lcwc' 5. <‘oujh; traojvorüalc d*imo ei»|»rolithc de Lyme Ilcgi?; G et 7. IViiles coproltlic*dc la craie.

écailles, en se conservant parfaitement, nous permettent de connaître exactement la nature des substances alimentaires des Iclithyosaures. Ces recherches ont en outre prouvé <]ue ces animaux ne se contentaient pas de dévorer les divers animaux (pii les entouraient, et surtout les Poissons, mais qu’ils se mangeaient les uns les autres, naturellement les plus grands les plus petits. Mais ceci est moins intéressant pour nous que la forme des coprolithcs qui dénote une disposition particulière du rectum, dont la connaissance est d’une grande valeur pour les zoologistes. A l’aide de cette conformation, on peut déduire celle de tout le canal intestinal de l’animal et se rendre compte de son organisation. Cet enroulement en spirale des excréments n’a pu./Tre causé que par lin tube intestinal disposé aussi en spirale, lin intestin, dont le contenu devient spirifonne, doit lui-même être ou bien un tube enroulé cil spire, ou avoir sur sa paroi interne un replis saillant en spirale, qui y fait le même effet qu’un escalier tournant sur la muraille d’une tour ronde le long de. laquelle il s'élève, l.a tour reste un cylindre vertical comme le tube intestinal : mais la partie creuse au-dessus de l’escalier que nous suivons en montant a la forme d’un pas de vis. Le rectum de rielithyosaure devait offrir le même aspect ; cylindrique par sa face externe, liélicoidc intérieurement. On ne rencontre aujourd'hui d'intestins de cette nature que chez les Poissons, particulièrement

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chez les Squales et les Esturgeons. Ils ne sont jamais très-longs, mais assez larges, et le replis spiriforme n’existe ijue pour suppléer à leur faible longueur. 11 suit de là que lTchthyosaurus avait un intestin plus rapproché de celui des Poissons que de celui des Reptiles, et que son tube digestif ge devait pas être long. Mais si son intestin était analogue à celui des Requins, sa nourriture et son genre de vie devaient aussi être analogues ; c’était un animal vorace, un véritable Monstre marin qui engloutissait tous les êtres vivants, que sa voracité insatiable pouvait saisir. Telles sont les notions, ainsi que plusieurs autres que je dois passer, que nous révèlent la conformation de ces excréments. Ils nous remettent sous les veux l’appareil digestif presque entier de lTclilhyosaurus, et, pour compléter celle reconstruction, nous n’avons plus qu’à dire quelques mots de son mode de reproduction. Nous avons pour ce sujet des renseignements aussi curieux que pour le canal intestinal. On a trouvé1, entre les os du bassin d’un individu âgé et de dix pieds de longueur, un fœtus complètement développé de cinq pouces et demi de long, étendu la tète en arrière. D’après cette position, on peut affirmer qu’il a été écrasé subitement au moment de la naissance et peut-être tué avec la mère. Celle-ci, au milieu des convulsions violentes de la mort, voulut sans doute se débarrasser de son fardeau et donner la vie à un autre individu. 11 en résulte ce fait important pour les naturalistes, que les Ichlhyosaures mettaient au monde des petits vivants et n'étaient point ovipares comme la majorité des Reptiles, cl se rapprochaient encore par ce caractère, comme par la conformation de leur intestin, de certains Squales qui eux aussi sont vivipares. Je termine par ce fait curieux la description, peut-être un peu longue, mais non sans intérêt, de lTchthyosaurus. Si je voulais encore l’étendre, il ne me resterait plus assez d’espace pour les autres créatures si pleines d’intérêt du monde primitif. Je répète seulement, en terminant, que lTchthyosaurus était revêtu extérieurement d’une peau lisse sans écailles, ainsi que nous le prouve, non-seulement l’absence de ces écailles, mais encore l’observation directe. La peau s’est conservée sur quelques points où (die s’attachait immédiatement aux os, et nous avons pu en connaître exactement la nature. Elle se composait des mêmes couches qui entrent dans celle des Vertébrés actuels ;

1 Yi«l. Froriey, SouvclUs not ires, l. XXXVII.]». 183.

ne rcnrerinait absolument aucun corps dur, mais était lisse et molle • sans atteindre l'épaisseur de celle des Haleines et des Dauphins. C’est à ces animaux que les Iclilhyosaurcs ressemblaient le plus par leur aspect extérieur, bien qu’ils s’en distinguassent encore par leurs nageoires abdominales postérieures paires et par la nageoire verticale de la queue.

Fig. 48.— HeêioMUrug mucroirphalu » du lias de Lynic Itcgi». a. L'atlas ou première vertèbre occipitale; h. première vertèbre dm-.ile; c. vertèbre sarrép, commencement de la queue ; d. vertèbre» caudale» assc* près de l'extrémité de la queue ; e. sternum; f. o* coracoidc; g. l'omoplate et la clavicule réunies; h. humérus ; ». radin • ; k. cubitus; l. pubis; m. ischion ; n. iliaque; o. fémur; p. tibia ; q. péroné; r. ouverture de» fovses nasales; *. anneau de l'œil; t. ouverture delà fov*e temporale; i /. côtes; r défense» du maxillaire inférieur débordant au-dessu» de l'intcrrnavillaire ; x. os tympan. il ; ». aies sternaux de» côte* en désordre. N. R. L'échelle de t» pouces s'applique seulement à b lipurc principale; la mâchoire inférieure, dessinée à côté de la tète, appartient à une autre espèce plus grande.

Le Plesiosaurus offre, par l’ensemble de sa conformation extérieure, une forme beaucoup plus originale et plus singulière que richthyosaurus; mais, étudié de près, il s'écarte beaucoup moins des types actuels dans la structure de son squelette. Sa tète, plus

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petite et plus ramassée, s'élargissait vers son extrémité et devenait plus arrondie et, à cause même de scs moindres dimensions, pouvait facilement être portée sur un cou très-long. Ce cou, énormé- * ment long, est absolument sans exemple chez les Reptiles. Nous sommes habitués à rencontrer des cous longs chez les Discaux. Le Cygne, le Héron et surtout le Flamant ont le cou d’une longueur double de celle Ai corps; mais un Lézard avec un cou de Cygne, considéré au point de vue de nos types, appartient aux formes fabuleuses. Cependant tel était le Plesiosaurus, non point, à la vérité, un Lézard terrestre, mais un Lézard marin nageant, et dont les grandes nageoires, en forme de rames, ressemblaient à celles des Tortues de mer; le tronc n’était pas large et plat, comme chez ces derniers animaux, mais cylindrique et un peu caréné et renflé latéralement, comme chez les Cygnes et les autres Oiseaux nageurs. Malgré cela, le Plesiosaurus offre beaucoup d’analogie avec les Tortues. Entre tous les Reptiles, ce «ont ces dernières qui ont le cou relativement le plus long, le corps très-court et une queue qui, sans être longue, se compose d’un très-grand nombre de vertèbres.

En outre, s’ajoute encore une ressemblance frappante dans la dispo- v sition de la ceinture de l’épaule et un bassin entièrement analogue, en sorte que, tout étant mis en ligne de compte, la forme du corps du I’iesiosaurus peut se ramener beaucoup plus facilement à nue Tortue vivante qu’à un Lézard vivant. Çhelonosaurni eut donc été pour lui un nom très-approprié. Si nous passons maintenant à l’étude détaillée de sa conformation anatomique, nous voyons d’abord que la tète, par son aspect général, rappelle celle de Y Ichthyosaurus. Eu laissant de côté le museau plus court et plus large, les intermaxillaires ( v) atteignent jusqu’aux ouvertures nasales (»•), près de l’œil (s), et les deux os triangulaires du nez occupent le milieu. L’œil n’a qu’un anneau osseux; sa cavité est limitée eu avant par un petit os lacrymal et par le frontal antérieur, en arrière par le frontal postérieur et par l’os malaire; au milieu et en haut se place le frontal principal et inférieurement le maxillaire supérieur. L’os pariétal, très-développé, ressemble complètement à celui de l’ich- ' tbyosaurus; l’os mastoïdien est petit; le temporal, au contraire, très long, et tous deux se soudent inférieurement avec l’os tympanal (x), grand et épais, qui porte le maxillaire inférieur. Entre le temporal, le mastoïdien, le pariétal et le frontal postérieur se pla-

cent les fosses temporales, largement ouvertes en liant et se rapprochant d’une forme ronde. Le maxillaire inferieur est beaucoup plus court que chez l’ichthyosaurus et se distingue par un fort élargissement antérieur correspondant en dimension à l’intermaxillairc du maxillaire supérieur. Cette partie élargie porte, sur chaque côté, six défenses plus grandes et plus hautes qui, comme les autres dents beaucoup plus petites, ont toutes chacune leur alvéole séparée. Cette particularité distingue profondément le Plcsiosaurus de l’ichthyosaurus, et s’harmonise mieux avec les Ilalidrngons du rausehelkalk, qui ont en commun avec le Plcsiosaurus, non-seulement le faciès général, mais encore l’élargissement de la* région du museau. Le cou, suivant sa longueur chez les diverses espèces, se compose de vingt à quarante vertèbres. Le VI. macroeephalus, qui se distingue à la fois et par sa tête, de dimension relativement grande, et par son cou court, mais fort et robuste, a vingt-neuf vertèbres au cou. Klles s’accroissent en force d’avant en arrière et portent latéralement de petites côtes en forme de hache, dont la pointe devient peu à peu plus élancée. Plus elles se rapprochent des côtes sternales, plus leur comble supérieur occupe une place élevée sur le corps de la vertèbre et, avec la première vertèbre dorsale, passe sur l’arc où il s’attache à un processus transversus particulier et tuberculiforme. Ces tubcrculosités rendent les branches de Parc du processus spinosiis , indépendantes comme chez les Ichthyosaurus, faciles à reconnaître, comme appartenant aux vertèbres dorsales. Leur nombre n’est jamais aussi grand que celui des vertèbres cervi- • cales; chez le PI. macroecphalus il s’élève à vingt. Elles portent toutes des côtes entièrement semblables à celles de l’ichthyosaurus ; les plus en arrière, reliées par un arc sternal composé de sept pièces, se font remarquer par leur force. En avant et en bas, sur Içs premières, se place la grande ceinture de l’épaule, non liée avec elles. Elle se compose de deux os eoraemdiens très-forts ( f), très-prolongés en arrière, d’un simple sternum transversal le) et d’un os (y) à deux branches, exactement formé comme la fourchette et l'omoplate réunies des Tortues. Celte robuste ceinture de l’épaule soutient des humérus ( h ) tout aussi robustes, dont le bord articulaire inférieur, très-large et recourbé, se relie sur un même plan avec les os courts, mais larges de l’avant-bras. Les os carpiens et ceux des doigts ressemblent à ceux de lTchlbyosaurus, à cela près

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